‹ Recherches sur les superstitions en Chine (volume 4)Chapitre 51 sur 87 · Période médiane · texte numérisé non relu

Période médiane

A) Li T'ai-pé f i Ê (Les Huit Ivrognes).

1° Li T'ai-pé $ je ÉJ, nom Pé Êï, prénom T'ai-pé je Ù ; il avait un second prénom Ts'ing-lien npf |ij|. Issu d'une famille princière de Pa-si £ Bf, au Se-tch'oan E9 Jl|, il naquit en 705 ap. J. C. On raconte qu'avant la naissance de cet enfant, sa mère vit en songe l'esprit de la planète Vénus : T ai-pé-kin-sing je È ^ S ; ce fut, paraît-il, l'origine de son prénom T'ai-pé je

(1) Cf. Textes historiques p. 1536, 1550. 1617. 1624. 1637. 1664.

(2) Cf. id. p. 1592 — 1595.

EL qu'il reçut en mémoire de cette vision. Dès l'âge de dix ans, il débuta dans la carrière poétique par de jolies pièces de vers, sa jeunesse se passa en voyages et en fêtes ; au Chan-tong \U 4î déjà, il avait lié amitié avec une société de lettrés viveurs, qui s'intitulait : Tchou-kH-lou-i tj" M ^ M ' Les "Six Solitaires de la rivière des bambous". Ils se nommaient : K'ong 'J'ch'ao-fou ^L M. 3C, Han Tchoen H 3$, Fei Tcheng % ï#, Tchang Chou-ming >M M W, T'ao Mien pg jSÇ, Li T'ai-pê ^ jk É3 était le sixième.

Son talent pour la poésie tenait du prodige, sa renommée devint bientôt universelle, l'empereur lui-même désirait vivement posséder à sa cour cet homme si merveilleusement doué, cet "Immortel banni des deux", comme on disait alors. Une seule chose l'arrêtait, il était connu comme ivrogne incorrigible, on passa outre et, entre deux temps d'ivresse, il soulevait l'enthousiasme de toute la cour. Un eunuque son ennemi le calomnia, il dut se retirer; ce fut alors qu'il s'associa 7 lettrés grands poètes et grands buveurs, qui formèrent la société dite des Huit immortels ivrognes: "Tsieou-tchong-pa-sien jg »f A flir. Il se noya en passant le Kiang, en 762, un soir qu'il était ivre (1).

Deux de ses joyeux compagnons nous sont déjà connus, ce sont :

2° Ho Tche-tchang % #P ♦, qui se fit tao-che.

3° Tchang Hiu 38 jfi, le calligraphie.

4° Li Che-tche $ 38 £, poète et lettré distingué, qui devint ministre et reçut le titre de Duc. Calomnié par Li Lin g- fou ^ $fc "^f il démissionna en 746. L'année suivante il fut accusé de révolte et s'empoisonna.

5° Li Tsin $ g|. Le prince Li Tsin ^ SI était fils aîné de Ning-wang rj? 3Î, le consort de Ou-heou jÇ J§ ; il avait le titre de Prince ôeJou-yang :fc %, et était appelé le "Prince du ferment'' en raison de son insatiable passion pour le vin. Par ailleurs c'était un poète et un littérateur hors ligne.

6° Ts'oei Tsong-tche \t 5* ± Le duc Tsong-tche 9* ± était

(1) Cf. Hiao-tcheng-chang-yeou-lou. I.iv. XIV. p. 11

Recherches. Tom IX. p. 1022-1024

un lettré, un poète et un séducteur, toutes les qualités de l'esprit semblaient s'être alliées aux charmes de sa personne.

7° Sou Tsin M #, né à Lant'ien f ffl au Chen-si K W; il fut admis au doctorat en 694, et devint vice-président du Tribunal des Revenus. C'était un fervent bouddhiste, un poète plein de verve et un noceur.

8° Tsiao Soei Wi M- "Quand il avait bu cinq pintes d'eaude-vie, disaient ses contemporains, les réparties jaillissaient de son esprit comme l'écho du son" (1).

B) Tou Fou ft "S (Tou V Ancien).

Tou Fou ^ "Sf, prénom Tse-mei ^f H, fils de Tou-hien ^t (*], mandarin de Fong-t'ien $ ^, naquit à Tou-ling $: |§|. Il subit un échec à son examen de doctorat, en 742. L'empereur Hiuen-tsong j£ ^ eut occasion de lire ses poésies, il les trouva si belles, qu'il le fit admettre à l'académie.

En 756, il devint second secrétaire de l'empereur Sou-tsong % ^. Il mourut à Lai-yang ?fc ||§ au Se-tclioan 03 Jl|, pendant la période Ta-li ^ jR 766-779, il avait 59 ans.

