‹ Recherches sur les superstitions en Chine (volume 2)Chapitre 56 sur 180 · ART. I. — SONGES; FUITE Î)U PALAIS · texte numérisé non relu

ART. I. — SONGES; FUITE Î)U PALAIS

Sans tarder, il mande son écuyer et lui commande de seller son cheval Kantaka.

L'écuyer, voyant le prince hors de ses appartements, les yeux fixés vers le ciel et plongé dans de graves réflexions, se douta qu'il voulait exécuter son dessein de quitter le monde pour embrasser la vie des ascètes. Il hasarda respectueusement quelques observations pour connaître le but du voyage.

«Bientôt vous saurez tout, reprit Siddhartha ; amenez-moi seulement mon cheval Kantaka.»

L'écuyer crut devoir une fois encore supplier le prince de ne pas abandonner ses charmants palais et toutes les aises de la vie pour suivre une route pleine de peines et de douleurs.

La gatha suivante fut la réponse :

Tchandaka (1), toi qui naquis le même jour que moi,

Sache que je considère ce palais comme un sépulcre,

Comme un charnier fourmillant de vers,

Comme un repaire de cruels rakchas (2),

Partout les maux, comme une bande de loups cruels,

Partout les renaissances, comme des bulles d'air sur l'eau!

Tchandaka, j'ai fait l'expérience de toutes ces délices;

Ma résolution est prise: je quitterai mon palais;

Les promenades n'ont plus de charme pour moi;

La vieillesse, l'infirmité et la mort sont toujours devant mes yeux.

Tchandaka, amène vite mon cheval Kantaka,

Je l'ai résolu, aujourd'hui je serai ermite.

«Prince, répondit l'écuyer, puisque votre détermination est irrévocable, vous serez obéi.»

Tchandaka, en traversant les salles du harem, essaya vainement de réveiller les dames du palais, en heurtant à dessein leurs membres étendus, mais aucune ne sortit du sommeil léthargique qui les immobilisait.

(1) Nommé aussi Tchanna.

(2) Monstres puissants et sanguinaires, que nous verrons bientôt dans les armées de Mara, roi des Kamalokas.

L'écuyer para donc le fringant coursier de ses riches harnais chamarrés d'or et de pierreries, puis le conduisit devant le prince. «En avant, mon brave Kantaka, voici l'heure du combat, courage !» s'écria Siddhartha en sautant sur le dos de son cheval (1).

Brahma et Indra prennent la tête du cortège. Les portes du palais s'ouvrent d'elles-mêmes ; sur tout le parcours, les gardes se trouvent subitement dominés par un invincible sommeil. La porte de la ville s'ouvre à deux battants et le prince, suivi de son escorte de devas, chevauche librement, dans la campagne. Ce fut alors qu'il se retourna pour considérer une dernière fois

(1) Les astrologues avaient prédit, dès la naissance de Siddhartha, qu'il serait ou un monarque souverain du monde, ou un bouddha(ci-dessus, pp. 35 seq.) Or, les Sept joyaux doivent naître simultanément avec ce Prédestiné, qui, par droit de naissance, possède: 1. des éléphants; 2. des chevaux; 3. la pierre précieuse «mani» (jou-i j$M)', 4. des conseillers; 5. des femmes; 6. des maîtres de maison ; 7. la perle des disques. Ces sept emblèmes du Bouddha, roi delà «Roue de la Loi», sont moulés en métal et servent d'attributs à Çakyamouni. Or le jour de sa naissance, naquirent sa future femme, son futur écuyer Tchandaka, et son futur cheval Kantaka.

Cette scène originale, gravée par les sculpteurs, nous a été conservée sur deux bas-reliefs, le n° 412 du Musée de Lahore et le n° G 103 du Musée de Calcutta. Le poulain Kantaka tète la jument sa mère, qui s'abreuve dans une auge de pierre, devant laquelle se tient le palefrenier. Le petit Tchandaka vient de naître; c'est le futur écuyer de Çakyamouni. Une femme assise, sa mère peut-être, le plonge dans une auge, pour lui donner son premier bain. (Cf. reproduction d'une photographie du Musée de Calcutta, Foucher, fig. 163 )

Il est bon de noter encore que les livres bouddhiques distinguent 4 sortes de «rois de la Roue»:

1° Le roi de la Roue de fer, qui régit un royaume.

2° Le roi de la Roue de cuivre, qui gouverne deux royaumes.

3° Le roi de la Roue d'argent, qui gouverne trois royaumes.

4° Le roi de la Roue d'or, souverain de quatre royaumes.

C'est ce dernier qui, par droit de naissance, possède les Sept joyaux.

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