L'ENTREVUE AVEC BIMBASARA, ROI DU
MAGADHA.
Rajagriha (Rajgir) était la ville capitale et la résidence royale du Magadha ; le roi qui gouvernait alors s'appelait Bimbasara. Jadis il avait formulé cinq vœux:
1° Arriver jeune encore à la dignité royale.
2° Voir naître un bouddha durant son règne (1).
3° Avoir l'honneur de lui faire l'aumône.
4° Entendre sa prédication.
5° Arriver à la connaissance de sa loi.
Du haut d'une tour de son palais, il avait aperçu Siddhartha, entouré d'une foule nombreuse, s'avançant avec calme et dignité par les rues de la ville, brillant de clarté comme une perle lumineuse au milieu de la nuit. «Je n'ai point vu de ma vie, dit-il à son entourage, un homme aussi beau et aussi majestueux. Allez, mes seigneurs, demandez-lui qui il est, d'où il vient et quel est son nom.» Dès qu'il eut reçu les renseignements désirés, il comprit que ses vœux allaient être exaucés.
(1) Ce vœu laisserait supposer que ces idées de bouddhas sauveurs existaient déjà avant Çakyamouni.
Il s'informa minutieusement du lieu de sa retraite et se proposa d'aller en personne lui présenter ses hommages.
Le roi Bimbasara monta donc sur son char, traversa sa capitale et alla trouver l'ascète sur le mont Pandava. Arrivé devant lui, il le salua avec respect. Siddhartha, avec une aimable distinction, lui rendit son salut, lui souhaita bonheur et prospérité, puis s'informa du motif de sa visite. «Je viens vous prier d'éclaircir certains doutes qui ont surgi dans mon esprit, et vous demander qui vous êtes. Etes-vous Brahma, Sacra, un deva, ou un esprit céleste? — Je ne suis ni deva, ni Brahma, ni Sacra, répondit-il; je suis un ermite menant une vie conforme à sa vocation. — Mais comment pouvez-vous abandonner votre palais, renoncer à toutes les joies humaines, vous, brillant de jeunesse et de santé? Comment vous, un prince de race royale, osez-vous vous exposer ainsi aux intempéries de l'air, à la dent les bêtes fauves? — Maharaja, reprit Çakyamouni, ne me parlez plus de ces contes; depuis longtemps de tels arguments n'ont plus prise sur moi ; les plaisirs dont vous me parlez sont vains et illusoires, ce ne sont que des voleurs et des brigands, des imaginations d'un esprit malade, des songes de femme, qui ne peuvent tromper que des gens stupides. Pour moi, je crains le démon de la renaissance, les démons de la vieillesse, des maladies et de la mort, et n'ai point d'autre crainte (1).»
Bimbasara, ravi de tant de vertu, s'inclina devant lui et lui offrit gracieusement de subvenir à son entretien journalier, pour tout ce qui concerne la nourriture et le vêtement. Le jeune ascète remercia le roi de ses prévenances charitables et lui annonça qu'il ne tarderait pas à quitter ce pays pour travailler à l'exécution de son grand projet. Le roi ne douta pas du succès final, aussi se recommanda-t-il à son bon souvenir pour le temps où il serait arrivé à l'illumination.
Siddhartha le lui promit et le roi rentra dans son palais. (1) Fou-pen-hing-tsi-king ffî, # if H M . l»v. XXIII, pp. 1-12.
Bimbasara était le 5' roi de la dynastie Saisunaga, qui compta 10 rois et dura 362 ans (Vishnu Purana, liv. IV, chap. 24 (1)).
ARTICLE V