Sa prodigieuse fécondité intellectuelle l'avait fait surnommer le "Chroniqueur de la poésie": Che-che $$ î£ (2).

C) Han Yu ff: j^, et ses deux contemporains.

1° Han Yu fÇ ^, prénom T'oei-tche jM, ;£, natif de Nanyang ]§ |H, au Teng-tcheou %\ )'\], vint au monde en 768; c'était l'ami de Mong Kiao j& $ft et de Tcliang Tsi ?jf $|. Reçu au doctorat sous le règne de Té-tsong |§ 9^ il devint censeur, puis fut envoyé en disgrâce à Yang-chan H |Xl - En 806 il était nommé Grand Précepteur, deux ans après, il était mandarin au Ho-nan jpj ]§. L'empereur Hien-tsong jj? ^, déjà fervent taoïste avec une pointe de confucéisme, compléta sa mentalité religieuse en y joignant la dévotion au bouddhisme ; en 819, il organisa des processions splendides pour la réception d'un os de Bouddha. Ce

(1) Cf. Recherches Tom XI. p. 1025. 1026.

(2) Cf. Hiao-tcheng-chang-yeou-ïou. Liv. XV. p. 8.

Tche-na-ioen-hio-che. p. 56. 57.

fut à cette occasion que H an Yu #^; s'illustra par ses mercuriales véhémentes contre le bouddhisme. La vigueur de l'expression et la chaleur du style lui valurent une éternelle renommée, mais irritèrent si fort le crédule empereur qu'il parla de le faire mettre à mort. Sa peine fut commuée en un exil à Tch'ao-tcheou $j '}\\. Rentré en grâce, il fut assistant au Ministère des Rites et mourut en 824, à 57 ans (1).

2" Licou Tsong-yuen $|l r£ ît, prénom Tse-heou ^f- JfL, du Ho- ton g \vj jf(. Il était encore tout jeune quand il subit avec succès son examen de doctorat, il fut ensuite employé au Secrétariat d'Etat. En 80:i, il était censeur, fut dégradé, et devint mandarin militaire de Yong-tcheou ->]< j'\]- Il fit passer sa peine et ses tristesses dans ses élégies à la K'iu Yuen |jj j^, intitulées Saowen jjH 3>Ç. En 815, il fut transféré au mandarinat de Licou-tcheou ty[\ '}\\. Les charmes de son style le faisaient comparer aux classiques fleurs de saule et il fut surnommé Licou Licou-tchcou ftl ftl j'\] comme on dirait : Le gracieux et poétique mandarin de Licoutchcou $11 j'\\. Il mourut en 819 à '.7 ans. En son souvenir les gens de Lieou-tcheou lui bâtirent un temple à Lô-tcJi'c $i vtJJ. Il écrivit l'ouvrage: Tcheng-fou % fà (2).

3° Mon g Kiao sfc ^, prénom Tong-yê ]\i If*, né à Ou-k'ang ^ JjfÊ, passa une partie de sa jeunesse à Songchan ^ ll|. Son style et ses vers approchent de la perfection des œuvres de Hun Yu !£ jfc. Reçu docteur à 50 ans, il fut nommé préfet militaire de Li-yang M It (3).

D) Pc Lô-tUen El !$k 5£ et ses contemporains.

1° Pc Lô-t'ien ÉJ >^ \ Ji se nommait encore Pc Kiu-i Éî fê Jjjj et habitait Tai-i/ucn k ÇR« Jeune écolier, il excellait déjà dans les compositions littéraires, il reçut les palmes du doctorat en li et en 806, l'académie lui ouvrait ses portes. Ses placets le firent éloigner de la cour en 815; après cette époque, il fut successivement

1) Cf. Tche-na-wcn-hin-chc (llia-pien) p. 1.2.

(2) Cf. id. p. 4.

(3) Cf. id. p. G.

en charge à Kiang-tcheou j£ j\], Tchong-tcheou ,$, j'\], Hangtcheou $i jJ'H, Son-tclieou || ]>\]. Il tomba malade, se retira des affaires et ne s'occupa plus qu'à festoyer et à faire des vers. Il s'était lui-même donné le surnom de Tsoei-in-sien-clieng ff- 0^ 3fe £fe : Le maître ivrogne déclamateur. Sa veive poétique fut incomparable, on lui doit 3.840 pièces de poésie. Sous l'empereur Wen-tsong 3fc ^ 827, il fut promu assistant du Tribunal des crimes, en 836 on le choisit pour Grand Tuteur et Grand Précepteur du marquis de Fong-yu % î$ ; enfin, en 841 il remplit l'office de ministre de la Justice et mourut en 846, à l'âge de 75 ans. Il avait un ami nommé Yuen Tcheng y£ fijî, comme lui grand poète et grand buveur, on avait coutume de les appeler les poètes " Yuen Pc" 7C ÊI- Pc Lô-t'ien était grand ami des bonzes, il vécut familièrement avec eux (1).

