‹ Recherches sur les superstitions en Chine (volume 2)Chapitre 46 sur 180 · ART. XI. — EXHORTATION; SONGE DU ROI · texte numérisé non relu

ART. XI. — EXHORTATION; SONGE DU ROI

"Ce poussah Hou-ming f|f BEL Prabhâpâla (1), reste trop longtemps plongé dans les voluptés mondaines; enfermé dans son palais, il ne pense qu'à satisfaire ses passions ; pourquoi le laisser ainsi enlisé dans la boue? pourquoi le laisser s'aveugler par ces fallacieux appâts? Le temps presse, bientôt il sera trop tard : je vais donc lui chanter une pièce de vers pour l'exhorter à quitter ce maudit palais. " Vers le milieu de la nuit il chanta la gatha suivante :

Celui qui est esclave de ses passions

Et désire en délivrer les autres,

N'est-ce pas un aveugle qui veut conduire un aveugle?

Il faut être libre avant d'affranchir les autres,

Il faut être clairvoyant pour guider un aveugle.

Courage, homme vertueux; vous avancez en âge:

Il est temps de quitter votre palais et d'acquitter votre vœu.

Vous devez sauver les habitants des cieux et de la terre,

Ne vous laissez plus séduire par vos appétits sensuels:

Il est difficile de quitter une vie coupable!

Contemplez tous ces êtres immergés dans le malheur,

Soyez leur médecin et leur maître;

Prêchez-leur votre doctrine libératrice,

Soyez leur guide sur le chemin du nirvana.

Dans la voie ténébreuse où ils sont engagés,

Devant les filets et les pièges qui les attendent,

Dessillez leurs yeux, soyez leur lumière,

Sans retard, éclairez les devas et les hommes.

Le deva chanta cette poétique exhortation pour porter le prince à faire de salutaires réflexions et à renouveler en lui ses anciens désirs de perfection, comme endormis dans son cœur. Faisant ensuite appel à son surnaturel pouvoir, il commanda à toutes les musiciennes du harem de cesser leurs chants lascifs et d'encourager Sicîdhartha à quitter le siècle. Les chanteuses, subitement changées par une invisible puissance, transformèrent leur rythme et commencèrent à chanter les chants inspirés qui suivent :

(1) Prabhâpâla, on se le rappelle, est le nom que porta Çakyamouni pendant son séjour dans le ciel Tuchita, avant sa dernière réincarnation (cidessus, p. 9).

Dans le monde., tout passe

Comme une vapeur qui se dissipe.

Vénérable, l'heure a sonné

De quitter votre demeure et vos palais;

Les choses visibles sont aussi fragiles

Que le vase de terre d'un potier:

Articles d'emprunt, caducs et périssables,

A l'instar d'un mur de terre sèche

Qui bientôt se fendille et croule,

Comme la boue au temps de l'été,

Comme des grains de sable au bord d'un fleuve,

Ils sont l'impermanence même.

Telle la lumière d'une lampe

Qui brille un instant puis s'éteint,

Tel le souffle du vent

Toujours variable et inconstant,

Qui jamais ne demeure dans la même direction;

Tel encore le cœur d'une tige de bananier,

Qui ne peut décevoir qu'un homme inexpérimenté;

Tel enfin le poing fermé et vide, pour tromper un enfant.

Les êtres existant en ce monde

Ont tous une cause qui les produit:

Et cette cause productrice.

Les gens du vulgaire

Ne prennent pas soin de l'étudier.

Par exemple, pour faire une corde,

La cause de la torsion est la main et un instrument;

De même, la graine engendre la tige:

Pas de graine, pas de tige.

Or, une cause instable

Ne saurait produire un effet permanent...

Mû par une inspiration supranaturelle, le chœur des chanteuses analyse et déplore dans un harmonieux et poétique langage, les " nidanas " ou les douze anneaux de la chaîne des causes de tous nos maux.

L'homme et les devas prennent des illusions pour la vérité, des fantômes pour des réalités, croient à la réelle existence du "moi". Delà naissent toutes les passions tyranniques: joie.

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