‹ Recherches sur les superstitions en Chine (volume 2)Chapitre 54 sur 180 · SONGE DE YASÔDHARÂ. - FUITE DU PALAIS · texte numérisé non relu

SONGE DE YASÔDHARÂ. - FUITE DU PALAIS

Le roi Suddhodana, ayant eu conaissance du plan d'évasion élaboré par le prince héritier (2), rassembla tous les grands dignitaires de la famille Çakya et s'entendit avec eux sur les moyens à prendre pour faire échouer cette tentative. Les portes furent gardées avec la dernière vigilance, un cordon de troupes cerna la ville, et des postes de soldats furent installés au croisement des rues.

Udayi, fils d'un grand ministre, homme d'esprit et beau parleur, reçut la délicate mission d'exhorter Siddhartha à demeurer dans ses palais et à continuer sa vie de plaisirs avec toutes les jeunes femmes qui s'y trouvaient.

(1) Fou-pen-hing-tsi-king ffi ~fc \x M $«, liv. XV, pp. 11-16.— Che-kia-pou m MB, liv. II, pp. 42,43.

(2) Plusieurs textes mentionnent que Siddhartha demanda lui-même la permission de se faire ermite et que son père la lui refusa : c'est l'opinion relatée par le compilateur chinois, qui, en cela, suit le témoignage du Fou-penhing-tsi-king $jî yfcfr ^| M' liy- XV, p. 14. Or cet ouvrage est une traduction du sanscrit; il ne faut donc pas affirmer catégoriquement que ce détail a été inventé par les Chinois.

Il reçut une réponse assez sèche, montrant qu'il s'adressait à un viveur dégoûté de la vie. Lorsque toutes les femmes de son harem, aiguillonnées par les recommandations de Pradjâpati, tentèrent un dernier assaut de cajoleries et de bons procédés pour dérider Siddhartha, elles ne furent pas plus heureuses; il ne restait plus d'amour dans ce cœur blasé:

Naître, vieillir, agoniser et mourir: telle est notre condition, Il suffit d'y réfléchir avec attention, Pour éteindre à jamais tout sentiment d'affection: Entre la brute, l'oiseau et l'homme, pas de distinction (1).

Cette dernière nuit, Yasôdharâ eut un songe et en fut tellement effrayée qu'elle ne put fermer l'œil après son premier réveil. Siddhartha lui demanda la cause de son chagrin:

«Mon prince, reprit-elle tout éplorée, je viens de voir en songe vingt sinistres présages ; permettez-moi de vous les raconter.

«Pendant mon rêve, j'ai senti la terre trembler sous mes pieds, j'ai vu la grande bannière d'Indra se déchirer en deux morceaux; les étoiles tombaient du ciel; mon superbe parasol d'honneur me fut enlevé, puis on coupa ma chevelure, on arracha violemment mes bijoux ; qui furent jetés à terre ; mon corps devint horrible à voir, mes pieds et mes mains se séparèrent du buste, tout mon être devint rouge et vert ; mon trône croula, le lit eut ses quatre pieds broyés et tomba sur le sol. Je vis

(1) Udayi, dont il est ici fait mention, était fils du grand ministre Mahànàman, et très probablement le propre frère de Yasùdharà. Ceci explique naturellement les récits intimes, que le Bouddha fait confidentiellement à Udayi, relativement aux précédentes existences de sa fiancée (voir ci-dessus, p. 54).

Son surnom de Kalùdayi rappelle une anecdote de sa vie, qu'il est intéressant de connaître. Un jour qu'il accompagnait le prince Siddhartha, une vipère bondit devant lui ; Udayi l'abattit d'un conp, mais déjà le serpent avait eu le temps de le mordre. Par suite de cette morsure venimeuse, la peau de son cou devint noire; de là vient son surnom de Udayi le Noir (Kalùdayi).

Cf. Rockhill, Life of Buddha, p. 21.-Beal, History of Buddha, p. 123, note 1.

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