2° Yuen Tcheng j£ fj|, prénom Wei-tche $£;£, Honanais, reçu premier aux examens académiques en 806, devint premier secrétaire impérial. Ses contemporains l'avaient surnommé Yuen Tsai-tse yc ^ -p : Yuen l'Illustre, en raison de la magie de son style. Disgracié et envoyé au Ho-nan jpj ]§, il était rentré en grâce sous Wen-tsong "£ 9^, 827-840, et mourut pendant qu'il remplissait la charge de second assistant de Ministère. Son principal ouvrage, en 100 livres, est intitulé Yuen-che-tcli ang-king-tsi 7C .R -Il je M c'est-à-dire : Recueil des poésies de Yuen Tcheng 7C fi, pendant la période Tch'ang-h'ing -fk H (821-824). Son ouvrage secondaire en 10 livres a pour titre Siao-tsi ;J% ^| : Petit recueil (2).

3° Lieou Tcli ang-li ing #J ^ fll, prénom Wen-fang ~%J% , habitait le Ho-kien jpj fa). Pendant la période K'ai-yuen f}fj 7C 713-741, il passa avec succès son examen de doctorat, puis fut nommé censeur. Ses écrits en 15 livres sont intitulés: Wen-tsi £ * (3).

4° Wei Ing-ou 1|l JE tifâ, du Ho-kien jpj jaj, se distingua par

(1) Cf. Tche-na-wen-hio-che (Hia-pien). p. 5-9.

(2) Cf. Hiao-tcheng-chang-yeou-lou Liv. IV. p. 11.

(3) Cf. id. Liv. XII. p. 5.

son talent poétique. Durant la période Tcheng-yuen (\ yt, 785- 804, il était mandarin de Sou-tcheou ffc )]] : pendant ses banquets avec toute l'élite lettrée de la ville, il se plaisait à rimer des vers, d;ms tout le pays on ne l'appela plus que Wei Sou-icheou /}\M ffl-

Ses pièces littéraires sont réunies dans un recueil intitulé : Wen-tsi # % d).

Lieou Yu-si&\ fa $g, prénom Mong-tc & f'.j-, de Tchongchan 41 il]» docteur et excellent littérateur, fut mandarin de Soutcheou M j'\]. L'empereur le récompensa de sa sage administration, en lui envoyant en présent une robe violette aux broderies d'or. En 841, il fut promu président du Ministère des Rites, et mourut (2).

6° Tchang Tsi j/g iu> prénom Wen-tchlang 3c ii, de Oukîang pr} \\\ préfecture de Houo-tcheou %I j'\], au Ngan-hoei ■$■ UB, poète de talent mais surtout calligraphe hors pair pour récriture cursive. Jl fut docteur et académicien, contemporain de Ilan Yu m M (3).

V Wang Kien 3E %Èi prénom Tchong-tch'ou ft1 7$, de Ingtch'oan |fj Jl|. Il fut promu au doctorat en 775, sous Wen tsong 3C S et devint gouverneur militaire de Hien-tcheou [jj& j'\\. 11 fut contemporain et ami de Tchang Tsi ?f ££ et de flan-yu %$ fê, ('i).

E) Les lo écrivains célèbres de l'époque Ta-li ^c M (766-779)

(Ta-li-che-tsaûtse ^ M + =t ?)•

Sous ce titre général, l'histoire littéraire et philosophique désigne un groupe de lettrés célèbres, qui parurent à peu près ;'i cette époque, vers le milieu du règne des T'ang }§£.

1° Lou Luen )&[ $fô, prénom Yun-yen jt "g, de P'ou ?jf, au Ho- te h <>n g jpj 4*, poète de renom, qui passa son doctorat au début • le la période Ta-li Jz j§§. Il devint censeur, l'empereur Té-tsong $S ^ le prit pour un de ses familiers et aimait à faire des vers

t compagnie

I ng-chang-yeou-lou. Liv, I. p. 15.

(2) Cf. i.l. Liv. XII. p. 5.

13) Cf. id. Liv. VIII. p. 10.

(4) Cf. id. Liv. IV. p. 10.

e-lio Liv. VIII. p. 22.

2° Ki Tchong-fou ^ + ^, natif de P'ouo-yang f) |^, littérateur et poète, qui florissait vers le milieu de la période Ta-li ^c jH, fut assistant au Ministère des Finances (1).

31 H an Hong |$ JjJJ, prénom Kinn-p'ing fê 2P, originaire de Nan-yang ]§ pj§, fut conseiller aulique. L'empereur Té-tsong i§ v^ se délectait dans la lecture de ses poésies (2).

