VI. Boîtes à desserts
Les desserts chinois se placent dans une boîte à six ou huit compartiments, qu'on apporte au temps des visites en même temps que le thé. Le couvercle de cette boîte à dessert est orné de sujets décoratifs.
1° La pivoine; 2° les Jou-i ^n M > "^^ l^''- grenade; 4° les branches de bambou ; 3" les cinq chauves-souris encadrant le caractère Cheou ^ ; 0° les fleurs des quatre saisons : joie en tout temps.
VIL Pipes à eau.
La pipe à eau figure de rigueur au temps des visites: le maître de maison invite son visiteur à fumer. Cette pipe est fabriquée en cuivre blanc, munie de cordonnets aux couleurs voyantes, et parfois décorée avec beaucoup d'art. Voici les motifs le plus communément exploités :
1" Les huit Immortels (T) ; 2° le caractère Cheou -t| ; o° le caractère Fou |g ; 4^' le caractère |a, appelé Choang Hi : double joie; 5» la pivoine ; ()° les feuilles de bambou.
ARTICLE VIL I,e ltou<ldlii.snic popiilai'isô par Us l'rlie-iiia |JÇ H.
Dans la 1ère Partie des Recherches, Chapitre MIL art. 6, il a été parlé de l'origine et de l'usage de ces feuilles imprimées à l'effigie des poussahs ou des dieux, et (|ui sont brûlées après un cérémonial fixé par les coutumes locales.
Ici nous donnerons la liste des principaux tche-ma j^ ^ l)ouddhi(|ues, utilisés dans le Kiang-nan yX T^ (!)•
1° Koan-in ]Vou-sa |p ^ ^
2" Ti-sang-wang f^ ^ 5E. bonze de Kieou-hoa-chan ^ ^ ^J, intendant général des enfers.
8° ]Mou-lien g j|î. disciple de Çakyamouni, porte la clef des enfers.
4" P'ou-hien ^ ^. un des meml)res de la triade.
5° Wen-tchou ^ ^, un des membres de la triade.
6° Wei-touo p-ou-sa ^^ ^ji ^ "^. le gardien armé des pagodes bouddhiques.
7° T-ai-cheng ou Ta cheng :}^ H. bonze divinisé et honoré surtout à Lang-chan ^^ \\}, dans le T'ong-tcheou jg ^'H. où se trouve la pagode célèbre, qui attire chaciue année des milliers de pèlerins.
S'* Tong-yo ta ti ;^ ^ ^ î^, le dieu du mont sacré de T'ai-chan ^ [Ij. chargé de procurer une nouvelle vie aux âmes qui restent dans le cycle de la métempsycose.
9° Pi-hia yuen-kiun ^ f£ ^ ^, fille du précédent, honorée sous divers noms.
(1) Tous lefî originaux se trouvent A la bibliothèque de Zi-ka-wei
10° Fong--tou ta-ti ^ f|^ ^ i^. le roi des enfers.
11° Yen-koang p'ou-sa BM ^ -^ j^. la patronne de la lumière oculaire, honorée pour les maux d'yeux.
12° Nan-ou Tchoen-fi |fj M i$. M^ p'ou-sa secourable, honoré dans les pagodes. Il est représenté avec plusieurs bras.
18° San Yuen H TC- le^ trois principes. 14° Tsong cha f|§. -^, le chef des bourreaux de l'enfer; on le prie d'épargner les suppliciés.
15° Tsing- chen ^^ |l|l, l'esprit des puits; on le prie pour un enfant qui a en peur i)rès d'un puits. On l'invoque aussi à la fin de l'année.
16° Yang Se tsiang-kiun ;|§ gt| Jff '0., général de Long"wang II 3:. le roi dragon des eaux. Il est chargé de la police des eaux, et honoré par les bateliers et les conducteurs des trains de bois.
17° Pao-nieou ta-Avang f jfi 4^ :j^ 3î. le grand roi protecteur des bœufs.
1S° Pa-tcha ta-wang (^7\ Èq -k 3L- le grand roi protecteur contre les sauterelles.
19° Nieou-wang t'ai-tse ^ 3E k ^^ le fils de Nieou wang ^ ï> le protecteur des bœufs.
20° Kiao-liang ;j^ '^. l'esprit des ponts, prié pour un enfant effrayé au passage d'un pont.
21° P'i-t'eou-koei ^'^ Sl %.^ l'intendant des pendus; ses cheveux sont en désordre et tombent sur ses épaules: de là vient son nom.
