II. DYNASTIE DES HAN D'ORIENT
La mise au point des anciens textes des canoniques, restaurés partie de mémoire, partie à l'aide de fragments de planchettes, retirés de leurs humides cachettes, avait été très laborieuse, les membres du comité des encyclopédistes ne tombaient guère d'accord que sur deux points. 1° L'altération des textes primitifs est évidente. 2° Les lacunes sont irréparables.
A ce moment parut Wang Tch'ong 3: ~3ù, qui mourut vers 90 ap. J. C. C'était l'élève de Pan Piao ïj£ jfë, père de l'historien Pan Kou JE OU- Les circonstances favorisaient son audace et il en profita largement. Il écrivit son fameux ouvrage Luen-heng prof Hj", Balance des discours, en 85 chapitres, et un autre intitulé Yang-sing-chou §j 'ft ^ en 16 chapitres. L'apparition du 1er ouvrage fut le plus terrible coup de massue, que les Canoniques mal reconstitués reçurent jamais.
Wang Tch(ong 3: ~% était un de ces génies hardis mais peu mesurés, il fut le ravageur des Canoniques récemment restaurés. Il prouva que ces textes fourmillaient d'erreurs, puis de là il sapa par la base l'ancienne doctrine traditionnelle. Il nia l'existence d'un
(1) Cf. Recherches. Tom IX. p. 604-607.
Textes historiques. p. 404. 406. 468-469.
(Compilation de Hoai-nai-tse) titre : Hong pao-wan-pi #§ ^ $| 0?. 3 séries. Le Nei-choit j^ ^ 21 chapitres; le Tchong-chou ^ ft en 8 livres: le Wai-chou $\. ^ Dissertations. C'est un recueil des travaux littéraires, des lettrés qui fréquentaient la cour du roitelet.
Etre suprême, d'une providence, nia la vie future et la rétribution d'outre tombe, fit de l'univers un immense combat d'éléments, où le plus fort écrase le plus faible. Bref il fut le premier à formuler crûment le système panthéiste et athée des philosophes de Song ^c.
Les Lettrés de cette époque sans aller aussi loin que Wang Tch'ong 3: ~% subirent cependant profondément l'influence du rationalisme athée.
1° Pan Kou Jjl [£J, mort en 92 ap. J.C, écrivain marquant, qui outre son histoire des Premiers Uan y(i, composa : Lié-tck'oantsai-ki ji\] i$ ^ |E, en 28 chapitres ; le Pé-hou-t'ong S ^ jifi : Tch'oen-ù'ieou-k'ao-hi'piao-tche-tch'oan fc fk ^ ffi 3< JE f$ en 100 livres, et cinq autres ouvrages secondaires.
2° Sa sœur Pan Tchao 3jÈ HS fut un habile écrivain :
3° Ma Yong !| gjj», 79-166, confucéo-taoïste, maître de Tcheng K'ang-tcli'eng.
4° Tcheng K'ang-tcli'eng ftP J$| $, fortement imbu d'idées rationalistes, fut l'auteur de nombreux ouvrages et commentaires sur les Canoniques, et ses gloses imprégnées de cet air vicié du rationalisme, furent la source où tous les lettrés vinrent chercher le vrai sens du texte. Il eut un rang prépondérant parmi tous les commentateurs, jusqu'à l'époque de K'ong Ing-ta ^L SH JE sous les T'ang jj. Il imagina six cieux divers, pour loger les cinq souverains et le Dominateur souverain (1).
5° Ing-chao JE ffl), auteur du Fong-sou-t'ong M fft S» qui écrit vers 140 ap, J. C, est un incrédule raffiné, son style cinglant et à Temporte-pièce, ne démolit pas seulement les superstitions populaires, mais heurte de front les plus essentielles doctrines du Ritualisme antique, l'existence d'un Souverain Dominateur, régissant le monde, punissant les méchants, et récompensant la vertu.
6° Ts'ai Yong ^ ^M,, du Ho-nan }pJ jfr , littérateur, géomancien et astrologue, fut bibliothécaire au palais sous Ling-ti H iS? (168-171). En 175, Ts'ai Yong fut chargé par l'empereur de faire
(1) Cf. Textes historiques p. 1864.
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graver en trois formes de caractères, le texte des Canoniques, sur une série de stèles en pierre, érigées devant la grande école de la capitale. En 178, un réquisitoire contre les eunuques amena sa disgrâce. Il passa dans le pays de Ou ^, et devint l'admirateur et le propagateur du Luen-heng fmf |ïf de Wang Tch'ong 3E ~%. Ses œuvres littéraires comptent 400 chapitres. Tong Tcho le fit emprisonner en 492, il mourut peu après. Manifestement la doctrine primitive est atteinte dans ses bases essentielles, et sous l'influence des passions humaines et des idées fausses du Taoïsme, elle dégénère en rationalisme athée.
L'an 165, l'empereur Hoan-ti |s ^ fut le premier des souverains chinois, qui fît la démarche officielle pour offrir des Sacrifices à Lao-tse 3k ^ sur son tombeau à Lou-i-hien M EË» i$Ê au Ho-nan */pJ ]§. Il fit construire un temple dans sa capitale sous le vocable de Lao-tse 3t -f, et alla en personne lui faire des offrandes, l'an 166. Cette innovation rituelle est flétrie dans l'histoire officielle, mais elle prouve quand même l'influence de cette secte sur les idées de l'époque, et les lettrés orthodoxes auront beau se liguer en pléiades, pour s'opposer au courant taoïste, ils n'arriveront point à endiguer son cours.
ARTICLE IV