LÉGENDE DE MAIIA KASYAPA, LÉ PREMIER PATRIARCHE DU BOUDDHISME
Près de la capitale Radjagriha, dans le village de Mahasudra, habitait un brahme nommé Xyagrodha Kava. Son train de maison luttait de magnificence avec celui du roi Bimbasara. Ce grand seigneur avait un fils, Pippalayana, ainsi nommé parce que sa mère lui avait donné le jour au pied d'un pippala {pi-pouolo Jjl §£ $$ , p'ou-t'i-chou |£ £H |D", Ficus religiosa), et qu'un deva lui avait apporté des cieux une superbe tunique.
Cet enfant du prodige était doué de toutes les qualités du corps et de l'esprit. Comme il était fils unique, ses parents l'aimaient tendrement; ils n'épargnèrent rien pour lui procurer, avec toutes les aises de la vie, une éducation des plus soignées. Dès qu'il eut atteint l'âge de huit ans, il fut confié au soins des plus habiles maîtres, qui eurent pour mission de l'initier à toutes les branches de connaissances requises pour un homme de son rang, tant au point de vue social qu'au point de vue religieux.
Il étudia les quatre Védas (1), les Pouranas, les épopées, les livres scientifiques traitant des phénomènes de la nature, de l'astrologie, de la divination, de la géomancie etc.
Grâce à la pénétration de son esprit, il acquit une science aussi profonde que variée et devint un des hommes les plus érudits de son temps. Pourtant, il n'éprouvait que du dégoût pour la vie mondaine et, au grand désespoir de sa famille, il était comme poursuivi par le désir de se retirer dans la solitude et
(1) Les quatre Védas sont:
1° le Rig-Véda, traite sur l'origine des choses;
2° le Yadjour-Véda, dogmes religieux et politiques de l'Hindoustan; 3° le Sama-Véda, hymnes sacrés; 4° Y Arthavana- Véda, formules imprécatoires.
Les Védas furent coordonnés par Vyasa, plus de dix siècles avant l'ère chrétienne.
de vivre de la vie des brahmes contemplatifs. Vint l'heure où ses parents lui exposèrent leurs projets de mariage.
«Papa, maman (1), leur répondit-il, je ne me sens aucun attrait pour l'hyménée ; je désirerais bien plutôt mener la vie contemplative des solitaires. — Mon cher fils, il faut d'abord penser à vous créer une descendance ; vous pourrez ensuite mener la vie des contemplatifs. Vous connaissez l'adage: «Qui «meurt sans postérité ne peut monter au ciel.» — Papa, maman, il ne me paraît pas si nécessaire de laisser une postérité. — Mon cher fils, vous devez vous marier pour perpétuer votre race; voudriez-vous donc laisser notre famille s'éteindre?»
Le jeune homme, poursuivi par la persistance inlassable de ses parents, prit un lingot d'un or très pur, le remit à un artiste de gfrand renom, et lui commanda d'exécuter une figure de femme d'une beauté idéale ; quand il fut en possession de ce chef-d'œuvre, il présenta la statue à ses parents et leur dit: «Trouvez-moi une jeune femme aussi belle que cet exemplaire: alors je ferai taire mes répugnances pour le mariage et je me conformerai à vos désirs.» Kava son père, sentit redoubler sa tristesse. «Où trouverons-nous cette idéale beauté sortie d'un rêve d'artiste?», pensa-t-il ; et, l'esprit en proie à une vive inquiétude il alla s'asseoir à l'étage de son palais. Un brahme de ses connaissances vint lui faire visite. De prime abord, le brahme remarqua l'air de tristesse empreint sur sa figure et lui en demanda la cause. Kava finit par lui confier le motif de son chagrin. Le brahme le consola et lui promit de trouver pour son fils une jeune fille douée de tous les avantages qu'il exigeait. Le choix définitif s'arrêta sur la fille du riche brahme Kapila, nommée Bhadrakâpriya, un des types féminins les plus admirables qu'on pût rêver. Toutefois, elle aussi désirait se retirer dans la solitude; elle ne consentait qu'à regret aux sollicitations de sa famille qui l'exhortait à se marier. Les
(1) L'expression chinoise est: pouo-pouo, ma-ma #£ $£, 0 0; nous traduisons ce dialogue dans toute sa simplicité.