23° ITouo-ho 7^ /^. hf)norés et i)ar les l)()uddhistes et par les gens de toutes nuances. Patrons du commerce et de la concorde.
24" Ts'ang-k'ou ^ ,1^, esprit protecteur des dépôts de céréales dans les greniers publics.
2.")" Fong-tou-tch'eng fj; ||^ ij, la ville des enfers, et ses gardiens.
26° Kou-hoen p'ou-sa Hk ^ # ^, esprit ciui s'occupe des âmes abandonnées, dont personne ne prend soin après la mr)rt.
27° Tchang-sien song-tse -jj^ fijj f£ ^, le pourvoyeur d'enfants, et le chasseur du chien céleste : honoré aussi bien chez les bonzes cjue chez les tao-che.
28° Nieou-lan Tchou-k'iuen 4^ f| |f (i|. poussahs invoqués pour les maladies des bœufs et des porcs.
29° T'ou-ti :^ J,^. le gardien local du sol.
30° Men chen ^^ t{\^, les gardiens des portes.
31° Lei-kong fg •â, le dieu de la foudre.
Tien-mou ^ -^. la déesse des éclairs.
Fong-pé j^ fg. le dieu des vents, l'Eole chinois.
34° Yu-che ]^ ^[fj, le dieu de la pluie.
35° Ou-kou ta-chen ^ '^ :k ^^; l'esprit protecteur des moissons.
:>6° Niang-niang f^ j^{. un des noms de la fille du dieu du pic sacré orientai. On ^in^■ite à la naissance des enfants, pour les couches.
37° Chou-chen ^ jji^, les esprits des arbres, sortes de devas préposés au.x arbres. On brûle de l'encens au pied des arbres réputés transcendants; on invoque ces devas quand un enfant a eu peur près d'un arbre.
38° Li che ^Ij ■fff. l'esprit des marchés, préposé aux transactions commerciales, un des officiers du dieu de la richesse.
39° T'ien-kong ti-mou U ^ j|tJ 4^: sur terre tout germe et croît par leur ordre; ils régissent les fruits de la terre.
40° Ts'i Wang ^ ^ : on lui fait de grandes fêtes appelées Ts'i-vang-hoei 5^- ï '^. où on le prie pour la protection des fermes et des animaux domestiques.
41° Tsao-kiun ^ ^. le dieu du foyer. Il n'est pas i)lus taoïste que bouddhique de nos jours: tcus les païens l'honorent.
42° Tsong-chen ^ ijitfj sorte de représentant parlementaire de tous les esprits.
43° Sao-chen Sang-tché ^ f^ ^jt ^, la bonne et la mauvaise étoile du mort ; elles accompagnent le convoi funèbre.
44" T'ou-fou ± /flp, régit l'intérieur de la terre, les bonnes et les mauvaises veines. On l'invoque afin de ne pas l'offenser en bâtissant, en creusant la terre ou en coupant des arbres. C'est donc Tesprit du Fong-choei jg^ 7K-
45" Tcboang-kong tchoang-mou )1^ ^ tI^ #, les esprits préposés au lit. l'un mâle, l'autre femelle.
46-^ Hia t'an p-ou-sa y ^ ^ ^, honoré par les satellites, afin qu'il les aide à prendre les accuses. Ils immolent un co(|, les jours de réunion, nommés Hia-t'an-hoei "F ^ #•
47° Ou Wen Ji ^, les cinq esprits des épidémies.
48" Tchao tsai ^ @t- ministre du dieu de la richesse, cpii apporte la fortune.
49" Chan-chen [Jj )ji^. l'esprit gardien des tombeaux.
50" ()u-l(»u ts-ai-chen % |g |,t # (1)' ^^i^" ^^^ ''^ richesse et des cinci bonheurs.
51" Fong-lien ^ ^, éclaireur marchant devant le char de Long-Avang f| 3£, le roi-dragon, de crainte ({u'il ne se trompe de route,
52" Tchao-hoen fong-tse jg ^ M ^, le rabatteur de l'âme, chargé de la faire rentrer dans le ct)rps du malade, pendant la cérémonie du rappel de l'âme. (Cf. P Partie.)
53" Tchoei-hoen che-tché jg ^^ |^ ■#, le cavalier-esprit qui court à la poursuite de l'âme, pour la ramener dans le corps du malade. On brûle ce tche-ma f^ ^ pendant la cérémonie du rappel de l'âme.
(1) Il y a encore le tche-ma HÇ ^ du dieu des richesses, appelé Tseng-fou-ts'ai-cheii if fi f-j- jjii^.
