‹ Recherches sur les superstitions en Chine (volume 2)Chapitre 9 sur 180 · LA PRÉDICTION DE SA DESTINÉE · texte numérisé non relu

LA PRÉDICTION DE SA DESTINÉE

Çakyamouni, pendant l'une de ses existences antérieures, se nomma Chan-hoei H §| ; il était alors ascète et lettré, donnant son enseignement à plus de 500 disciples.

Depuis quelque temps déjà, Jan-teng j$k j^, Dipankara, était descendu du ciel Tuchita et s'était incarné dans le sein de la reine Yué-chang ft £, épouse du roi Je-tcJwu 0 ^ ; il commençait sa mission et Chan-hoei =f |g quitta ses disciples pour aller se mettre au service du nouveau bouddha de la dynastie des Jan-teng •%$ -jg, qui dura 8 milliards 400 millions d'années.

Un jour donc que Dipankara cheminait avec ses bonzes vers la ville de Lien-Jwa-tch'eng |ji Ip jfâ (2), ou "la ville des fleurs de lotus ", le roi commanda à tous les habitants des environs de lui apporter toutes les fleurs de lotus qu'on pourrait cueillir, afin qu'il pût les offrir au bouddha qui daignait l'honorer de sa visite.

Le roi, accompagné de tous ses officiers, devait se porter au devant de lui pour le recevoir. Une foule énorme se pressait sur le passage de Dipankara ; tous se disputaient l'honneur d'étendre sur le chemin leurs vêtements les plus précieux en guise de tapis.

(1) Fou-pen-hing-tsi-king ffi, & if M *I* liv- II ; liv. 111, pp. 1-3.

(2) Ville capitale de Dipavati. La scène est fort bien représentée sur l'une des métopes de la frise de Sikri (bas-relief) au musée de Lahore. Cf. Foucher, L'art gréco-bouddhique du Gandhàra, p. 275. Un bas-relief du British Muséum représente le même sujet.

Chan-hoei^ |§ n'avait que son manteau d'antilope ; il le quitta et voulut l'étendre sous les pieds du bouddha, mais ceux qui déjà avaient placé leurs habits sur la voie se récrièrent, l'accablèrent d'invectives et jetèrent bien loin son manteau. Hélas! pensa l'ascète, le bouddha n'aura-t-il pas pitié de moi! Jan-teng ^ Jf, éclairé par une lumière supranaturelle, connut tout ce qui se passait au fond du cœur de Chan-hoei f* |§ ; en vertu de son pouvoir merveilleux, il changea un passage de la route en cloaque boueux: pendant que les curieux se regardaient avec stupéfaction, personne ne voulait descendre dans la boue pour aider le bouddha à franchir ce mauvais pas. L'ascète se plaça au milieu du bourbier, étendit son manteau sur la boue, s'y coucha lui-même le dos en l'air pour servir de pont, et déploya sa chevelure pour lui faciliter le passage (1). Au moment où Dipankara lui passait sur le corps, il jura de ne pas se relever du milieu de cette boue, avant d'avoir vu sa prière exaucée.

Après avoir passé sur son corps, Jan-teng ]$k -Jg commanda aux bonzes qui le suivaient de prendre un autre sentier. " Seul, leur dit-il. le pied d'un bouddha peut fouler le noble corps d'un poussah." Puis, s'adressant à Chan-hoei H &, il lui dit: "Mes félicitations! mes félicitations! vos vœux seront accomplis. Aujourd'hui vous vous dévouez pour Bouddha: la quiétude du nirvana sera votre récompense ; observez bien les préceptes bouddhiques, dévouez-vous toujours sans compter, soyez patient dans les mauvais traitements." Comme il finissait cette exhortation, un sourire effleura ses lèvres; un des bonzes ses suivants le remarqua et lui en manifesta son étonnement. "Jamais, dit-il, nous ne vous avons vu sourire ; pourquoi venez-vous d'esquisser un sourire? — Vous voyez cet homme, reprit Dipankara: il a mis son corps à mon service pour me tenir lieu de pont; il a étendu son vêtement et sa chevelure pour me servir de tapis: après le

(1) Le n.i Asôka éleva sur cette place un stupa en pierre, haut de 300 l'"'(ls- remarquable par son architecture et ses sculptures. Le bonze Hiuèn taang ± $g le placée 3 lis est de la capitale duNagarahâra. [Mémoire*, chap il

kalpa O-seng-che ppj f§- jjj^, c'est-à-dire après dix millions de kalpas (1), il deviendra bouddha et portera le nom de Çakyamouni."

