LES 24 TRAITS DE PIÉTÉ FILIALE
EUL-CHE-SE-H1A0 H T El ^Ê'
La piété filiale est le premier des sujets proposés par K'ang ri M J?£ et Yong-tcheng |S JE, pour thèmes des conférences mensuelles, qui, jusqu'à la fin de la dernière dynastie, devaient être faites par des lettrés de marque, dans chacune des villes murées, pour instruire le peuple et le rappeler à ses devoirs. Les discours et les écrits composés pour l'exposition des devoirs du fils pieux ne se comptent plus, un des traités les plus autorisés et les plus orthodoxes est celui qu'on trouve in extenso au début du Ier volume des œuvres du P. Zottoli S. J (1), et dans les œuvres du P. Wieger S. J., en langage du Ro-kien-fou p$ ffl Jff, avec traduction française.
Pour être des meilleurs, il n'est pas quand même exempt de reproches. Par exemple : Les deux principes suivants y sont énoncés.
Premier axiome. — Les pères et mères n'ont jamais tort; Ou-pou-che-ti-fou-mou $& ^ ^ flft 3£ "ft- L'enfant doit obéir toujours. On voit facilement les inconvénients qui en découlent pour l'éducation des enfants, par des païens sans conscience.
Deuxième axiome. — Les parents ont droit de vie et de mort sur leurs enfants : Cheng-yeou- fou-mou, se-yeou-fou-rnou £Ë. È
"L'enfant est comme l'herbe des champs, détruite par les premières gelées, ou croissant sous l'action vivifiante du printemps, au gré du Ciel; ainsi les parents sont les arbitres souverains de sa vie et de sa mort". Donc ceux qui exposent leurs nouveaunés, n'outrepassent pas leur droit paternel, d'après cette doctrine confucéiste (2).
(1) Cheng-yu-koang-hiun . Zottoli p. 64. I vol.
(2) Dans le nouveau code de lois, qui s'élabore, depuis l'établissement du régime républicain, on a cru devoir protester contre cet abus de l'autorité paternelle.
Dans la plupart des écrits sur ce thème, l'exagération se mêle
à la puérilité ; c'est presque toujours l'esprit enfantin, mal équilibré, uni à un excessif désir de louanges et de réputation, qui préside à ces élucubrations littéraires. Dés la première page, on sent le vernis, le cœur y a moins de part que la face ; l'amour filial humble, désintéressé, le dévouement caché y cèdent la place à une ostentation théâtrale, qui cherche à attirer les regards par quelque côté manifestement excessif.
Par exemple, il est classique que le faite de la piété filiale, c'est de se couper un morceau de chair et de le donner à ses parents malades, soit comme aliment, soit comme remède, pour hâter leur guérison. On cite avec emphase ceux qui se sont signalés par ces singularités, et ces idées ont fait leur chemin dans la vieille Chine.
C'est ainsi que le romancier de la déesse Koan-yng ffi ii, pour exciter au plus haut degré l'admiration chinoise à son endroit, n'a trouvé rien de plus pathétique, que de présenter son héroïne se faisant arracher les deux yeux, pour en compose!- le remède qui devait rendre la santé à son père. Mais à part ces cas d'héroïsme, le lettré chinois n'a point oubli.' l'amour du soi, aussi un des plus rigoureux devoirs du fils pieux est de conserver intacte. dans sa personne, la substance que lui ont transmise ses parents, veillant ù sa santé et à l'intégrité de ses membres, avec le même soin au moins, que s'ils appartenaient à ses parents ! Ici reparaît l'homme pratique.
de ne vois rien de mieux approprié à montrer la mentalité chinoise à propos du sujet en question, que les "Vingt-quatre traits de piété filiale, " Eul-chese~hiao ZL ~h l,Ll ^'\ tirés de la vie d'hommes célèbres, vantés par les lettrés comme des types de cette vertu. Non seulement les peintres et les statuair. font des tableaux pour décorer les écoles, et des objets de culte pour 1rs pagodes ; mais des images à la manière d'Epinal, représentant ces traits légendaires, avec quelques caractères explicatifs, sont vendues chaque année par milliers, à un prix accessible aux plus petites bourses. On trouve donc ces tableaux collés sur les
murs de terre dans la chaumière du pauvre, et suspendus dans les salons du riche; ils ont servi de motifs décoratifs aux ouvriers en porcelaine, aux potiers, pour l'ornementation des tasses à thé, des vases à fleurs ; aux graveurs sur pierre, qui en ont décoré es arcs de triomphe, ou P'ai-leou J}$ ;jjt.
Je ne serais pas surpris que la grande popularité de ces images eût contribué pour une assez large part à fausser la vraie notion de la piété filiale, en habituant le peuple à considérer ses ravers ou ses ridicules, comme l'essence même de cette vertu. Par exemple : ne pas faire cas de sa femme et de ses enfants, les laisser mourir de faim, attenter même à leurs jours, plutôt que de priver ses père et mère d'une bouchée de riz : voilà qui passe d'emblée comme des actes de vertus. Bref, c'est la vertu dont on parle le plus, et peut-être celle qu'on pratique le plus mal. Un converti disait avec beaucoup de bon sens : "Un tan (1) de piété filiale confucéiste ne vaut pas une once de piété filiale chrétienne".
