ART. VI. — PRÉSENTATION À LA PAGODE
prirent un rapide accroissement: l'or, l'argent, les perles et les pierres précieuses affluaient au palais; les bœufs, les moutons, les chevaux se multipliaient dans toutes ses dépendances. Ces faits sont attestés par la gatha populaire :
Les cinq céréales, les richesses et les joyaux,
L'or, l'argents, les vêtements de tout genre,
Qu'on s'en occupât ou non,
Affluaient d'eux-mêmes et à profusion.
La bonne mère pour son enfant, Avait toujours du lait en abondance;
Alors même qu'elle en manquait, Il était encore plus que suffisant (1 ).
Les brahmes conseillèrent au roi de présenter son jeune fils à la pagode des devas pour lui assurer un avenir glorieux. Suddhodana accéda à leur désir. Il ordonna à la reine Pradjâpati de revêtir le prince d'habits somptueux. Les préparatifs achevés, le roi prit l'enfant dans ses bras et monta en char, puis le cortège royal s'ébranla. Les rues étaient jonchées de fleurs, le char était précédé et suivi de brûle-parfums, entouré des gardes du trône. Une longue suite de chars, d'éléphants, défilaient au milieu d'une forêt d'oriflammes et de parasols d'honneur. Des chœurs de musiciennes et de danseuses fermaient le défilé. Les habitants des deux voulurent prendre part à la fête ; du haut des airs, ils semaient des fleurs sur le passage du prince (2).
(1) Fou-pen-hing-tsi-king # ^ ^T H $5, liv- XI, pp. 1-3.— Che-kia-pou ff M If, liv. II, pp. 39-40.
(2) Voyages princiers dans l'Inde — Grandidier, en 18H2, fut témoin oculaire d'un de ces défilés de princes hindous. 11 s'agissait du voyage du rajah Vizia Nagram, qui se rendait à Bénarès pour célébrer le mariage de sa fille. Parti la veille du jour que l'astrologue avait désigné comme propice, il prétendait voyager en toute hâte et sans cérémonie. Or, il était accompagné de 500 chariots traînés par des zébus ou des buffles, de 3.000 porteurs de paquets, de 500 cavaliers, de 200 hallebardiers, de 10 éléphants et d'autant de palanquins. Un corps de musique tel que les Hindous savent le composer, précédait la marche triomphale. Le cortège mit six heures entières à défiler. Journal de Jacquemont, t. II, pp. 180 seq.
Arrivé devant la façade du temple, Suddhodana s'avance majestueusement, portant le royal enfant dans ses bras. O prodige ! toutes les statues de la pagode se lèvent de leur siège, puis s'inclinent pour présenter leurs hommages au visiteur ; tout le ciel retentit de chants joyeux, le sol tressaille d'allégresse dans tout le royaume de Kapilavastm et tous les dieux du temple saluent ce soleil nouveau, qui darde ses rayons jusqu'au faîte du mont Suméru (1).
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