‹ Recherches sur les superstitions en Chine (volume 2)Chapitre 36 sur 180 · ART. VIII. — EXCURSION À LA CAMPAGNE · texte numérisé non relu

ART. VIII. — EXCURSION À LA CAMPAGNE

de temps à autre pour les faire marcher plus vite; puis, sous le grand soleil, hommes et bœufs, le corps ruisselant de sueur, se reposant un moment pour reprendre leur dure tâche. Pendant cet instant de repos, des vers sortaient de terre et étaient aussitôt dévorés par les oiseaux qui s'abattaient sur les sillons.

À ce spectacle, son cœur fut pris d'une profonde pitié; il descendit de cheval, se mit à errer dans les alentours et soupira en disant: "Que de misères accablent la pauvre humanité! Jamais de paix, tous les êtres s'entre-dévorent, vie courte, pleine d'angoisses et d'innombrables dangers; même les habitants des cieux ne peuvent se soustraire à la tyrannie des passions, ils roulent dans le cercle sans fin de la métempsycose et ne renaissent que pour mourir ! "

Tout préoccupé de ces tristes pensées, il rentre dans le parc et va s'asseoir au pied d'un gros " jambu ", qui dans un coin solitaire, développe la richesse de son vert feuillage. Là, les jambes croisées, il entre en méditation et est ravi en extase : ce fut son premier pas dans la voie de l'abstraction (Dhyâna).

À ce moment, cinq ricins passaient dans les airs au-dessus de cet arbre. Soudain, ils se sentent comme frappés d'impuissance et doivent redescendre à terre; c'est alors qu'ils aperçurent Siddhartha en méditation et s'écrièrent: "Nous n'avons rien vu de semblable sous le soleil ; l'arbre se courbe au-dessus de sa tête en forme de dais (1), les arbres voisins demeurent inclinés vers lui pour le vénérer. "

Cependant le roi commençait à s'inquiéter. Il ne savait ce qu'était devenu Siddhartha. On se mit en campagne pour le trouver: les officiers le rejoignirent au pied du jambu et coururent informer le roi des signes prodigieux dont ils avaient été témoins.

(1) D'autres textes disent que l'ombre de cet arbre resta stable, en dépit de toutes les lois naturelles, et que le corps de Siddhartha devint brillant comme un soleil. Le bonze Hiuen-tsang j£? ^ vit encore le stupa qui map quait l'emplacement de cet arbre à 40 lis au N.-E. des ruines de KapilaVastu. Cf. Mémoires de Hiuen-tsang ^7 $fe, liv. VI.

Le roi vint à son tour et constata la vérité de tout ce qu'on venait de lui apprendre (1).

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