III. L'état du Bouddhisme sous les Ming
A. Politique des empereurs Ming.
Hong- ou, le fondateur, nommé Tchou Yuen-tchan^' :^ ic ^, né à Fong-yang'-fou au Ngan-hoci, entra dan.>^ nne pagode à 17 ans. Il échangea bientôt la robe du bonze contre le sa1)re, prit rang parmi les principaux chefs ré\olutionnaires, et finalement monta sur le trône en i;36cS. Ancien Ixjuze, il se montra toujours conciliant pour la contrérie i)ou(ldhique. La piemière année de son règne, il convoqua une assemblée religieuse à Tsiang-chan ^ \i\. sous la direction des 10 bonzes les plus remarquables du Kiang-nan. Ce fut dans cette circonstance qu'il fit
(1) Tsong-t'ong-p'ien-nien, Liv. 31, p. 233, 234.
l'éloge du Ixjnze "aux sourcils Ijlancs" : Tong-ming- Hoei-je fa-che.
Chaque année, il ne manquait pas d'organiser de grandes processions, "•Hoei". ou de n()nil)reux lM)nzes se trouvaient réunis. Lui-même voulut assister avec toute sa cour à la grande procession bouddhique de Tchong-chan H; |Jj, en 1372.
Il écrivit de sa main, en 1377. les préfaces des prières bouddhiques Kin-l-aug-kiny ^ ^J f^. L( ng-udi-hing :j^ ^ ^\ et Sin-king >ij ^?.
En 1378. il en\oya une trentaine de bonzes au Si-yii, avec mission de se procurer dc^ ou \ rages hindous sur le Bouddhisme.
Hong-ou n'entendait pas volontiers les observations à cet égard. Ainsi, en 1382, l'empereur ex-bonze crée une hiérarchie parmi les moines bouddhistes, leur confère des dignités, favorise leur cidte. les reçoit familièrement et parle de sujets doctrinaux avec eux. Le grand juge Li Che-lou ^ fj; ^ réclama contre ces faveurs, et dénigra le Bouddhisme devant l'empereur. Celui-ci le lit mettre à mort sous ses yeux.
L'impératrice étant tombée malade cette même année, les grands ministres prièrent l'empereur de la recommander "'aux ])rières des bonzes". L'impératrice fut ense\elie et inhumée avec prières et cérémonies l)ouddhi(|ues. Chaque pagode btjuddhique, dans tout l'empire, dut sonner trente mille coups a\ec la cloche de la communauté. De là sans doute la coutume, encore en vigueur de nos jours (1920). de sonner pendant 49 jcjurs et 49 nuits la cloche d'une pagode pour la déli\rance de l'âme d'une femme de bonne famille (1).
En 1686. Hong Ou donne l'autorisation au l)onze Koutchouo-tsuen "fff ■^^^ \^ d'admettre mille bonzes dans une seule cérémonie à Fan-tch'ang ^ M.
(1) Recherches, T. I, p. 121,
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En loW), un décret impérial éta1)lit l'examen des bûnzes(l).
L'empereur Tclirnfi-fsou, 1408-142-1-.
En 1403. il envoie le honze Tao-tcheno- au Japon, pour réformer les sectes japonaises dissidentes.
En 1403. Tempcreur réunit en comité les moines bouddhistes les plus savants, et leur commande de surveiller l'impression du Tripitaka chinois. Le travail fut terminé en 1409 (2).
Youg-lô fit élever la fameuse tour de porcelaine à Xanking- lors du transfert de la capitale à Pé-king". Elle fut achevée en 1431 (3).
Siuen-tsong, en 1431, décréta ([ue des sacrifices seraient offerts au l)onze Tao-tcheng. délégué impérial au Japon et récemment décédé.
En 143.1. deux pagodes l)âties avec les deniers de l'Etat, l'une à Hang-tcheou, Kou-tao-chan 7^,- M lll- l'autre, le temple Tong-ming chan-se %i B)] -^^ ^'^. furent ouvertes au culte avec de grandes solennités (4).
Vempereur Ing-isong, en 144r), fit don d'un exemplaire du
Tripitaka à toute- les pagodes remar(iual>les de l'empire. La
pagode Siang-fou-se fà^ f^ ^"^ de Tchang-tcheou. résidence du célèbre historien Ki-ing. en reçut aussi un exem]jlaire.
En 1461. le Ta Ming-i-tong-ichv ± W)] — ^ ;^.. la grande géographie des ]\Iing, sous la direction de Li-Hien. fut achevée. L'impression avait commencé dès 1430 (5).
L'empereur Che-isong favorisa le Taoïsme aux dépens des bonzes, et détruisit les pagodes de la capitale, en 1536.
(1) Tsong i'ong-pUen-nien, Liv. 2 8, p. 210 à 21 3. Textes historiques, p. 207, 213, 214.
