‹ Recherches sur les superstitions en Chine (volume 2)Chapitre 39 sur 180 · ART. IX. — POURPARLERS ET PRÉLIMINAIRES DU MARIAGE · texte numérisé non relu

ART. IX. — POURPARLERS ET PRÉLIMINAIRES DU MARIAGE

fille d'un simple artisan. La passion n'a pas d'oreilles : il déclara simplement que si on lui refusait cette jeune fille, il se donnerait la mort. Les parents du gentilhomme, craignant qu'il n'en vint à cette extrémité, firent demander la main de la jeune fille.

«Le père répondit aux entremetteurs, qu'il avait résolu de ne donner sa fille en mariage qu'à un homme de même profession que lui. On lui fit remarquer que le jeune homme en question était fort riche, que sa fille, par un de ces coups du sort inexplicables, montait ainsi d'une classe infime à la plus haute fortune. Ces raisons n'eurent aucune prise sur l'artisan, qui persista dans sa résolution.

«Au reçu de cette réponse, le gentilhomme ne perdit pas espoir. L'amour rend industrieux: il se procura aussitôt les outils nécessaires pour confectionner des aiguilles, prit des leçons pour s'initier à cet art et résolut de devenir un habile ouvrier. Il s'exerça ensuite à polir ses aiguilles, à leur donner un air artistique, puis quand il eut réussi, il agença avec soin son petit étalage et s'en alla devant la boutique du fabricant d'aiguilles, lui proposer ses aiguilles superfines, polies et brillantes, vrais chefs-d'œuvre d'art. Du haut du balcon, la jeune fille lui chanta ce couplet moqueur:

Hélas! vous avez donc perdu le sens?

Comment êtes-vous si simple?

Vient-on à la porte d'un fabricant d'aiguilles

Crier: " Qui achètera mes aiguilles?"

«Le gentilhomme lui répondit par cette autre gatha :

Ma chère et bien -aimée demoiselle,

Je ne suis point un insensé,

Mais un artisan habile,

Un artiste fabricant d'aiguilles;

Si votre père voyait de ses yeux

Le fini et le brillant de mon travail,

Certainement, il m'accorderait votre main

Et avec vous tous les biens.

«L'artisan sortit de sa boutique, examina les aiguilles, admira

la perfection de l'œuvre, et convaincu que le gentilhomme était passé artiste, il lui accorda sa fille en mariage.

«La jeune fille était Yasôdharû ; le gentilhomme, c'était moi.»

Avant la cérémonie de la distribution des bijoux, Suddhodana avait recommandé à tous les officiers du palais d'examiner avec le plus grand soin tout ce qui se passerait pendant cette séance, afin de pouvoir conjecturer les préférences du prince.

Le long entretien qu'il eut avec Yasôdharâ, fille du grand ministre Mahanama, fut fort remarqué, comme bien on pense, et on informa le roi que le prince héritier l'avait traitée d'une façon particulièrement honorable.

Suddhodana choisit un jour faste pour envoyer un message au ministre et lui demander la main de sa fille pour son fils Siddhartha. Le ministre fit une objection: il craignait que le prince, nourri au sein d'un luxe raffiné, habitué à tous les plaisirs, ne fût pas assez exercé dans le maniement des armes et dans tous les exercices d'usage.

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