AMUSEMENTS
Le parc royal prenait un aspect des plus gais, lors des fêtes brillantes de la cour. Le roi fit confectionner des pendentifs de perles fines, une couronne de pierreries et une ceinture précieuse pour le petit héritier du trône. La reine Pradjâpati. richement parée, le prenait dans ses bras, puis le déposait sur ses genoux,
Cette fastueuse existence des rajahs indépendants de l'Inde, le cortège de musiciens, de faiseurs de tours, de bayadères, et le luxe invraisemblable qu'ils se font gloire de déployer dans ces circonstances, ont été décrits par Rousselet dans L'Inde et les rajahs, pp. 107-111.
Sans doute, la narration indienne de la vie de Çakyamouni, dont le chinois n'est ici qu'une traduction, surfait intentionnellement la richesse et le faste du rajah Suddhodana, afin de mieux faire ressortir le mérite de son héros, qui renonce à tant de délices; toutefois son récit est conforme à ceux des voyageurs les plus autorisés.
(1) Che-kia-pou W M If, Liv 11, p. 40. -Le Che-kia-jou-lai-tch'eng-tao-ki W- M #R & $C M ÎE fait mention de cette présentation du jeune prince au temple du deva Maha Iswara. Cf. Journal of the Royal Asiatic Society, vol. XX, part II, p. 14H (traduct. Beal).
après s'être assise dans un char superbe. Une multitude de jeunes garçons et de jeunes filles de noble race, en grand costume de cour, portant en main des bouquets de fleurs, prenaient la tête du défilé royal et s'acheminaient vers le grand parc. D'autres enfants de la famille royale montaient des chars traînés par des cerfs ou par des chèvres ; on voyait même de petits bateaux de plaisance sur les étangs. Ajoutez le roulement des tambours, les fanfares, le son des instruments de musique les plus variés. Puis quelle multiplicité de dessins sur ces drapeaux de toutes formes et de toutes couleurs, représentant des bœufs, des chèvres, des lions, des sangliers et des oiseaux de tout plumage ! Plus tard, le petit prince montait toutes sortes d'animaux superbement harnachés et portant une selle en peau de chevreau fixée sur or massif; ses petits compagnons rivalisaient d'entrain à ses côtés: alors, c'étaient des applaudissements, des cris d'allégresse, de joyeux couplets. D'autres fois, ces enfants élevaient de petits pagodins en terre, devant lesquels ils semaient des fleurs en se prosternant.
Ainsi se passèrent les huit premières années de Siddhartha. Jamais on ne l'entendit pleurer, ses nourrices étaient émerveillées; en grandissant, il se distingua de tous les autres enfants de son âge par sa tenue et son décorum.
Dans une de ces fêtes au parc, son visage parut illuminé
d'une brillante clarté, qui éclipsa l'éclat des perles de sa couronne :
celles-ci parurent noires comme des taches d'encre. Un génie,
nommé Vimala, se rendit à demi visible dans les airs, au-dessus
du parc, sema une pluie de fleurs sur la tête de Çakyamouni et
chanta la gatha suivante :
Quand même cette grande terre,
Ses villes et ses cités,
Ses montagnes, ses rivières et ses forêts
Se changeraient en un or pur:
Devant l'éclat d'un seul cheveu de Bouddha,
Si vive est sa clarté*
Ces splendeurs paraîtraient noires comme une tache d'encre,
La gloire d'un parfait mérite
Éclipse l'éclat des perles précieuses.
Quiconque possède tous les signes distinctifs
De la première des supériorités,
Dédaigne les ornements et les pierreries.