(2) Tsoiig-t'ong-p'ien-nie'n. Liv, 2S, p, 214, 215.
(3) Cf. Article IV. La Tour de Porcelaine.
(4) Tsong-t'ong-pHen-nien, Liv. 28, p. 215.
(5) ibidem Liv. 2 8, p. 215, 216.
Liv. 29, p. 217.
Chen-isoiuj. en 1586. fit ajouter au Tripitaka chinois 15 ouvrages écrits par des auteurs Nordistes. Ces ouvrages furent imprimés, et un exemplaire fut en\o}é à chacune des grandes pagodes Cjui avaient i)récédeniment re(;u le premier recueil.
L'impératrice Tse-chtng recrut les défenses bouddhiques (1).
Hi-tsong. en 1624. canonisa Koan-kong. le dieu de la guerre et des lettrés. A partir de cette époque il fit sans bruit son entrée dans les pagodes btjuddhiques (2).
B. La politique des Ming à légard du Lamaïsme tibétain. L'abolition de l'hérédité du Lama-Roi.
Les Lamas Jaunes,
Le Grand Lama du Tibet, "roi de la Loi" et "'axiseur im- ]^érial", était, depuis 12.S(). vrai roi du Tibet sous la suzeraineté de la Chine. Huit chefs Saskya se succédèrent sur le trône du Tibet, et profitèrent de leur situation pri\iiégiée pour écraser les sectes adverses. Les Lamas rouges de Pa-se-pa étaient maîtres. Les Lamas noirs, sectateurs de la religion primitive, les Bumpos. cjuittèrent en masse le Tibet central et vinrent s'établir aux confins du Se-tch'oan. dans le l^assin du ^ling-kiang.
Les Lamas rouges de la secte "Saskya" étaient mariés» et leurs fils héritaient du inmvoir des chefs de famille; de la sorte le pouvcjir était iiéréditaire et restait toujours aux mains de ces lamas.
Les Ming. dans le dessein de supprimer peu à peu ce système d'hérédité, leur opposèrent des princes laï(|ues et des lamas hétérodoxes, tiu'ils comljlèrent de titres et de fa\curs. Cette politique avait pour but de contrebalancer la puissance des lamas "Saskya". Les Crands Lamas de trois autres lamaseries furent mis sur le pied d'égalité avec le Grand Lama des "Sask}a".
(1) Tsong-t'ong-p'ien-nien, Liv. 29, p. 225, 226.
(2) ibidem Liv. 31, p. 2 31.
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De là. entre ces multiples tètes administratives, rivalité dont la Chine sut tirer bon parti. C'est ainsi qu'en 1371 Ming Hong'-ou nomme roi du Tibet LaJîialétsdiKj. descendant de Phagspa (Pa-se-pa).
En 1407. \ong--l() donne la souveraineté du pavs de Goutong au roi de Xiala. Il réussit aussi à former un Etat-tampon entre la Chine et le TibeL par l'agglomération des Kiala, des AIossos et des AIou de Li-kiang. Alais celui qui favorisa le mieux leur politique fut le réformateur Tsongkhaba.
Tsongkhaba naquit en V■\'^'^. dans le district de Amdo. au Xord du Tibet, à la limite du Kan-sou. là où fut construite la lamaserie de Kumbun. La légende raconte qu'il eut pour maître Lni lama très intelligent, ""au grand nez. à l'œil vif": peut être un missionnaire catholique romain, ou du mcnns un homme familier avec les rites de l'Eglise. Cela expliquerait la ressemblance frappante des cérémonies lamaïques avec celles des religieux catholiques (1).
Tsongkhaba s'eiîforça de régénérer la secte des Khadampa. conglomérat de magie, de démonologie et de Tantrisme: il essava d'extirper le culte des esprits, la nécromancie, la sorcellerie, et rétablit h cîUhai. Cette dernière réforme supprimait du même coup la menace (Tune monarchie indépendante de la Chine.
Aussi bien le gouvernement chinois s'empressa-t-il de favoriser la nouvelle secte, qui ne tarda pas à dominer à son tour. Ces Lamas réformés portèrent le nom de "Lamas jaunes".
Tous les favoris, tous les ambitieux se déclarèrent partisans de> Lamas jaunes et disciples de Tsongkhaba. Les Réformés fondèrent les célèbres lamaseries de Lhassa, Galdhan en 1 109. Depuny en 1111. Sera en 1417. Le premier Dalaï-lama des Lamas jaunes fut Gedundruba ;^^ ^ ^ E. (Gedunbud). Ces lamas réformés. Guéloupa. se nommaient Lamas iaune.--. i^ar opposition aux lamas non réformés, ou Lamas rouges.
(1) Cf. Williams, Bouddhism, p. 277, 278, 279.