Chemin faisant, Chan-hoei H ô rencontra des jeunes gens en livrée bleue, qui portaient sept belles rieurs de lotus. Il leur demanda s'ils consentiraient à les lui vendre. Ils répondirent que ces fleurs étaient destinées au roi, qui devait les offrir a Bouddha. "Après bien des pourparlers, l'ascète réussit à en acheter cinq pour cinq cents pièces d'argent, dans le but de les présenter lui-même à Jan-teng ]$k @ ; on lui fit même cadeau des deux autres. Lorsque le roi, entouré de toute sa cour, vint présenter des bouquets de fleurs à Dipankara, toutes les fleurs qu'on jeta devant lui tombèrent à terre, les cinq fleurs offertes par Chan-hoei âj- ||| s'élevèrent en l'air et formèrent une sorte de dais au-dessus de la tête de Bouddha, les deux autres fleurs se tinrent aussi suspendues dans les airs de chaque côté de sa tête. Jan-teng >$k |g félicita l'ascète, lui renouvela la promesse qu'il atteindrait la dignité suprême de bouddha.

Chan-hoei H *| pria Jan-teng •]$. <Jg de l'admettre à son service : " Viens, lui dit Bouddha, coupe ta chevelure, rase-toi la tête, revêts la chape monacale et sois bonze. " Chan-hoei 3ç *| joignit les deux mains et prononça la gatha suivante:

" Je contemple aujourd'hui le vénérable des mondes,

Maintenant mes yeux sont ouverts à la lumière.

Pour suivre la pure doctrine,

J'ai tout quitté en ce monde;

Aujourd'hui j'ai rencontré le très honoré des cieux,

J'ai trouvé la porte de sortie de la métempsycose,

Dans mon cœur s'est allumé le vif désir

D'atteindre cette félicité sans égale."

(I) Le "kalpa" bouddhique est la durée d'un monde, depuis son organisation jusqu'à sa destruction. La destruction arrive plus tôt ou plus tard suivant l'état de corruption des hommes; quand la mesure est comble, c'est la fin de ce monde. Cf. ci-dessus, p. 3, n. 2.

Après que Çakyamouni eut achevé la narration de tous les faits précédents, il en certifia l'exactitude à Ananda son disciple, et prononça cette imprécation :

Que le ciel tombe sur la terre,

Que cette grande terre soit réduite en poudre,

Périsse la loi de la métempsycose,

Que le mont Suméru s'écroule,

Que le Grand Océan se dessèche,

Mais sache à n'en point douter, ô Ananda,

Que Bouddha n'a qu'une parole (1).

"Depuis cette époque, ajouta Çakyamouni, plusieurs autres bouddhas me renouvelèrent l'assurance de ma future destinée, en particulier le bouddha Lien-hoa-chang jg ^ b Padmpttara (ou le bouddha "foulant les lotus", ainsi nommé parce que des fleurs de lotus surgirent sous ses pieds quand, après sa naissance, il fit sept pas vers les quatre points cardinaux).

"A ses pieds je déposai des fleurs d'argent. 11 les accueillit gracieusement, me prédit ma destinée, et en récompense de cette offrande, je renaquis peu de temps après roi de Kusinagara ; les portes, les tours et tous les monuments de ma capitale étaient ornés de motifs en argent le plus pur (2).

•'Je m'appelais alors Ta-chan-kien ^ H |[, Mahâsadar-

sana. "

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