‹ Recherches sur les superstitions en Chine (volume 2)Chapitre 47 sur 180 · ART. XI. — EXHORTATION ; SONGE DU ROI · texte numérisé non relu

ART. XI. — EXHORTATION ; SONGE DU ROI

affliction, amour, désir de posséder, puis finalement, la propriété, la naissance, la souffrance, la vieillesse et la mort (1).

Si tout est éphémère, pourquoi le désirer? Donc éteindre la volition, et la cause même de cette volition. c'est-à-dire l'ignorance : voilà le salut, la stabilité définitive. Le chœur conclut en ces termes :

Dans ce monde, il vous faut jeter un grand pont,

Pour lui faciliter le passage sur une rive plus fortunée.

Tous les êtres sont enfoncés dans la mer des douleurs

Comme des frelons dans un trou de bambou.

Les devas et tous les êtres de l'univers

N'ont pas encore étouffé leurs désirs,

Ils ressemblent à des oiseaux tombés dans un filet,

A des poissons pris à l'hameçon caché sous l'appât:

Les désirs sont des lames tranchantes et homicides,

Des coupes d'or contenant un breuvage empoisonné,

On doit les repousser comme une pourriture....

Levez-vous, sortez de votre demeure;

Le sage, considérant toutes ses affections,

Les craint comme une fournaise ardente.

Rien de réel ici-bas; par le monde,

Tout est fantôme et illusion,

L'univers est comme s'il n'existait pas.

Du gosier, de la bouche et de la langue.

Comme d'un moule, s'échappe la parole:

(1) Le Fou-pen-hing-tsi-king ffi # fô M M> liv- XXXI, p. 13, expose ainsi le système des 12 échelons ou des 72 causes des humaines misères. De l'ignorance (admettant la réalité et l'objectivité d'êtres qui, en fait, ne sont que vide et illusion), naît la conception d'un fantôme. Ce fantôme est imaginé responsable de ses actes, avoir même un nom et une forme, puis être doué de facultés sensibles; ses cinq sens externes et le cœur interne entrent en contact avec les objets sensibles, et de là surgissent les sensations agréables ou désagréables, qui excitent l'amour ou la haine, l'attrait ou la répulsion, et de la pure illusion l'ignorance a ainsi créé une réalité physique. La naissance de cet être vivant amène les maux physiques et moraux, les maladies, la décrépitude et la mort. Le premier anneau est donc l'ignorance et le douzième la mort. La science suprême, c'est d'arriver au nirvana, où toute réalité cesse; connaître le vide, l'irréalité de tout : voilà le faite de la sagesse.

La parole n'est pas le gosier,

Pourtant, sans lui elle n'existerait pas;

Elle n'a ni couleur, ni apparence,

Le lieu qui la voit naître, la voit aussi mourir,

"Vainement on chercherait sa trace....

L'homme tire un son d'un instrument à cordes:

Cherchez d'où vient le son, où il va ?

Sitôt produit, sitôt disparu!

Ainsi en est-il de tout ce qui existe.

Dans l'homme, hors de l'homme, tout est vide,

À quoi bon chercher le "moi réel",

Puisque tout est faux, illusion, fantôme!...

Le feu des désirs brûle les devas et les humains,

Comme une roue ardente en perpétuel mouvement.

Nous faisons appel à votre pitié compatissante;

Par vos enseignements éteignez cet incendie.

Pitié! pour tous ces êtres

Plongés dans ce profond abîme de ténèbres;

L'esprit obscurci, les yeux aveuglés,

Ils ne peuvent plus parvenir à la lumière.

Que votre cœur se laisse toucher,

Mettez le comble à vos mérites:

Par pitié pour l'universalité des êtres,

Sortez sans retard, quittez votre palais (1)!

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