LA VIE DE HAREM
Trois palais avaient été construits pour accumuler toutes les joies et toutes les satisfactions de la vie et noyer dans les plaisirs le germe de vocation érémitique déposé dans le cœur du prince héritier. Trois mille jeunes filles d'une rare beauté s'appliquaient à prévenir même ses désirs. Jour et nuit, les plaisirs succédaient aux plaisirs, les voluptés aux voluptés.
Le foi, craignant de n'en jamais assez faire pour arriver à son but, fit construire un quatrième palais, plus merveilleux encore que les premiers et spécialement aménagé pour les voluptés du harem, sans qu'on eût à craindre un œil indiscret, en quelque temps que ce fût (1).
Un mur d'enceinte, d'une épaisseur et d'une solidité défiant toute attaque, fut construit tout autour des dépendances. La
(1) Pareille description ne mérite pas d'être traduite dans une langue respectable; elle se trouve en entier aux pages 3 et 4 du Fou-pen-hing-tsi-king # * *T * M, liv. XIV.
seule porte qui donnait accès dans l'enclos était si solidement barricadée, qu'il fallait les forces réunies de cinq cents hommes pour ébranler l'obstacle; et quand la porte tournait sur ses gonds, le grincement s'entendait à une demi-" yôjana ". Il fallait aussi deux cents hommes pour ouvrir la porte du jardin à fleurs et celle du palais proprement dit. Ces trois portes étaient gardées par des gens bien armés, qui avaient pour mission d'en défendre l'accès et d'assurer une pleine sécurité à l'heureux possesseur de tous ces trésors (1).
Tel fut, d'après les textes bouddhiques les plus anciens, le milieu déprimant où Siddhartha passa son adolescence et sa jeunesse. Dix années d'une pareille vie devaient aboutir à en faire un blasé. Les bouddhistes modernes ont eu honte de ces excès et ont essayé, mais trop tard, de couvrir d'un voile moins souillé les infamies du harem ; ils ont même inventé de pudiques légendes pour faire oublier la crudité des vieux textes (2).
ARTICLE XL
LE DEVA TSO-PING fë U EXHORTE SIDDHARTHA ET ENVOIE UN SONGE AU ROI SUDDHODANA.
§ 1. EXHORTATION DU DEVA.
Devaputra, Tso-ping f£ ^ (que plusieurs auteurs croient être Suddhavasa), voyant que le prince royal, depuis dix ans déjà, vivait immergé dans les plaisirs sensuels, se dit en lui-même:
(1) Fou-pen-hing-tsi-king $, %C fô M *f , Kv. XIV, pp. 3 6.
(2) Che-kia-pou m M If, liv. II, p. 41.