ART. IX. — POURPARLERS ET PRÉLIMINAIRES DU MARIAGE
Sept disques métalliques, placés en enfilade de distance en distance, servaient de cible.
Ananda tira trois flèches, et frappa juste au milieu du premier disque, mais ses flèches ne le transpercèrent pas (1) ; Devadatta atteignit aussi le but sans perforer la cible de fer, et ainsi des autres concurrents. Siddhartha se fit apporter un arc, essaya sa résistance et le cassa net. " N'y a-t-il donc point un arc pour mon usage dans la ville de Kapilavastu? " dit le prince. Le roi reprit: " Il y en a un, qui appartint à votre grand-père Sinhahanu ; mais personne ne peut le bander. — Qu'on me l'apporte ! " commanda Siddhartha. Quand on présenta l'arc, les plus vigoureux parmi l'entourage du prince essayèrent de le bander, mais sans succès. Siddhartha, sans même se lever de son siège, saisit l'arc de la main gauche, prit la corde entre ses doigts et l'essaya.
L'arc, en se débandant, émit un son semblable à un coup de tonnerre, qui résonna dans toute la capitale. Les habitants se demandèrent d'où venait ce vibrement terrifiant. " C'est le prince qui essaie l'arc de son grand-père ", répondit-on.
Alors Siddhartha se lève, prend une flèche, bande son arc et vise; la flèche traverse les sept disques de métal et vole à une grande distance au delà.
Le prince tira une seconde flèche, qui traversa sept sangliers de fonte alignés les uns en face des autres, et alla s'enfoncer en terre si profondément, qu'elle fora un puits, qu'on appela "le puits de la flèche" (Çarakoûpa).
Des fleurs tombèrent des airs sur le glorieux vainqueur Ti-che $? |p, Indra, prit la flèche et l'emporta au ciel, où il éleva une tour en mémoire de ce triomphe (2).
(1) Les effets du tir sont diversement racontés suivant la diversité des textes.
(2) Plusieurs textes bouddhiques placent cet épisode 10 ans plus tôt, et supposent que Siddhartha quitta le palais à l'âge de 19 ans. Les autres, au contraire, et en majorité, le font rester dans le monde jusqu'à l'âge de 29 ans.