SA NAISSANCE SOUS UN PALASA
Dix mois s'étaient écoulés, Maya approchait de son terme: son père Suprabuddha pria le roi de permettre à la reine Maya de se rendre dans son parc de Lumbini. qu'il avait fait aménager avec le plus grand soin pour la recevoir. Suddhodana accorda bien volontiers la requête que lui adressait son beau-père et donna ordre de faire tous les préparatifs pour le voyage à Devadaho (2).
La reine, resplendissante de pierreries, parfumée, revêtue de ses plus riches habits, entourée de toute sa cour, était portée par un éléphant blanc. Suprabouddha, avec tous les nobles de son entourage, vint la recevoir devant la porte de son palais.
Le huitième jour du deuxième mois du printemps, la reine entra dans le parc de Lumbini, pour faire sa promenade en compagnie des dames de sa cour, allant doucement de bocage en bocage, de parterre à parterre, pour admirer les beautés de ces jardins féeriques. Arrivée au pied d'un superbe palasa (pouo-lotch'a fâ H %) (1). elle leva la main droite pour saisir une
(1) Fou-pen-hing-tsi-king fô * fj £ fë, liv. VII, pp. 1-7 .-Che-kia-pou &
jÊS f{|, liv. I, pp. 35-37.
(2) Devadaho se trouvait à 15 milles de Kapilavastu. Cf. Wieger, Textes. philosophiques, p. 393.
D'après le bonze Hiuen-tsang ± #|, le parc de Lumbini était à 80 ou 90 lis N.-E. du "puits de la flèche" (Çarakoùpa); or ce puits était situé à une trentaine de lis au S.-E. de la porte sud de Kapilavastu. Cf. Mémoires de Hiuen-tsang ± §£, liv VI. -Lumbini était le nom de la femme du premier ministre de Suprabouddha, ou d'une épouse de Suprabouddha. Rockhiil. p. ! <
branche en fleurs; à ce moment précis, Bouddha sortit de son sein droit, pur comme une pierre précieuse tirée de son écrin.
Une lumière éclatante éclaira la terre et les cieux, tous les devas l'aperçurent; Brahma, Mara, tous les habitants des célestes palais s'écrièrent: "D'où vient donc cette clarté intense?" Bouddha était né.
Indra, sous la figure d'une femme avancée en âge (1), tenant en mains des habits d'une étoffe précieuse, le prit entre ses bras; les quatre grands rois des cieux le vêtirent, puis le présentèrent à sa mère, en disant: '"Que les hommes se réjouissent, que les devas jubilent, la royale mère vient de mettre au monde un fils (2)!"
C'est probablement pour cette raison qu'on représente quelquefois Indra sous forme féminine, sur les autels de Çakyamouni : ainsi dans la grande pagode de P'ou-ti-chan-yiien ^ g| jp ffi, hors la porte de l'Est, à Jou-kào hien #fl ^ fg|. D'un côté se tient Brahma (Fan-wang % 3î) et de l'autre Indra ou Ti-che $? ^, sous figure féminine (3).
Le nouveau-né se tint debout, fit sept pas vers chacun des quatre points cardinaux ; à chaque pas, on vit éclore sous ses
(1) L'arbre sous lequel Bouddha serait né, d'après la légende, est nommé différemment par les divers auteurs:
Beal, History of Buddha, p. 43, le nomme palaso, conformément au texte chinois.
D'autres veulent que soit un sala ou un shoréa. Cf. Wieger, Textes philosoph., p. 393; Bouddhisme, t. II, p 15.
On l'appelle encore okoka ou açôka dans les Mémoires du bonze Hiuentsang i? §|, liv. VI, p. 323 (Traduction de Stanislas Julien). — Livres Tibétains (Dulva, vol. 111. p. 457). — Cf. Rockhill, Life of Buddha, p. 1H.
(2) Fou-pen-hing-tsi-king # ;Mt H M, liv, VII, pp. \i-\l .-Che-kia-pou U M If, liv. I, pp. 37-38.
(3) Les anciens monuments indiens reproduisent la merveilleuse nais- B Bouddha. De très beaux spécimens de sculpture, provenant de
riyân-Tangai et de la collection des Guides, à Mardàn, représentent au vi pisodes du parc de Lumbini. Foucher, pp. 302-308.
Fig. 5.
«Je suis le plus noble des êtres.» (p. 29)
pieds une large fleur de lotus. Bouddha, après avoir regardé les quatre points de l'horizon (1), d'une main montrant le ciel, de l'autre désignant la terre, dit à haute voix: "Je suis le plus noble des êtres de la terre et des cieux; les dieux et les hommes me doivent le tribut de leur adoration et de leur service."
Alors jaillirent de terre deux sources d'eau parfumée, l'une d'eau fraîche, l'autre d'eau chaude, et neuf dragons, du haut des nuages, soufflèrent une pluie fine sur le corps du nouveau-né pour le purifier, pendant que les devas le faisaient asseoir sur un trône d'or (2).
Dans les cieux, on entendit d'harmonieux concerts, les habitants des divins séjours firent pleuvoir à ses pieds une multitude de fleurs d'une beauté et d'une suavité merveilleuses. La terre trembla (3). C'était le 8e jour de la IVe lune de l'année hia-in ^ jjj|, 1027 av. J.-C, sous le règne de l'empereur chinois Tcheou Tchao Wang J§] fl^ ^£ (4). Les fleuves et les rivières débordèrent, le palais impérial trembla et une lumière aux cinq couleurs illumina le palais de T'ai-wei ^ $J(. L'empereur Tchao Wang 0$ 3: en demanda la cause à ses ministres. Le grand annaliste Souyeou ^ f£| fit connaître au souverain que, dans les pays de l'Ouest, venait de naître un saint, dont la doctrine serait prêchée en Chine mille ans après. L'empereur voulut qu'on gravât le récit de cet événement sur une stèle de pierre, qu'il fit ériger dans le faubourg sud de la capitale. — Les tao-che inventèrent plus tard la célèbre légende qui fit de Çakyamouni un avatar de Lao-tst % ^ . Ce dernier partit pour l'Inde sous le règne de Tcheou Tchao Wang /§ Bg 3E, puis reprit naissance dans le sein de la
(1) Quelques auteurs mentionnent qu'en naissant il poussa un rugissement de lion. Cf. Kin-kang-king-hoei-hoei-tsi-kiai # ffj M ?& ff & W«
(2) Le bain du nouveau-né: cf. bas-relief, fig. 156 de la collection des Guides, à Mardàn, p. 309.
(3) Fnu-pen-hing-tsi-king $, fc fâ M M - liv- VI1I> PP- {'h-
(4) Beaucoup d'auteurs chinois donnent celte date.
reine Tsing-miao & $>, épouse du roi de Wei-wei $ ff- Lao-tse % ? entra dans son sein sous la forme d'un rayon de lumière (1).