‹ Recherches sur les superstitions en Chine (volume 2)Chapitre 175 sur 180 · ART. XI. LES DEUX PREMIERS PATRIARCHES · texte numérisé non relu

ART. XI. LES DEUX PREMIERS PATRIARCHES

et déclara à l'un des gardes que le Grand Kâsyapa allait quitter ce monde. De là, il partit pour la montagne du « Pied de Coq » (1), située à une centaine de lis à l'est de la rivière Mahi, petit affluent de la Nairanjana. Trois pics escarpés s'élancent dans les airs; il s'assied sur l'herbe entre les trois pointes de rocher et dit : « Revêtu de la chape de Bouddha et tenant en main mon bol, mon corps demeurera incorruptible jusqu'à l'avènement du bouddha Maitreya, afin que ses disciples puissent me contempler. » A ce moment, la terre trembla. Avant d'entrer dans son repos final, Kâsyapa se dit en lui-même: «Si le roi Adjâtaçatrou et Ananda viennent ici pour me visiter, la montagne s'ouvrira; à leur départ, elle se refermera sur moi.»

Un deva des cieux vint présenter ses hommages à Kâsyapa ; il lui offrit de l'encens et des fleurs. Puis, les trois rochers se réunirent et enveloppèrent le vénérable patriarche d'une muraille de pierre. Pi-pouo-lo Ijl ££ H, l'Esprit de la montagne, s'écria:

« La montagne de la loi vient de s'écrouler, le vaisseau de la loi a sombré, l'arbre de la loi s'est brisé, l'océan de la loi s'est desséché. C'est un jour de joie pour tous les démons, et un jour de deuil pour les habitants de la terre et des cieux. »

Le roi Adjâtaçatrou fit un rêve, dans lequel il vit se briser la maîtresse poutre de la voûte des cieux. Il se réveilla terrifié; ce fut alors que le garde du palais vint l'informer de l'entrée de Kâsyapa au nirvana. Le roi et le second patriarche Ananda allèrent lui présenter leurs devoirs: le rocher s'entr'ouvrit à leur arrivée, puis se referma à leur départ.

Dans cette grotte repose, incorruptible, le corps du Grand Kâsyapa, en attendant l'avènement du futur bouddha Maitreya.

Sur le sommet de cette montagne, dont les trois cimes s'élèvent en dôme, on a construit un stupa (2).

(1) Kukkutapâda.

(2) Hien-yu-king g ^ $J, liv X, p. 294. — Mémoires do Hiuen-tsang ^

fÈ, liv. IX : Magadba.

Mort d'Ananda. Ses successeurs. — Ananda, cassé de vieillesse, se permit un jour de faire une observation à un moine qui récitait fort mal un texte bouddhique. Sa réprimande fut assez mal accueillie : le moine le traita de vieux radoteur et demeura convaincu que sa façon de réciter était la meilleure.

Ananda se tut et dit en soupirant : « Malgré mon grand âge, je consentirais encore à rester sur terre pour défendre la loi et sauver tous les êtres. Mais les hommes sont arrivés à un tel degré de perversion, qu'il me paraît difficile de procurer leur salut. Ma présence ici-bas devient donc inutile ; conséquemment, j'ai hâte d'entrer au nirvana.

Le roi du Magadha apprit qu'Ananda partait pour Vaisali : aussitôt il se mit à la tête de ses armées et se précipita à sa poursuite, afin de le ramener dans son royaume.

Pendant que les troupes du Magadha étaient campées au sud du Gange, celles du souverain de Vaisali arrivaient sur la rive nord du fleuve. Ananda passait alors le Gange sur une barque. Voyant que les deux monarques allaient en venir aux mains pour se disputer ses reliques, il s'éleva dans les airs et entra dans l'extase finale; son corps fut consumé par un globe de feu. Ses os se divisèrent en deux parts : l'une tomba sur la rive septentrionale du fleuve et l'autre sur la rive méridionale. Ainsi finit le conflit entre les deux princes rivaux (1).

Deux stupas, l'un au nord, l'autre au sud du Gange, restaient debout au VIP siècle comme monuments commémoratifs de la mort d'Ananda.

Les auteurs chinois, en particulier les Vies de Bouddha, donnent la liste des 28 patriarches du bouddhisme indien; le dernier est Bodhidharma. Celui-ci vint en Chine, où il est honoré comme le premier patriarche du bouddhisme chinois, et connu sous le nom populaire de : Ta-mo ta-che ^ 0 ^c Éijfj. Il aborda à Canton

(1) Le n° 2.285 du musée de Lahore, ou le Parinirvana d'Ananda, rappelle le partage de son corps en deux moitiés (B. E. F. E. O. t., V, p. 418)-

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