V. Tch<oen-t9'ieou fê $t (Chronique
Le Tch'oen-ts'ieou fé ^K ou Chronique de Confucius est le cinquième des Canoniques de premier ordre. Ces deux caractères Tch'oen Ts'ieou signifient Printemps et Automne, l'ouvrage est ainsi nommé, parce que le récit note soigneusement les années, les saisons, les mois, les jours du cycle. Ce livre d'histoire n'est que la Chronique du royaume de Lou §•, rédigée ou au moins revisée par Confucius, d'après les archives de la principauté.
Ces vieilles archives historiques du royaume de Lou H* étaient intitulées: Lou-tch'oen-ts'ieou ^ ^ $C, Chronique de Lou, et notaient les principaux événements relatifs à l'histoire du pays.
Le Tch'oen Ts'ieou ^ $( n'est qu'un abrégé de ces Mémoires, allant de 721 à 481 av. J ('.
Malgré l'affirmation de Confucius, plusieurs auteurs lui ont refusé le titre d'auteur de cette chronique, d'autres et non des moins autorisés prétendent qu'il ne fut qu'un collaborateur de Tsouo K'ieou-ming fe ffi B£j, le commentateur du Tch'oen-ts'ieou ft $Ç.
Tsouo K'ieou-ming £ ffi fJJ, après la composition de ce résumé historique, l'expliqua à ses nombreux élèves, mais voyant que plusieurs d'entre eux étaient partagés de sentiments sur tel ou tel point historique, il rédigea son commentaire célèbre connu sous le nom de Tsouo-tch'oan ;£ fl£, où il explique, commente chaque assertion du texte laconique, et très souvent inintelligible, pour quiconque ignore les faits auxquels il fait allusion.
Le texte du TcJi1 Oc n- ts'ieou est en effet une simple nomenclature de faits accolés à des dates, le laconisme est voulu; il abonde en réticences calculées, pris à la lettre il renferme même de véritables erreurs historiques. Sans les commentaires qui accompagnent le texte, ce serait un livre à peu près inutile et illisible.
Tsouo-k'ieou Mina È J$ HJ] et Confucius avaient alors à la bibliothèque des princes de Lou >|§» de précieux documents historiques, nous en avons la preuve dans le fait suivant.
En 540, le célèbre Han K'i || ^, (Han Siuen-tse ^ W ^), premier ministre du roi de Tsin ^jf , entreprit la visite des princes
féodaux sous l'hégémonie de Tsin |f; tout d'abord il se rendit à la cour de Lou If», pour saluer le duc Tchao HS, qui y régnait depuis deux ans, il en profita pour examiner la bibliothèque, où se trouvaient beaucoup d'anciens ouvrages; il y remarqua tout particulièrement les Annales de Lou, Lou-tcK oen-ts' ieou ^ ^£%k, et ne put s'empêcher de s'écrier: "Les institutions de la maison impériale Tcheou j$ sont toutes ici". La bibliothèque du royaume de Lou !§• et celle de l'empereur étaient alors les mieux montées et les plus riches en documents. Tous les récits sont d'accord sur ce point. Le principal commentateur du Tsouo-tch' oan £ fl|, c'est-a-dire le lettré Tou Yu $; ^g, (222-284), dit même que Tsouok'ieou Ming ;£ fl$ ^ était historiographe du Lou |§.. Outre Tsouo-k'ieou Ming £ ffi ^> deux autres lettrés sont restés célèbres par leurs commentaires sur la Chronique de Confucius, ce sont: Kong-yang Kao fè ^ "jfî et Kou-liang Chou |§£ ^ ;fi.