Le nombre de 24 est de convention, comme il est d'usage de dire en langage chinois: les quatre mers, les cent animaux, les cent oiseaux; cela ne signifie pas qu'il n'y a que 24 traits de piété filiale devenus historiques, mais il est reçu de n'en mettre que 24 dans chaque série. Il y a deux séries d'exemples qui servent presque toujours de sujets aux peintres pour leurs dessins. Après avoir narré les vingt-quatre tracts de la première série, et donné les images correspondantes, nous ajouterons les 24 exemples de la seconde série, mais sans y joindre les images.
Donc tous les exemples illustrés appartiennent à la première catégorie, et ceux qui n'ont point d'illustration font partie de la seconde. Nous avons préféré reproduire les images que tout le monde connaît en Chine, et dont la popularité est universelle, parce qu'elles ont exercé une influence plus profonde sur les masses.
(1) Le tan £| (^f), égale cent livres.
Sources
1° Les légendes accompagnant les images reproduites et dont l'original se trouve à la bibliothèque de Zi-ha-wei f£ % j|C
2° Brochures intitulées: Eul-che-se-hiao Z2 + H £ : texte chinois et gravures.
3° Long-toen-pien-ing. (Hia-kiuen). ijiî # #1* JJ ( h ^] : traité des 24 exemples de la piété filiale, avec les 24 images correspondantes.
■4° Hiao-tcheng-chang-yeou-lou j-x il:. fô ^c ££, pour la biographie de plusieurs des personnages cités. 5° Chen-sien-t'ong-hien ^ fil| M Ht 6° Yeou-hio-hiu-hiai ij) Q "p] fâ.
7" Koang~je-ki-hou-che Jft R f£ $c 'jf. 8° Chang-yeou-loù-siu-tsi jfà % % fît Kl- 9° Song-che-che-lio 5E ijli U« -SS-- 10° Koan-ti-pao-hiun-siang-tchou i] vi? '# 91 ffi „i - 11° Cheng-yu-siang-hiai H M \t ffî.
(Illustration du Cheng-yu-h'oang-hiun.)
§ /. PREMIÈRE SÉRtE.
1er Exemple.
— Mtnp Tse-h'ien ffl ^f $£, disciple de Confucius. —
.\/m# Tse-h'ien |Mj ^p $£ était encore jeune, quand sa mère mourut. Son père épousa une seconde femme qui lui donna deux enfants. Ming Tse-h'ien |'i] ïf #£ eut beaucoup à souffrir des procédés désobligeants de cette marâtre. I, 'hiver venu, elle préparait des habits ouatés à ses deux enfants, et en guise de coton, elle mettait des aigrettes de roseaux dans ceux du petit Tse-h'ien ^ $f. Comme son père l'obligeait à brouetter, un jour qu'il était transi de froid, la courroie de sa brouette lui échappa des mains. Le père en ayant appris la cause, résolut de chasser cette seconde femme, qui traitait son fils si indignement. Le jeune enfant intercéda auprès de lui, et le pria de ne pas mettre son projet à exécution: "Cette femme présente, dit-il, je suis seul à souffrir
Ming Tse-k'ion et sa marâtre.
Fig. 147
Han Wen-ti assiste sa vieille mère.
du froid; si elle part, mes deux frères et moi, nous serons tous orphelins".
Après la mort de ses parents, il resta trois années complètes sans sortir, d'après les règles du deuil. Le temps rituel expiré, il prit son instrument de musique et alla trouver Confucius; son visage respirait encore la douleur, les cordes de son luth émettaient des sons empreints de tristesse. "Les anciens sages avaient coutume de ne pas continuer le deuil au delà du temps prescrit, dit-il à Confucius". — "Tse-k'ien ^ H paraît encore tout triste, reprit le Maître, mais il ne prolonge pas le deuil au delà du terme fixé par les rites; voilà un sage!".
2e Exemple.
— L'empereur H an Wen-ti fj| 3>Ç tfr —
Ce souverain régna de 179 à 156 av. J.C., c'était le troisième fils de Lieou Pan 9i ^, le fondateur des Ban ^| d'Occident.
11 se montra favorable aux lettrés, et il méritait bien que son nom passât à la postérité, d'autant plus que ce fut un prince vertueux.
Sa mère, la reine Po $jf, étant tombée malade, il l'assista avec la plus parfaite abnégation pendant trois ans entiers. Il veillait près de son lit, la servait avec un dévouement inlassable; il goûtait lui-même tous les aliments qu'on lui servait et toutes les potions qu'on lui présentait. Sa piété filiale est devenue proverbiale en Chine.
