CONVERSION DES AMIS DE YASADA
À Bénarès habitaient quatre chefs de famille fort riches, amis de Yasada ; c'étaient : Vimala (P'i-ma-lo ftfc Jft H), Subhada (8ieou-p'ouo-heou {^ ^ $%), Purnaka (Fou-lan-na-kia g || $ft j$n), et Gavpati (Kia-p'oiw-po-ti jfj\\ ^ j|$ ^f). Ces gentilshommes, ayant appris la conversion de Yasada, pensèrent que la doctrine du grand ascète Çakyamouni devait être supérieure à celle des autres sectes, puisqu'un seigneur de si grand renom se déclarait son disciple; ils voulurent avoir une entrevue avec lui. Ils allèrent donc trouver leur ami Yasada et le prièrent de les introduire auprès de Çakyamouni. En compagnie de Yasada, ils partirent de Bénarès et arrivèrent dans l'habitation de Bouddha, qui les reçut avec son habituelle amabilité et leur prêcha sa très excellente doctrine, les vertus de charité, de tempérance, de patience dans le support des injures etc.
Ces instructions portèrent la lumière dans leur intelligence ils secouèrent le joug pesant des affections mondaines et, le cœur changé, se levèrent simultanément de leurs sièges, pour se prosterner aux pieds de Bouddha et lui demander d'être admis au nombre de ses disciples. «Très Honoré, lui dirent-ils. nous voulons quitter le monde pour vous suivre et être admis dans le triple refuge. — Soyez les bienvenus, bonzes, entrez dans mon ordre et marchez vers la délivrance.»
Sept jours après avoir coupé leur chevelure, ils prirent l'habit, reçurent la sébile traditionnelle, s'appliquèrent à l'obser-
(1) Fou-pen-hing-tsi-king ffî, ^C ff M M, liv. XXXV, pp. 1-16.
vance des règles de leur institut, et après un assez court séjour dans la solitude, ils parvinrent à la dignité d'arhats ; de ce fait le nombre des arhats montait à onze.
Ce nombre fut bientôt porté à soixante et un par l'addition de cinquante nouveaux convertis, qui, à l'exemple de Yasada, se firent religieux et obtinrent le même privilège (1).
ARTICLE VI
I»URi\A ET IVARADA SUIVENT BOUDDHA.
§ 1. CONVERSION DE PURNA.
Le roi Suddhodana avait pour ministre un brahme fort riche, qui habitait entre Kosala et la capitale Kapilavastu ; son fils, nommé Purna (Fou-leou-na g" ||| $ft), se distinguait entre tous par la vaste étendue de ses connaissances: il excellait dans toutes les branches du savoir humain, et était très versé dans l'étude des Védas et des écrits ascétiques. Né le même jour que le prince Siddhartha, il n'éprouvait comme lui que du dégoût pour la vie mondaine ; aussi n'eut-il pas plus tôt appris sa fuite du palais royal, qu'il résolut de s'esquiver de la demeure paternelle avec vingt-neuf de ses amis, et tous allèrent se cacher clans un lieu inhabité au pied de l'Himalaya.
Par l'exercice de la contemplation, ils acquirent un pouvoir préternaturel, l'intuition des choses cachées; c'est ainsi qu'ils eurent connaissance de l'arrivée de Çakyamouni au «Parc des Cerfs», à Bénarès. Les solitaires partirent incontinent pour l'y rejoindre.
(1) Fou-pen-hing-tsi-king $, ^C fô H $?, liv. XXXVI, pp. 1-4 — Che-kiapou & &&, liv. IV, p. 58
Après s'être prosterné à ses pieds, Purna adressa les paroles suivantes au Très Honoré :
«Vénérable du monde, accueillez-nous avec bienveillance; nous sommes disposés à vous suivre: sauvez-nous. — Levez-vous, lui dit le Vénérable des mondes, j'agrée votre demande; je vous accueille, vous et vos compagnons.»
Les nouveaux convertis se plièrent à l'observance de la règle, marchèrent d'un pas rapide dans la voie de la perfection pour détruire en eux les dernières attaches au monde, et enfin parvinrent rapidement au degré d'arhats. Bouddha dit à ses autres disciples :
«Parmi vous, Purna est au tout premier rang pour prêcher ma doctrine au monde.»
Le bouddhisme comptait désormais quatre-vingt-onze arhats (1).
§ 2. HISTOIRE DE NARADA.
Au village de la «Pâture du Singe», dans le pays d'Avanti, au sud de l'Inde, vivait un brahme riche et puissant, nommé Katyayana. Ses connaissances variées lui avaient mérité l'honneur d'être le Grand Précepteur du roi Yajnadatta.
Il avait deux fils. Il commanda à l'aîné de compléter son éducation en faisant un voyage dans les royaumes adjacents.
Le gentilhomme, à son retour, témoigna du succès de ses études par un examen public, qu'il subit avec honneur. «A ton tour maintenant, dit le ministre à son second fils, nommé Narada (2) ; dispose-toi à entreprendre un voyage scientifique, pour te
(1) Fou-pen-hing-tsi-hing |^|xl &1, liv- XXXVII, pp. 1-4.
(2) Na-lo-t'ouo fft fi Ifè; ci-dessus, chap. I, art. V, p. 37.