Le Tch'oen-ts'ieou ;§ ^ était un des livres particulièrement visés par le décret destructeur de Ts 'in Che-hoang fff #a |L ou brûla donc impitoyablement toutes les copies qu'on put découvrir, mais les lettrés arrivèrent quand même à sauver quelques manuscrits. Le lettré Hiu Chen fj£ ft, 190-220, dit que Tchang Ts'ang îJl îf* chancelier de fïan Weri-ti <H % ^ et marquis de Pé-p'ing 4k ^, se procura un exemplaire du Tsouo-tch'oan & fij, écrit en caractères anciens de la dynastie des Tcheou J§), et l'offrit à l'empereur.
Lieou Té |flj ^, roi de Ho-hien jpj PbJ, put aussi retrouver un vieux manuscrit du Tch'oen-ts'ieou ;§ $i, et le plaça dans sa bibliothèque, où tous les savants de l'époque avaient libre accès, pour travailler à la reconstitution des anciens canoniques. Lelettré /fia/SCtlt (201-168"! eut en sa possession le texte du Tsouo-tch'oan ^fe'pj, et écrivit même un commentaire intitulé: Tsouo-che-tchloanhiun £ ft % fi.
Ce fut aussi sous la dynastie des Han ^| que le Tch'oen-
t&ieou fê #C fut mis au nombre des Livres Canoniques. (1)
Tou Yu i± SI 222-284, en fit une bonne éditioo annotée, et intitulée : Taouo-tch' oan-tsi-kiai & f# % ffî. Lin Yao-seou #3J|
$, au temps des Song %, ajouta de nouvelles notes à celles de Tou Yu ft H- Enfin sous les M/n2 W, (1368-16'.4), trois lettrés 7W<onr/ Smg Mî g, Si«m /Toanp "% $$, //<m /'Vm # fê y firent de nouvelles additions, très utiles pour la pleine intelligence du texte. Cet ouvrage est un des plus précieux pour l'étude de l'antiquité.
Le Jou-kiao ffi <ffc n'est point une religion, c'est plutôt une école, une secte de gens de lettres et de politiciens, bien plus préoccupés d'oeuvres littéraires et de moyens de gouvernement, que de métaphysique et de religion. S'ils font si grand cas du dépôt des traditions antiques, conservé dans leurs livres canoniques, Odes et Annales, c'est que cette doctrine fut utilisée par les anciens sages, comme moyen de gouvernement. Les anciens empereurs gouvernaient leurs peuples en sacrifiant à Chang-ti Jt Yj?, le Souverain Dominateur.
Le culte des Ancêtres, des Patrons du sol, des monts et des Heuves, en général tous les procédés gouvernementaux des Ages antiques, décrits dans leurs anciens livres, sont devenus pour cette Ecole comme la pierre angulaire de leur édifice doctrinal.
Cette Ecole essentiellement traditionaliste se fit gloire pendant des siècles, de copier servilement les anciens. De là cette sorte de culte pour leurs livres canoniques; de là encore cette vénération pour Confucius, qui, grâce à ses Manuels qu'on a pu recomposer en partie après l'incendie des anciens livres, sous Ts'in Che-hoang-
(1) Recherches III. Partie. Notices sur TaouoKiieou-ming—Kou-liangTche. Royaume de Tsin. p. 318.
Couvreur Tch'oen-ts'ieou. Tom. I Préface.
hio-che. p. 24. 25.
• s historiques. p. 464.
vaunic de Ou. Introduction p. 1
Ilian-tcheng-chang-ycou-lnu. I,iv\ XV. p. 7.
ti ^ Jp Mî^, a pu transmettre aux générations suivantes, quelques débris des antiques traditions. Le Jou-kiao Hf ^ repose donc sur les Canoniques : Odes, Annales, Rituel, Mutations, Chronique, comme sur ses véritables bases. Sa doctrine, c'est la doctrine des Canoniques, ou du moins celle que les divers commentateurs ont cru y découvrir. Cette manie a même été poussée si loin, que les panthéistes incrédules des Song 7^ prétendent donner la vraie interprétation de la lettre des Canoniques, quand ils nient effrontément, ce que toute l'antiquité avait affirmé en commentant ces mêmes textes.
ARTICLE II