‹ Recherches sur les superstitions en Chine (volume 3)Chapitre 175 sur 176 · ART. VIII. — LE ROMAN ET LA COMÉDIE · texte numérisé non relu

ART. VIII. — LE ROMAN ET LA COMÉDIE

Le romancier a su y consigner sous, une forme piquante et inoul)lialjle. toutes les cérémonies et praticiues des bonzes, dans les diverses péripéties de la vie humaine. Il connaissait à fond leur terminologie, leurs règles, leurs croyances et leurs coutumes: chaque mot porte, et sous une forme toujours plaisante, la doctrine bouddhique passe, article par article, devant les } eux charmés du lecteur. Ce roman pourrait s'intituler: le Bouddhisme en légendes. C'est un des premiers que se procure le lettré débutant. })()ur se distraire par une lecture intéressante, et c'est en même temps un modèle de style romanesque, que les meilleurs écrivains du genre essaient d'imiter. Il ne serait ])eut être pas exagéré de dire que le nombre des exemplaires du Si yeou ki doit avoir atteint le million, si même il ne l'a point dépassé.

Dans la seconde partie de ces Recherches, le lecteur trouvera presque en entier le récit romanesque de la vie de Koan-in p'^ou-sa ||| ^ ^ j^. qui a contribué si i)uissamment à la diffusion de son culte dans les masses populaires. Et la vie de Bouddha lui-même, n'est-ce point un vrai roman? Nombre de personnages importants du Bouddhisme ont ainsi leurs vies romancées, répandues parmi les gens du peuple: elles constituent les "Vies de saints" du paganisme chinois.

B. La Comédie.

Les idées bouddhiques sont si profondément enracinées dans l'âme chinoise, que les auteurs de comédies pensent et écrivent en bouddhistes; même dans les comédies ordinaires, les allusions, les manières de parler et d'agir des per.sonnages s'inspirent de cette doctrine. Sur la scène, il n'est point rare de voir les acteurs offrir de l'encens à tel ou tel poussah. ])Our le succès d'une entreprise ou pour éviter un danger. De plus, il est d'usage de faire jouer la comédie en l'honneur de^ poussahs, pour les remercier d'un bienfait, d'une guérison. d'une année d'abondance, etc.

Rien de plus ordinaire que les vœux faits par les païens à leurs dieux, pour leur promettre deux, trois, quatre jours de comédie, ou même plus, si telle personne guérit, si la pluie attendue vient à tomber, si un tel réussit aux examens, etc...

En outre, les grandes réunions aux pèlerinages, ou aux anniversaires de la naissance d'une divinité, sont l)ien souvent agrémentées de comédies en son honneur, et même de feux d'artifice. Ainsi, aux réunions annuelles devant la pagode du dieu des bœufs, les notables clu pays font jouer la comédie en son honneur.

La comédie est même employée pour obtenir une faveur impatiemment désirée; quand un poussah s'entête à faire la sourde oreille, on lui fait l'honneur de quelques séances de comédie, afin de lui gagner le cœur.

La comédie est donc une source de propagande bouddhiste, non seulement par les sujets mis à la scène, mais encore et surtout par l'attrait et la popularité donnés au culte bouddhique.

L'influence de la comédie est multipliée par l'image.

A l'époque du nouvel an, pendant un mois environ, des marchands d'images s'installent dans les villes et les bourgades, avec leur provision. Les deux tiers au moins des sujets de ces images sont tirés des comédies (1).

Parmi ces feuilles illustrées, une entre autres a toujours beaucoup de succès. Elle est intitulée "Cha tse pao" ^^ ^ 1^ : Rétribution d'un infanticide. En voici le sujet en ((uelques mots. — Une jeune femme va faire ses dévotions à la pagode, au moment où les bonzes sont occupés à psalmodier leurs prières devant l'autel de Bouddha. Un des bonzes la lorgne du coin de l'a-il, puis trouve un prétexte pour venir lui parler, noue connaissance avec elle, lui fait visite, peu à peu s'éprend d'elle,

(l) Nous en possédons plusieurs centaines à la bibliothèque de Zi-ka-wei.

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