ART. VI. — SENTENCES CONTRE DES BONZES, ETC
Approchez, cria Yen-wan.^" aux deux autres. Le breui lalKJure la terre, le chien est le gardien de rhonime pendant la nuit: ces deux animaux rendent d'inaj^préciables services. Pas de miséricorde pour ceux cjui les tuent. — Voyez combien ils en ont tué." dit le roi à P'an-koan. Celui-ci chercha dans ses registres, tit le calcul et répondit: "L'un a tué 72 bœufs, l'autre a tué 187 chiens. — Bon! reprit ^'en-wang. Le premier renaîtra 72 fois sous la forme d'un bœuf, le second 187 fois sous celle d'un chien. Puis, après cette |)énitence préalable, tous deux rentreront dans les enfers, et se mêleront à la foule des âmes faméliques." ( Kou hoen ^ ^. )
ARTICLE VIL Derniers jugements.
1° "Le nommé Yeou i£. de Che-cheou Ç -^. exerçait le métier de géomancien et d'astrologue. Le nommé Ho fpj. de Ou-ling- ^ [^. était diseur de bonne aventure et physiognomoniste." Yen-wang leur tint ce langage: "Ceux cpii examinent le "Fong-choei J^ y]f^" (1) parlent à tort et à travers de propice et de néfaste, de géomancie et d'astrologie, de bonheur et de malheur. L'astrologue ne nuit à personne, mais mancjue de respect à l'égard du Ciel ; le géomancien n'outrage point le Ciel, mais nuit aux hommes en leur extorquant de l'argent; et c'est là le moindre des dommages qu'il leur cause, car en outre il suscite des disputes, qui ruinent des familles entières, amènent des morts violentes, et quelquefois même l'extinction d'une famille. Qu'on compte le nombre de familles lésées, et qu'il soit changé en animal domestique et mis au service de chacune d'elles. Ceci fait, il sera enchaîné dans l'enfer Xgo-pi PpI S. (9^ section). Quant aux diseurs de bonne aventure et aux physiognomonistes, ils ont
(1) Cf. le Partie: Fong-choei.
250 CHAP, IV. — l'amidisme contemporain, la morale.
toujours la bouche remplie de bonnes paroles dans le but de soutirer de l'argent aux gens; à peine leur ont ils tourné le dos qu'ils les maudissent. Ils ne peuvent du reste ni attirer le bonheur, ni empêcher le malheur. Que ce diseur de bonne aventure renaisse muet et mendiant; à trente ans il mourra de froid et de faim; alors j'aviserai à lui assigner une nouvelle existence."
2° Sept lettrés (1) furent introduits. "Approchez-vous, leur cria Yen-wang. Les sept lettrés se présentèrent devant le juge. Je vois que dès votre bas âge toutes vos études n'ont eu pour but que l'obtention des richesses et des dignités; mais comprenez-vous bien la doctrine des saints et des sages?'' — Les lettrés répondirent: "Dès notre plus tendre jeunesse, nos pères et nos aînés ne nous ont parlé que d'examens pour arriver aux grades, de la nécessité de nous faire un nom et d'augmenter notre fortune. Plus tard nos maîtres nous ont enseigné les méthodes à suivre pour arriver aux grades académiques, mais ils ne nous ont point fait connaître la doctrine des saints et des sages. Pardonnez-nous, nous vous en prions, et accordez-nous la faveur de renaître pour mener une meilleure vie!"
Yen-wang reprit: "Le ciel vous a prodigué ses faveurs: 1" Vous êtes nés hommes. 2° Votre corps et tous vos sens sont en parfait état. 3" \'ous avez reçu une bonne intelligence. 4° Vous avez eu vos entrées libres dans le temple des lettrés et vous avez vécu dans leur société. Pourriez-vous oublier tant de bienfaits? Votre dignité de lettrés vous range au-dessus des cultivateurs, des artisans et des marchands. Pourtant, les cultivateurs travaillent pénil)lement du matin au soir; jamais ils ne se donnent un moment de repos,. ils vendent le surplus de leurs céréales. Les avitres hommes vivent du fruit de leur lal)eur, de leurs sueurs et de leur sang. Les artisans fabriquent les ustensiles indispensables pour les besoins de la \ ie. Les marchands frauchissent les montagnes et traversent les mers pour procurer
(1) Il est difficile de peindre plus au vif le portrait du lettré.
