ÉTUDES LITTÉRAIRES
Siddhartha avait atteint sa huitième année. Le roi, son père, assembla ses ministres et leur demanda conseil pour choisir un lettré accompli, qui pût dignement remplir l'office de précepteur du jeune prince.
Tous, à l'unanimité, désignèrent P'i-ché-p'ouo-mi-touo-lo j^L ^f ^ $8 É£ $!< Visvamitra, reconnu pour sa supériorité littéraire (1). Les autres princes, ses compagnons de jeux, entrèrent à l'école avec lui et furent mis sous la conduite de ce maître remarquable.
À l'arrivée du prince, Visvamitra se leva de son siège pour
recevoir son royal élève, qu'il vit entouré d'une multitude de
devas, voltigeant dans les airs et semant une pluie de fleurs sur
son passage. Une cantate à sa louange fut chantée dans les
cieux par le deva Tsing-miao ffî #K2), Suddhavara, descendu du
ciel Tuchita avec une troupe d'esprits célestes:
Tous les arts connus en ce monde,
Tous les sutras et les traités ascétiques,
Pour ce jeune homme n'ont plus de secret,
Il peut même les enseigner aux autres;
C'est le prodige de l'humanité!...
Après Cette première visite à son précepteur, le prince rentra au palais; Suddhodana fit un grand festin, invita tous les brahmes et leur offrit de riches cadeaux, pour fêter avec magnificence
(1) Nommé aussi Kauçika. Rockhill, p. 19.
(2) Cf. ci-dessus, p. 30, ligne 1: même nom, mais personnage différent,
le début des études du jeune Siddhartha. Les réjouissances terminées, le nouvel étudiant prit une riche tablette en bois de santal, ornée de pierreries et artistemcnt travaillée, puis il alla trouver son maître Visvamitra et lui parla en ces termes:
" Maître, quel genre d'écriture vous proposez-vous de m'enseigner (1) ? Sont-ce les écrits" de Brahma deva, de Kharôsti, de Pushkara richi, ou bien les ouvrages d'Akara, de Mangala, de Yava, ou bien encore les livres du pays de Ni J& (Chine) etc.?" Il continua ainsi, énumérant sans hésiter les soixante-quatre genres d'écriture et d'ouvrages ascétiques.
Le maître, d'un air souriant, sans crainte, sans jalousie ni honte, lui répondit par la gatha suivante :
Cet enfant, d'une sagesse si rare et si profonde,
Se plie aux lois communes qui régissent le monde:
Lui pour qui la littérature n'a plus de secrets,
Veut quand même se constituer mon disciple.
De tous ces genres d'écriture qui me sont à peine connus,
Il vient de me parler avec compétence.
Assurément, c'est le maître des devas et des hommes,
Qui aujourd'hui vient me saluer pour maître (2).
Siddhartha montra la même capacité pour l'étude des lettres et des sons, donnant des exemples parfaitement choisis pour fixer le son précis de telle ou telle lettre.
Tous ces faits mirent en pleine lumière sa haute supériorité intellectuelle.
Le Che-kia-jou-lai-tch'eng-tao-ki $p j|B ittl ?fc J& M fË> déjà cité (p. 42, n. 1), nous apprend que le jeune prince étudia aussi les " Cheng-ming ", traités scientifiques. Les cinq traités scientifiques compris sous ce titre général sont :
(1) Les textes parlent non de genres de style, mais des différentes sortes d'écritures, c'est-à-dire de l'écriture employée par tel ou tel de ces personnages: brahmi, karostri etc. Cf. B E F. E. O., t. XIII, p. 39.
(2) l'n fragment de frise provenant de Sikri, le n° 2062 du Musée de Lahore, reproduit la manifestation scolaire, où l'élève se révèle plus érudit que son professeur. Foucher, op. cit., fig. 165 à 168.
1° Le Çabdavidyà, traité des sons.
2° Le Çilpasthanavidyà, traité des arts mécaniques.
3° Le Tchikitsàvidyà, traité de médecine.
4° Le Hètonvidyà, traité des causes
5° Le Adhyàmavidyà, traité des choses occultes (I).
Les jeunes gens de noble famille, entrés au collège royal avec le prince, apprirent à lire et à écrire ; en considération des grandes vertus de leur condisciple, ils reçurent une spéciale protection des devas et firent de rapides progrès dans leurs études (2).