‹ Recherches sur les superstitions en Chine (volume 2)Chapitre 49 sur 180 · SOUS LA FIGURE D'UN VIEILLARD · texte numérisé non relu

SOUS LA FIGURE D'UN VIEILLARD

Le deva Tso-p'ing f£ $ft, voyant que Siddhartha se laissait

(1) Dans quelques grandes pagodes, à Lang-chan 3jg jjj par exemple, on voit une immense roue, symbole de la propagation de la loi bouddhique.

(2) Fou-pen-hing-tsi'king f $ |f i i- liv- XVi PP- 1~4-

ART. XII. — APPARITIONS DE SUDDHAVASA gg

de plus en plus fasciner par les appâts trompeurs des jouissances de la vie, lui inspira le désir de faire une promenade dans le parc de l'Est, vrai paradis de délices. Là, fleurissaient des plantes de différentes feuilles, étalant au soleil leurs couleurs variées et saturant l'air de leur suave parfum.

De branche en branche voltigeaient toutes sortes d'oiseaux, égayant les bosquets de leurs chants et déployant leurs ailes aux riches couleurs. L'onde pure des ruisseaux coulait en serpentant au milieu d'une luxuriante végétation. Siddhartha donna ses ordres pour le départ. Le cortège royal venait de franchir la porte de l'Est: soudain Suddhavasa se présenta aux yeux du prince sous la figure d'un vieillard décrépit, au cou décharné, les cheveux blancs comme la neige, les dents branlantes, le corps plié en deux par l'âge et les infirmités; il s'appuyait péniblement sur un bâton pour se traîner pas à pas tout haletant.

"Quelle est cette misérable forme humaine? demanda Siddhartha à son cocher, jamais si prénible vue ne s'est encore présentée devant moi !" Le cocher, inspiré par le deva, lui répondit: " Grand prince, cet homme est un vieillard. — Mais que signifie ce mot: «vieillard», tel qu'on le comprend dans le monde? — La vieillesse, reprit le cocher, c'est la diminution des forces corporelles, la décadence des fonctions vitales, la diminution progressive des facultés mentales. Vous en voyez un exemple dans ce pauvre homme que la mort peut saisir inopinément; vieillir c'est s'approcher de la tombe" (1).

Siddhartha commande au cocher de tourner bride pour rentrer au palais ; puis, tout préoccupé de cette accablante pensée, il ajoute, " Est-ce que mon corps deviendra un jour semblable à ce cadavre ambulant? — Même Votre Altesse en arrivera là : riches ou pauvres, tous aboutissent à cette fatale destinée ".

(1) Les artistes javanais ont merveilleusement représenté cette scène sur un des panneaux du stupa de Boro-Budur. Cf. B. E. F. E. O , tome IX, p. 22.

70 CHAP. î. — NAISSANCE ET JEUNESSE.

Le roi fut très peiné de cette fâcheuse rencontre, et avisa aux moyens d'effacer dans l'imagination du prince l'impression pénible qu'il venait d'éprouver. Le séjour dans le palais et les plaisirs voluptueux en eurent vite raison (1).

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