ART. Vil. — DERNIERS JUGEMENTS. 251
à leur seml^laliles tout ce qui pont leur être utile. Tous ces gens rendent des services à l'hunianitc. Mais vous, lettrés, quel l)ien faites-vous à l'humanité? Savez-vous ce que signifie votre nom de lettré, "Jou j^"? il se compose des caractères Siu ^ nécessaire, et Jen A- homme: c'est-à-dire que vous devez rendre des services aux hommes. Or, dites-moi, quels services leur rendez-vous? Vous abusez des bienfaits du ciel et de la terre, vous gaspillez l'or du gouvernement, vous passez votre temps à pincer du luth ou à jouer aux échecs, à com])oser des vers et à festoyer; vêtus d'habits brillants, vous vous pavanez avec morgue et fierté. Ou vous trouxe constamment dans les tribunaux, occupés d'afl^aircs litigieuses, de procès, terrorisant les pauvres paysans, médisant, calomniant: on n'en finirait point d'énumérer tous les torts et tous les dommages que vous causez à l'humanité. Réussissez-vous aux examens universitaires, alors vous devenez mandarins, ministres d'Etat, et vous n'usez de votre puissance que i^our satisfaire vos injustes convoitises; la puissance du gou\ernement n'est entre vos mains qu'une arme perfectionnée pour le brigandage, pour tromper le souverain et molester le peuple. Les libéralités du prince en faveur du pauvre peuple sont arrêtées à mi-chemin par votre rapacité; les impôts que les gens du peuple versent au prix de labeurs si i)énibles, n'arrivent qu'en minime partie au trésor de l'Etat; de mille et mille manières vous cherchez à ^■ous enrichir. En définitive, quel bien faites-vous au peuple, vous qui nuit et jour n'êtes préoccupés que de votre intérêt personnel, faisant bon marché de l'humanité, de la justice, de la pudeur et de l'honnêteté? \'ous oubliez que les anciens, dès leur admission au baccalauréat, se croyaient obligés de se dévouer pour la cause de l'Etat; pour vous, admis au baccalauréat, vous ne songez plus (|u"à votre propre avantage.
Une chose plus indigne encore, c'est que vous, qui avez sans cesse à la bouche les mots de justice, d'humanité, de sincérité, de lo}-auté, vous tombez à bras raccourcis sur ceux qui ont le moindre tort, et vous publiez vos vertus; venez-vous à faillir vous-mêmes, plus n'est question de ces belles vertus.'"
252 CHAP. IV. — l'amidisme contemporain!' la morale.
Un des lettrés adressa la parole à Yen-wang: "Nous, lettrés coupables, nous avons liien quand même quelques mérites; n'avons-nous pas fait l'éducation des jeunes gens?"
Yen-wang lui répondit: "Leur avez-vous enseigné comme Mong-tse :^ ^ la piété filiale, la déférence envers les aînés, la loyauté, la sincérité? Vous n'êtes que des maîtres vulgaires, cjui en imposez à la jeunesse ; toutes vos journées se passent à boire, à festoyer ; vous touchez des honoraires que vous ne méritez aucunement; vous êtes couverts de fautes et vous vantez encore vos mérites! A propos, n'est-ce pas toi qui te nommes Yu ^, (|ui hal)ites Siang-}-ang ^^^? — C'est bien moi. — Puisque tu portes le nom de lettré, pourquoi donc es-tu si sot? On t'a demandé ce qu'il fallait penser de ceux qui tuent les animaux, et tu as répondu qu'il n'y avait là aucun mal: tu as même confirmé ces gens dans leur erreur, en interi)rétant malicieusement un passage des livres bouddhiciues : "Pou-cheng pou-mié."
D'après toi, ces êtres ne renaîtront pas s'ils ne sont pas tués. I! y a trois fautes dans ton interprétation: cette expression veut dire que ceux (|ui montent dans le Paradis de l'Ouest "ne renaîtront plus et ne mourront plus." Toi, tu as à dessein faussement expliqué cette sentence, pour pousser les gens à tuer les êtres. C'est du reste ta manière de parler habituelle: tu ne cesses d'injurier, de calomnier les génies et les Bouddhas, les saints et les trois religions: tu ne mérites aucun pardon. Satellites, enchaînez cet homme dans le "village des chiens féroces'' pour qu'il soit dévoré par ces méchantes bêtes.
— Un de ces lettrés, nommé Tong, a composé nombre de chansons obscènes, au grand détriment des mœurs publiques : c'est là une faute irrémissible. Qu'on lui apj^lique de suite 80 coups de fouets armés de pointes de fer: ensuite on lui cou])era la langue et les lèvres, puis on l'enchaînera dans le "nouvel enfer." Les cinf| autres pourront reprendre une nouvelle vie; trois d'entre eux reprendront naissance dans le ventre d'une mule, et dans le ventre d'une chienne; les deux derniers sont