54" Long-tché p'ou-sa fï ^ # ^, l'esprit qui est chargé de procurer un véhicule à l'âme, pour la conduire dans l'autre monde après la mort, et lui épargner ainsi un long voyage à pied.
55° Kiang-fou p'ou-sa pf: ig ^ ^, le poussah bénisseur, cjui répand ses faveurs sur ceux qui l'honorent.
56° T"ien-wei Ti-houo ^'^^Hl 'X^ le Ciel-rôti et la Terreenflammée, deux poussahs qu'on invoque aux temps de grande sécheresse, pour les supplier de laisser les pluies féconder la terre.
57° Choei-fou 7)^. /j^, le Président du département des eaux, chargé de l'administration intérieure des eaux.
58" Lou-chen p'ou-sa |f^ f^ ^ j^, le poussah protecteur des voyageurs, invocjué aussi contre la peur.
59° Ming-fou che-wang % M + ï- les dix dieux de l'enfer. Cette feuille est brûlée après la mort d'un homme: on prie les dieux de l'enfer de le bien accueillir.
60° Kin-long se ta-wang # fl E :;fv ï- le roi-dragon.
ei'^ Tseng-fou ts-ai-chen if |g |t Jiil|3, un des dieux de la richesse honoré dans les pagodes bouddhiques. (Cf. IP Partie.)
62° Kia-t'ang % 'i]!", autel familial, où sont honorés les esprits protecteurs de la demeure. L'image de ce sanctuaire familial est imprimée sur le tche-ma.
63^ Tchao-pao, Li-che, Houo Ho % '^ ^J Tfî fp -p^- La feuille s'appelle Hoang-yuen f r 7^ ; elle porte l'image de ces quatre esprits protecteurs du commerce. On l'emploie beaucoup au temps des maladies, qui sont un grand obstacle à la fortune.
64° Ts'oei cheng niang-niang ^ :É. M M» la matrone qui hâte la délivrance.
65° Pao cheng niang-niang fjji :^ ^ M' l'ciccouchcuse.
66° Je kong t'ien tsuen H 'g' 5^ j;'^, l'esprit du soleil.
67° T'ien-heou cheng-mou ^ jgf H -^, la sainte mère
reine du ciel, patronne des navigateurs.
68° Ou Cheng 3l M.- les cinq saints.
69° Yo-wang' ^ 3i, le roi des médicaments.
70° Ts'ao koan ^ *^, légiste du roi des enfers, qui a grande influence sur le prononcé des jugements après la mort. Superstition très commune au Kiang-sou; de là l'expression: Hoan Ts'ao-koan ^ '^ '^, remercier ce légiste, en payant une certaine somme aux bonzes.
71° Tong-3-0 niang-niang j^ #( ^ ^, la femme du dieu de T'ai-chan ^ |i(.
72° Li-heou-\vang ^ f^ 3:» pour les déménagements.
73° Pan, Châ, Teou, Tcheng Jî^fl ^ 'ja. '■j^' divinités des éruptions, variole etc..
74« P'an koan ^'ij 'g', huissier de Yen-wang [^ 5, le roi des enfers.
75° Le compliment adressé à un poussah, au jour anniversaire de sa naissance. On le bride pour le lui faire parvenir.
76'^ Les l^illets de banque envoyés aux morts dans l'autre vie (1).
A cette liste, il est juste d'ajouter toutes les pièces superstitieuses, suppliques, talismans, en usage pour secourir les morts. Ces pièces se trouvent dans la l' Partie des Recherches.
Les boutiques nommées Tche-ma-tien Ijj ^ /[^ sont nombreuses dans toutes les villes, et tiennent tous ces objets usuels à la disposition des acheteurs: c'est là une des principales sources de propagande..
Dans le pays de Jou kao ^p J^, les bonzes vendent de grandes feuilles de papier sur lesquelles on a imprimé une proclamation, attestant que telle personne a payé son tribut à Ts'ao koan "^ 'j|*, le légiste du dieu des enfers, qui est censé avoir parlé en faveur du mort pour le faire réincarner. A la mort d'un homme, on achète deux de ces proclamations; l'une, appelée Yang \%, est brûlée dans la maison du mort; la
(1) Les autorités de Chang-hai, en 1922, ont défendu d'imiter les billets de banque en usage pour le commerce. Plusieurs personnes simples s'étaient laissé duper.
cendre est recueillie et déposée dans un petit sachet de toile jaune, qu'on pose sur la poitrine du défunt quand on i'ensevelit. I/autre est brûlée à la pagode; cette dernière feuille, appelée In JJ^, est adressée directement à Yen-wang IM ï- A la mort d'une femme, on brûle aussi deux de ces feuilles pour la préserver du "Lac Sanglant''.
