‹ Recherches sur les superstitions en Chine (volume 3)Chapitre 127 sur 176 · ART. VI. — SENTENCES CONTRE DES FEMMES, ETC · texte numérisé non relu

ART. VI. — SENTENCES CONTRE DES FEMMES, ETC

dont on m'accuse; de plus, j'ai observé les abstinences bouddhiques et j'ai fait de larges aumônes. — Peu importe, répondit Yen-wang ; ton manciue de piété filiale est impardonnable; cependant, parce que tu as observé les abstinences bouddhiques, je t'épargne le supplice qui consiste à être moulue vivante.

Qu'on la précipite dans l'enfer, sans espoir de rentrer jamais dans la métempsycose, et qu'elle serve d'exemple salutaire aux femmes qui seraient tentées de manquer de bons procédés à l'égard de leurs beaux-parents'' (1).

90 "Tch^eng Tch'eou-niang }^ 3: i^- <^le T'ang-ing bien i^ [^ ^,. (Ho-nan). par ses cancans a semé la discorde entre les brus, dans une famille voisine: l'une d'elles s'est suicidée; elle a exhorté à se remarier une femme que l'empereur avait déjà classée sur la liste des chastes veuves; enfin elle a tué cinq filles qu'elle avait eues d'un commerce illégitime."

Yen-wang dit : "Quiconque tue une personne d'une famille étrangère doit rendre vie pour vie ; quiconque tue un membre de sa propre famille doit rendre deux vies pour une. Que les diables m'amènent immédiatement cette bru suicidée et les cinq filles, elles la précipiteront elles-mêmes dans la mare d'eau, pour laver l'injure qu'elles ont reçue, puis on la retirera pour l'cnchainer dans l'enfer où on coupe la langue, et où on arrache les entrailles. Jamais plus elle ne rentrera dans le cycle des mutations, en

(1) Ceux qui sulnssent les peines de l'enfer .se divisent donc en deux classes: 1" Ceux qui sont condamnés à l'enfer purement et simplement. 20 Ceux qui avant de reprendre une nouvelle vie, sont condamnés temporairement à l'un ou l'autre des supplices de l'enfer, puis sont remis aux mains du souverain de T'ai chan. pour être réincarnés.

Cet exemple et beaucoup d'autres prouvent avec la dernière évidence qu'il y a des âmes condamnées à un enfer éternel, sans espoir d'en sortir. Telle est sûrement la doctrine du bouddhisme contemporain* Cependant les bonzes, pour battre monnaie, prétendent pouvoir en délivrer les âmes par leurs prières, leurs bonnes œuvres, et la cérémonie dite: Pouo-ti-yu ?ï^ ilii in;.

2J:4 CHAp. IV. - l'amidisme contemporain, la morale.

punition de ses cancans, et surtout d'avoir osé pousser cette veuve à se remarier."

Tch'eou-niang s'adressa alors au roi des enfers, et lui dit : •'•Je n^ai pas à proprement parler exhorté cette veuve à se remarier; mais, îa voyant jeune encore, sans enfant et dans la gêne, j'ai cru qu'il valait mieux qu'elle se remariât dans l'intérêt même de son avenir: en cela j'ai eu la meilleure intention du monde".

"Méchante mégère, reprit Yen-wang, tu ne comprends pas la doctrine de la viduité. Puisque son mari était mort, elle devait garder la viduité; l'Etre souverain estime souverainement la viduité; quand même elle serait morte de misère, son nom eût passé à la postérité jusqu'à la fin des siècles. Eut-elle pensé elle-même à se remarier, ton devoir eût été de l'en détourner; que penser de ta conduite présente, alors que tu Tas excitée à reprendre un nouveau mari, et à ruiner son glorieux renom? Tais-toi; qu'on la conduise au supplice."

3° Ki K^o-niang ^ "ïïf j^^. servante dans la famille Song 7f^, ne veillait aucunement à la jiropreté de son fourneau; elle volait son maître et en rejetait la culijabilité sur une autre servante qui fut punie injustement. De plus elle favorisait les mauvaises relations de la maîtresse de maison avec son amant; enfin elle prit successivement trois maris. Le roi des enfers lui dit : ''C'est pour expier les fautes de tes précédentes existences, (|ue tu as été condamnée à être la serxante des autres. Cette condition est une des trois punitions usitées dans la métempsycose ; les deux autres sont la condition des âmes faméliques, et la condition de ceux qui renaissent sous forme d'animaux.

"Pourcpioi, demanda P'an-koan, la condition de servante est-elle assimilée à celle des âmes faméliques et des bêtes? — C'est bien simple, reprit le roi : une servante ne peut manger ce ({ui lui plait, on la traite sans politesse comme une bête, elle est privée des joies de la famille, on lui-fait habiter des taudis obscurs: n'est ce ])as une image de l'enfer? Puis(iu'elle ne s'est pas corrigée, elle renaîtra une fois encore dans cette humiliante servitude".

Page 1