ART. I. — SONGES ; FUITE DU PALAIS
les murs de sa capitale et cria en rugissant comme un lion (1) : «Que mon corps soit broyé sous un rocher, que le poison mette fin à ma vie ! Oui, que je meure, plutôt que de violer mes serments de sauver toute chair du redoutable océan de la métempsycose ! Jamais je ne rentrerai dans cette cité avant d'avoir trouvé le chemin du nirvana!»
Cependant, au palais, les femmes commencèrent à se réveiller, puis se dirent: «On ne voit point paraître le prince!»
«Hélas ! s'écria la princesse Yasôdharâ d'une voix lamentable, le prince a réussi enfin à nous tromper!» Ce disant, elle se roulait à terre en se frappant la poitrine et s'arrachant les cheveux.
Le roi Suddhodana, à la nouvelle que son fils, trompant la vigilance des gardes, avait disparu avec son cheval et son écuyer, envoya de suite des cavaliers à sa poursuite ; mais déjà il était en lieu sûr.
D'une seule traite, son brave Kantaka avait franchi douze yôjanas (2) et était passé sur le territoire de A-nou-ma PpJ" $. JjË, au village de Mi-ni-kia ^ f& ^P, où habitait le richi Bagava (3).
(1) Au lieu même où la tradition place cet épisode, les bouddhistes bâtirent une tour nommée: «Tour du Rugissement du lion>.
(2) La yôjana varie, suivant les auteurs, entre 6 et 40 lis. Le bonze Hiuen-tsang je #£, dans ses Mémoires, liv. II, nous dit que la yôjana mentionnée par les livres sacrés contient 16 lis. D'après certaines comparaisons entre les distances les mieux connues, la yôjana représente environ une lieue et demie ou deux lieues françaises. Elle est subdivisée en 8 kroças ou kôs d'après Hiuen-tsang jfe |£ ; en 4 seulement d'après le Lalita Vistàra.
(3) Fou-pen hing-tsi-king #^frll£l!ï ^v- XVII, pp. 1-13.— Cf. Foucher, fig. 181 à 184.
ARTICLE II