Il existe aussi une confrérie nommée Ts'ao-koan-hoei ||f 'g' '^. Chacun des associés donne tous les ans une certaine somme au bonze, afin qu'il récite des prières pour remercier l'employé Tsao koan "^ l-" de lui avoir obtenu la faveur de renaître sous forme humaine. Le tche ma 1^^ en l'honneur de cet employé influent s'appelle Tchou ngan Ts'ao-koan ^ ^ If 'g ; cet officier légiste, qui aide le roi des enfers y appliquer les lois et à formuler ses jugements, .se nomme Toan ^.
ARTICLE VIII
Le Boiiddliisiiic popiilarisô j»ar h- l$<»inaii et la Comédie.
A. Le Roman.
Entre tous les romans 1)oiKldhico-taoïstes, le i)lus célèbre est sûrement le roman intitulé; Si-yeou-ki "i5[ jg =£ Annales du voyage au paradis de l'Ouest. L'auteur de ce roman est, dit- on. l'écrivain K'ieou Tchang-tch'oen ^[^ -^ ^, qui vivait sous la dynastie des Yuen 7c .
Imag'ination féconde, style imagé et toujours alerte, étude approfondie des croyances et pratiques l)0uddlii(iucs. Je romancier a mis toutes les ressources d'un merveilleux talent au service d'une cause qui ne méritait que l'oubli. Son ouvrage est d'une lecture si séduisante, qu'on peut dire sans exagération que presque tous ceux qui connaissent les caractères chinois l'ont lu, sinon en entier, du moins en partie. Le Si-}eou-ki W jli nË ^ été, il est encore de nos jours un des grands organes de popularisation du Bouddhisme. Ce roman est un tour de force imaginative, et un petit chef d'oeuvre de littérature populaire.
Seul le point de départ est un événement historique. Sous le règne de T'ang' T'ai-tsong" ^ -j^ ^. le bonze Hiuen-tsang i'. ^ partit pour son célèbre voyage dans l'Inde, et en rapporta quelques livres l^ouddhiques. C'est sur cette base historique que le romancier a élevé la structure fantaisiste de son récit.
Au Hiuen-tsang 7/ 'é^ de l'histoire est substitué le légendaire T'ang seng )M' j^ > sa naissance, son exposition sur le Fleuve Bleu, son sauvetage et son éducation dans la pagode de Kin chan-se ^ l Lj ^ à Tchen-kiang |^ jj. remplissent plusieurs chapitres fort intéressants.
La haute situation de sa famille maternelle donne à T'ang seng accès à la cour de l'empereur, où il ne tarde pas à devenir un personnage marquant. Sur l'ordre de T'ang T'ai-tsong ^ -jl^ '^, il part pour l'Inde et le Paradis d'Occident, afin de recevoir, de la main même de Bouddha, les livres sacrés du Bouddhisme. Chemin faisant il s'adjoint Suen heou-tse |f; 1^-^. Tchou Pa-kiai :^ A ^ et Cha ho chang fp ^ fpj (1), qui lui servent de compagnons et de protecteurs dans les dangers fabuleux multipliés à plaisir pendant ce long voyage. T'ang-seng J^ j^ est l'image du bonze modèle; Suen heou-tse ^^ft |/^ -f est le t}pe du bonze magicien; les figures de Tchou Pa-kiai :^ A ^ aux oreilles de porc, et de Cha ho-chang fp' ^p fn]" aux grossiers instincts, sont, Ijurinés en traits indélébiles, deux portraits du bonze vulgaire.— Quatre-vingts périls menacent les jours des bonzes voyageurs; tous les esprits méchants du Bouddhisme, tous les diables malfaisants, essayent tour à tour d'entraver le succès de l'expédition; mais l'ingéniosité de Suen heou-tse ^^ ^f)"^ ^. et la protection de tous les Bouddhas et poussahs secourables, aplanissent ces obstacles réputés insurmontables.
T'ang seng |ff ff^, admis en la présence de Bouddha, reçoit les livres canoniques du Bouddhisme, et reprend le chemin de la Ch.ine, où il e^t reçu avec enthousiasme par l'empereur. Telle est la trame du roman.
(1) Cf. Ile Partie. Notices sur ces personnages.