ART. VI. — PURNA ET NARADA SUIVENT BOUDDHA
perfectionner dans l'étude des Védas et de la littérature du pays. — Mon père, reprit le jeune homme, j'ai déjà acquis toutes ces connaissances. Rassemblez un jury compétent et je me fais fort de réciter les Védas en entier.» Le père, aussi heureux que surpris de cette réponse, rassembla les examinateurs, et Narada subit glorieusement l'assaut. Son aîné, jaloux de ses talents et de son triomphe, se dit en lui-même : «Voilà plusieurs années que je voyage à l'étranger pour me perfectionner dans les lettres; j'ai acquis ma science avec beaucoup de peine et de travail, tandis que mon frère, tout jeune encore, se distingue déjà par ses éminentes qualités ; que sera-ce quand il aura grandi? Sûrement il deviendra ministre d'État. Il ne me reste qu'un moyen à prendre: c'est de le mettre à mort.»
Pour l'arracher à la basse vengeance de son aîné, son père le conduisit chez le célèbre richi Asita, son oncle maternel. Cet ascète était passé maître dans l'étude des Védas; il s'était exercé dans les quatre degrés de contemplation et jouissait d'un merveilleux pouvoir. À cette époque, il habitait une grotte de la montagne Pandu, tout près de la ville de Oudyani, au sud de l'Inde.
Sous un maître si exercé, Narada devint vite un richi consommé. Plus tard, Asita vint se fixer près de la ville de Bénarès, dans un petit ermitage où il habita avec Narada. Six fois le jour, le vieil ermite ne manquait pas de lui répéter:
«Narada, quel bonheur est le vôtre ! Un bouddha va paraître dans le monde ; rasez votre chevelure, faites-vous bonze et mettez-vous sous sa conduite, il y va de votre intérêt et de l'intérêt des autres. »
Peu de temps après, Asita mourut; et Narada, son disciple, grisé par les adulations des hommes, ne croyait ni en Bouddha, ni à sa loi, ni à son ordre.
Une circonstance fortuite détermina sa conversion.
Deux nagarâjas, nommés Élapatra et Sâgara, proposaient une forte récompense à qui pourrait expliquer le sens d'une gatha en vers, concernant la naissance de Bouddha. D'après le dicton populaire, personne ne pourrait lire cette stance avant la naissance de Bouddha; et après sa naissance, personne autre que lui ne serait capable d'en donner le vrai sens.
Or Bouddha devait être né, car un yakcha, revenant de la ville d'Arkabandu, où se trouvait cette inscription, avait pu la lire et l'apporter aux deux nagarâjas. Cependant personne ne put l'expliquer.
Narada, piqué d'honneur, se fit donner le couplet devenu lisible et s'engagea à l'expliquer au bout de sept jours. Il était ainsi conçu :
En quoi consiste la parfaite indépendance?
Quelle est la grande source de nos souillures?
Comment atteindre la parfaite pureté?
Qui mérite vraiment le nom d'insensé?
Comment l'insensé devient-il la dupe de ses illusions?
Qui mérite vraiment le nom de Sage?
Quel obstacle doit-on renverser
Pour atteindre la délivrance définitive?
Narada médita cette énigme, en chercha la solution, mais en pure perte. Les maîtres des sectes hérétiques ne furent pas plus heureux dans leurs recherches ; aucune explication ne parut acceptable.
Sur ce, Narada, apprenant que le grand maître Çakyamouni était arrivé au «Parc des Cerfs», alla implorer le secours de ses lumières et lui récita la gatha en question. Bouddha lui répondit par une gatha correspondante et qui était le commentaire de la première :
Les six abstractions procurent la véritable indépendance.
La convoitise de l'absolutisme est la principale cause de nos souillures;
Se croire pur quand en réalité on est souillé,
C'est la plus insigne des folies.
Tarir la source des transmigrations.