‹ Recherches sur les superstitions en Chine (volume 2)Chapitre 38 sur 180 · POURPARLERS ET PRÉLIMIXAIRES DU MARIAGE · texte numérisé non relu

POURPARLERS ET PRÉLIMIXAIRES DU MARIAGE

§ 1. YASÔDHARÂ.

Le prince héritier se faisait du monde une sombre peinture ; les craintes de Suddhodana devenaient de plus en plus grandes, la prédiction du richi Asita (2) était sans cesse présente à son esprit. Il fit part de son anxiété à ses ministres et leur demanda quel moyen prendre pour éviter ce qu'il croyait être un malheur.

On résolut de hâter le mariage de Siddhartha, qui avait alors dix-neuf ans. Le roi demanda quelle jeune fille méritait de devenir son épouse. Il y eut aussitôt plusieurs propositions, chacun enviant cet honneur pour sa fille. Il s'agissait de faire un choix au goût du prince, qui était le principal intéressé. Pour le lui faciliter. Suddhodana eut recours au procédé suivant. Il acheta un grand nombre de bijoux d'or et d'argent, puis fit une proclamation par laquelle il convoquait toutes les jeunes filles de la famille Çakya, à une distribution de joyaux, présidée par son fils Siddhartha. Le jour venu, le prince monta sur un trône disposé à la porte du palais et fit défiler devant lui toutes les prétendantes, distribuant un bijou à chacune d'elles. Mais ces jeunes filles, en passant une à une, baissaient la tête et n'osaient lever les yeux, de sorte qu'il était difficile de considérer leur visage.

(1) Fou-pen-hing-tsi-king #$|f| jgf, liv. XII, pp. 7,8.

(2) Ci-dessus, pp. 37, 38.

La distribution terminée, une retardataire, accompagnée de ses suivantes, se présenta devant le prince avec assurance et lui adressa la parole sans aucune timidité, pour lui demander un bijou.

"Pourquoi arrivez-vous si tard? reprit Siddhartha ; je viens de distribuer mon dernier joyau. — Qu'ai-je donc fait, pour me voir refuser cet honneur, reprit la jeune fille? — Je ne vous refuse rien, mais vous venez trop tard: j'ai tout donné." Ce disant, il tire son anneau précieux et le lui remet. La jeune fille se retira d'un air à peine satisfait. Dans l'entourage du prince, on ne s'expliquait pas cette humeur plutôt mécontente. Siddhartha leur expliqua comment, dans une de ses existences précédentes, alors qu'il était rajah de Bénarès, elle avait déjà été son épouse, et ne se montrait jamais satisfaite, quelles que fussent les pierreries qu'on lui offrît. Dans sa présente existence, elle était fille du grand ministre Mahanama et se nommait Yasôdharâ (1).

Voici l'épopée de ce premier mariage à Bénarès, telle que Çakyamouni la raconta à Udayi.

«Dans le lointain des âges, un fabricant d'aiguilles de Bénarès avait une fille d'une beauté sans égale. Tous les jeunes gens se disputaient sa main. Il arriva alors que le fils d'un rajah de cette ville, passant devant la boutique de l'ouvrier, aperçut cette jeune fille à l'étage; il fut frappé de son extraordinairebeauté et en devint éperdument amoureux. Dès qu'il fut rentré chez lui, il avertit ses parents qu'il ne voulait point d'autre, épouse que cette jeune et gracieuse personne. Ses parents lui firent observer l'inconvenance d'une telle mésalliance. Un fils de rajah, lui dirent-ils, doit, pour l'honneur de sa maison, s'allier à la famille d'un ministre d'État ou de tout autre personnage puissant; mais c'est déshonorer son nom de prendre pour épouse la

(1) D'autres textes portent que Yasôdharâ était fille de Dandapani, frère de Suprabouddha, et par conséquent oncle maternel de Siddhartha. Spence Hardy, Manual, p. 155. — Davids, Buddhism, p. 52, dit qu'elle était fille de Suprabouddha.

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