SIDDHARTHA MENDIE DANS LES RUES DE
RAJAGRIHA.
Siddhartha passa la nuit sur la montagne. Le matin venu, il ajusta ses habits et se disposa à entrer dans la capitale du Magadha pour mendier sa nourriture et commencer sa vie d'ermite. Il lui manquait le bol traditionnel dont se servent les ascètes pour quêter leur subsistance. Soudain ses yeux tombèrent sur une large pièce d'eau couverte de fleurs de lotus. Il pria un homme qui se trouvait sur le bord, de bien vouloir lui donner une feuille de ces plantes aquatiques. Ce brave homme s'empressa d'accéder à sa demande, et Siddhartha, sa feuille de lotus en main, entra dans la ville pour demander l'aumône.
Le peuple, en le voyant quêter dans les rues de la ville, fut frappé de sa dignité et de son grand air ; bientôt il se forma un attroupement autour de lui : marchands, consommateurs, voyageurs, tous voulaient le voir, l'entendre. Siddhartha était alors dans la fleur de sa jeunesse: il venait de quitter son palais, son teint était frais et sa personne pleine d'attraits.
En parcourant les rues de cette grande cité, Bouddha pensait: «Toute cette multitude d'hommes court à la perdition, sans espoir de salut, ballottée sur la mer houleuse de la vie, indifférente sur son triste sort, sans guide pour la diriger,
(1) Fou-pen-hing-tsi-king $t fc ij M M, liv« XXII, pp. 12-17.
ensevelie dans les ténèbres de l'erreur et incapable de se tirer de cette lamentable condition. » Ces pensées allumèrent dans son cœur un vif sentiment de commisération et le fortifièrent dans sa résolution de travailler au salut du monde. Il parcourut ainsi les rues de la ville, mendiant de porte en porte, puis retourna au pied du mont Pandava, où il s'assit sous un arbre, au bord d'une fontaine, pour prendre son repas. Sa réfection terminée, il se lava les pieds et les mains, gravit le flanc de la montagne et choisit un lieu d'où la vue s'étendait sur un beau paysage. Là, il s'assit sur l'herbe, les jambes croisées et le visage tourné vers l'est; les arbres étaient en fleurs, les oiseaux voltigeaient de branche en branche.