ART. VI. — SENTENCES CONTRE DES FEMMES, ETC
4° "La femme Lieou Ts'i-tsié fi| ^ jij[. âg-ée de 40 ans, n'avait point d'enfant: son mari voulait prendre une seconde femme pour se créer une descendance, mais sa première épouse s'y opposa par jalousie. Le mari choisit secrètement une concubine qu'il logea chez un voisin. Le secret fut éventé; l'épouse fit saisir la concubine, puis lui l)rûia la peau avec un fer rouge: elle mourut des suites de ce supplice."
Le roi des enfers réprimanda Lieou Ts'i-tsié en disant: "De quel droit as-tu empêché ton mari de prendre une concubine pour se créer une descendance? Tu es beaucou]) ])lus im])ardonnablc encore de l'axoir ainsi torturée."
L'inculj^ée riposta: "\Si le mari (\u\ n'a pas d'enfant peut prendre deux femmes. p()ur(pi()i l'épouse (|ui n'a pas d'enfant ne peut-elle pas prendre deux maris? Cette loi n'est pas juste; c'est de la partialité." Le roi des enfers l'invectiva de la sorte: "Bête éhontée ! tu vas encore réplic[uer! Comme ton mari a dû souffrir de toutes tes jalousies! Je te condamne à renaître comme prostituée ; à trente ans tu mourras d'une maladie honteuse, sur le bord d'un chemin, et les pourceaux dévoreront ton coips."
5° Quinze bonzes passèrent alors en jugement. Yen-wang leur dit: "En quittant votre famille pour arriver à la perfection, vous aviez l'intention de devenir des Bouddhas; pourquoi vous trouvez-vous ici parmi les criminels?" Les 1>onzes répondirent en chceur: "Nous prions Votre Majesté de se montrer miséricordieuse.— Savez-vous. repartit Yen-wang, que Çakyamouni m'a expédié une lettre officielle à votre sujet? — Nous l'ignorons", répondirent les bonzes. — Yen-wang prit alors la lettre de Çakyamouni. et lut le passage suivant: "La société des bonzes en est arrivée au dernier degré de perversion, et est sur le point de disparaître complètement. Bien que ceux qui portent le nom de bonzes quittent leur famille, ce sont de mau\ais flrôles p>our la plupart: sur mille, c'est tout au plus si on en trouxc un ou deux qui méritent le nom de bonzes. En conséquence, je vous
246 CHAP. IV. — l'amidisme contemporain, la morale.
députe pour faire une sérieuse enquête : ne vous laissez point tromper par eux."
Avez- vous vu le petit recueil des motifs qui vous déterminent à prendre l'habit de bonze, et (jue je garde ici dans mon tribunal? — Nous ne l'avons point vu, dirent les bonzes. — Eh bien ! voici : tous vous quittez votre famille, mais chacun pour un motif différent. L'un quitte sa famille malgré son père et sa mère, ce qui est une faute grave ; inutile d'insister. L'autre quitte la famille par suite de discorde avec sa femme ou avec ses frères; un troisième cjuitte le pays où sa mauvaise conduite le rend odieux; les uns s'en vont pour éviter les créances et l'impôt, pour éviter la misère, la faim et le froid ; les autres parce qu'ils cherchent la solitude et la paix du cloître: d'autres sont attirés par l'air candide des petits bonzillons; on en trouve qui aspirent à la réputation d'ascètes, il n'est point rare de rencontrer parmi vous de jeunes enfants que leurs parents n'arrivaient pas à nourrir, ou des vieillards sans feu ni lieu. Quelques-uns enfin ont quitté leurs parents parce qu'ils ont vraiment touché du doigt le vide et le faux éclat des grandeurs du monde, et ne veulent plus s'occuper que de leur perfection. Quant à vous., dites-moi quel a été votre motif déterminant."
Tous les bonzes répondirent : "Que Votre Majesté nous prenne en pitié! Tous nous avons reconnu la l)rièveté et l'inconstance des biens terrestres, et nous avons cherché ardemment la voie du salut: nous n'avons point eu d'autre pensée." — Yenwang répliqua: "Comment pourriez-vous avouer?'' — 11 pria P'an-koan d'apporter le miroir Tchao-nié-king BH '^i ^, (1) et obligea tous les bonzes à s'y regarder. Or il se trouva que pas un seul d'entre eux n'avait eu une intention droite. Trois d'entre eux mangeaient de la viande et buvaient du \in; un était adultère, quatre avaient un amour coupable i)our les petits bonzillons;
(1) TjP mort placé en face de ce miroir voit toutes les fautes de sa vie: il pourrait donc se liommer: ''le miroir révélateur". Cf. II Partie. Enfer.