4° Tsien Kci H Ji, prénom Tchong-wen fjj 3Ç, de Tclianghing Jf: f|, docteur de l'époque T'ien-pao ^ Jf, 742-755, versificateur et écrivain de renom (3).

5° Se-h'ong Chou pj $£* I®, lettré remarquable de la période 7'a-h' * Jg (4).

6° Miao Fa "pî U> poète et littérateur en vogue sous le règne de T'ang Tai-tsong jg ffc ^ (5).

7° Fs'oei TsWp ^ |l||ë|, natif de Pouo-ling -$ g|, lettré éminent et bon poète. Premier secrétaire impérial et une des célébrités du même règne (6).

8° Keng Hoei ]$C î$, savant et littérateur distingué de la même période (7).

9° Hia-heou Chen JS. îfè ^Èf, érudit et poète du règne de Taitsong ft ^ (8).

40° Li Toan $ i%, originaire de Tchao-tcheou *J§ ji], admis au doctorat en 770, il remplit l'office de gouverneur militaire de Hang-tcheou $t )]]. Son "Recueil de poésies" porte le titre générique de Che-tsi f^p ^, en 3 livres (9).

Mentalité religieuse de cette époque.

L'empereur Sou-tsong j$ tN fut à la fois taoïste, bouddhiste

Liv. XX. p. 8.

Liv. V. p. 7.

Liv. V. p. 16.

Liv. XXI. p. 15.

Liv. VI. p. 13.

Liv. III. p. 12.

Liv. XVI. p. 12.

Liv. XXII. p. 12.

Liv. XIV. p. 12.

Cf.

Hiao

-tcheng

■cha

ig-yeou

-lou

Cf.

id.

Cf.

id.

Cf.

id.

Cf.

id.

Cf.

id.

Cf.

id.

Cf.

id.

Cf.

id.

et nestorien. 11 costuma ses femmes en poussahs et ses officiers en génies, rois célestes, et dans un temple taoïste élevé au palais, il les fit vénérer par ses officiers et ministres.

L'empereur Tai-tsong fÇ tt; et les grands de l'empire : Wang Tsin ï £, Ton Hong-tsien # 88 #F, Ftiew ^sat 7C ^ furent des bouddhistes fervents. Tou Hong-tsien #. #.} j$f avant de mourir se lit raser la tête et voulut expirer dans l'habit de bonze.

1 /empereur nomma duc Amoghavadjra, (Pou-k'ong ïfc '£) le célèbre bonze indien, l'introducteur en Chine de toutes les pratiques superstitieuses du bouddhisme moderne, offrandes de papiermonnaie, d'habits de papier, de chaises, de maisons de papier, pour soulager les âmes errantes des morts, ou "prêtas" faméliques. Ce fut une ruée formidable vers ces nouvelles doctrines si bien adaptées à la mentalité chinoise. En 708, l'empereur entouré de toute sa cour se rendit à la pagode bâtie par l'eunuque Vu Tch'ao-ngen M 'M '©' et présida pour la première fois devant une assemblée de mille bonzes, à la nouvelle cérémonie bouddhique Vu lan-p'en jj£ lifi $k (Ullambana), pour retirer des enfers les âmes des morts.

Nous assistons ici au véritable établissement du bouddhisme populaire, qui a conquis toute la Chine et est pratiqué du haut en bas de l'échelle sociale.

Les célèbres harangues du censeur Han Vu .$$ $; contre les processions organisées par Hien-tsong ;£{ -,!;, en 819, pour la réception d'un os de Bouddha, nous ont suffisamment renseignés sur les idées du souverain et sur l'état religieux de la masse de la nation. Han Vu $£ ^ aura beau tonner, le bouddhisme résistera à l'orage et continuera sa marche toujours ascendante contre le rationalisme athée des lettrés de l'époque, qui croyaient au plaisir, au vin, et aux femmes, et passaient leur vie à rimer le verre en main. 1 /empereur King-tsong $£ tj; 825-826, ne s'occupa guère que de jeux et d'alchimie.

En 845, les Tao-che, jaloux des immenses progrès du bouddhisme, surent capter les bonnes grâces de l'empereur Ou-tsong îlÇ ttÎ, qui lança un édit de sécularisation contre les bonzes. 260. 500 bonzes et bonzesses furent sécularisés, leurs riches

propriétés confisquées au profit de l'Etat, leurs bonzeries et leurs pagodes en nombre incroyable et qui éclipsaient les palais, furent converties en différents usages. 4.600 pagodes furent condamnées à la destruction, ainsi que 40.000 pagodes rurales. Mais l'arbre avait poussé d'assez puissantes racines pour résister à la bourrasque, li y perdit quelques branches et garda toute sa vitalité. Seul le Nestorianisme sombra dans la tourmente. Le Confucéisme n'y gagna rien (i).

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