Sous le règne de cet empereur fut révoqué pratiquement l'édit de Ts'in Che-hoang ^j ia H, prohibant sous peine de mort la transmission des livres canoniques, et les condamnant au feu. Le souverain se servit du vieillard Fou Cheng jjt ^, pour reconstituer les anciens livres ; ce nonagénaire put les réciter en partie de mémoire. Si les lettrés ont porté sa mémoire jusqu'au ciel, c'est qu'il fut le restaurateur du Confucéisme. Il est bon d'être de leurs amis pour avoir une bonne cote dans l'histoire.
3e Exemple.
— Ting Lan ']' M élève deux statues à ses parents —
Ce personnage vécut au Ho-nei jïjj I^J sous la dynastie des Han iH, et tout jeune encore il vit mourir ses parents. Parvenu à l'âge viril, il sculpta lui-même leurs statues, les plaça dans ses appartements, et tous les jours il allait les visiter, comme s'ils eussent été vivants. Sa femme ne comprenait rien à cette comédie ; un jour, elle prit une aiguille et piqua les statues : il en coula du sang. Quand revint Ting Lan f Jjff, 'es bons vieux pleuraient. A force de prendre des informations, il Huit par avoir connaissance delà mauvaise action de son épouse, et \\ la répudia sur le champ.
Voilà la version le plus communément en circulation ; il en existe cependant une autre un peu diverse, et ainsi raconb
Pendant l'absence de Ting Lan f $j, un voisin nommé Tchang Chou 5R '&, vint demander à sa femme un objet à emprunter; comme il était ivre, en apercevant les statues des deux vieux, il commença à les maudire et à les frapper. De retour chez lui, Ting Lan T fdf constata que les deux vieux avaient une physionomie attristée; quand son épouse lui en eut expliqué la cause, il se mit en colère, courut chez, son voisin, et vengea à coups de bâton l'injure faite aux auteurs de ses jours. Tchang Chou 5S M accusa son agresseur auprès du mandarin local, qui envoya ses satellites, munis d'un mandat d'amener. A peine les envoyés du tribunal eurent-ils passé le seuil de la porte que les statues s'animèrent, et des larmes tombèrent de leurs yeux. Ce prodige sauva Ting Lan 7 M- Dans le pays entier il eut la réputation d'un fils pieux, et l'empereur lui-même, informé de ce prodige, proclama un édit qui ordonnait de prendre la copie exacte de ces statues (1). Ting Tan f |*j vivait au temps de Han Ngai-ti & *$. Les tao-che lui attribuent une seconde existence sous le nom de Lan-kong ~$j fè, et lui donnent le titre de Hiao-taowang %: M 3E« roi de la piété filiale '1 .
(1) Long-wcn-pien-ing. Uia-hiuen fif 3t ^ $£• (T %) P- l2-
(2) Chen-sien-fong-kien y\> ffl M &£• Hv. 11. art. G. p. 7.
Ting- Lan devant les statues de ses parents.
Fig. 149
Lou-tsi dérobe deux oranges pour les donner à sa mère.
Fig. 150
Mong Tsong cherche des pousses de bambou pour sa mère.
4e Exemple.
— Les deux oranges de Lou Tsi
Lou Tsi |ê£ $ft vécut au temps des "Trois roj^aumes", son prénom fut Kong-ki & fi ; il eut pour père Lou K'ang @? $£ préfet de Ou-ling fà |^ (Ifou-nan $j S), et originaire de la ville de Ou-kiun J% fjft (Sou-tcheou M ffl). Loi* Tsi g Jh n'avait encore que six ans, quand on le conduisit à Kieou-hiang ji yX, lors d'une visite à Yiten Chou j£ fjcf.
Au repas on servit des oranges; Lou Tsi |ë| H en cacha deux dans sa manche, pour les porter à sa mère, qui aimait beaucoup ces fruits. Mais quand, au départ, il vint saluer Yuen Chou j& ||f, les oranges tombèrent à terre. Yuen Chou ^ $f allait lui faire une leçon, lorsque l'enfant avoua naïvement qu'il les réservait pour sa mère. Ce petit trait d'amour filial fut grandement admiré dans ce tout jeune enfant.
Lou Tsi |ë| $S devint dans la suite un lettré distingué, et Suen K'iuen '% if, roi de Ou i&, (222-252 ap. J.C.), le nomma préfet de Yu-ling % #.
Parmi ses écrits qui lui valurent les honneurs de la postérité, on remarque surtout l'ouvrage: Hoen-t'ien-t'ou i|î Ji H et ses commentaires du I-king ^ $& (4).
5e Exemple.
— Mong Tsong je ^ à la recherche des pousses de bambou —
Cette aventure date de l'époque des "Trois royaumes". Mong Tsong â; t^, appelé encore Mong Kong -ou Jl £V Ht en fut le héros, nous dit la légende. Il habitait Kiang-hia fX S, et était encore enfant quand son père mourut. Parvenu à l'âge d'étudier, il eut pour maître Li Chou *£ H, qui enseignait alors à Nan-yang IS %. Avant son départ, sa mère lui fit une très large couverture ouatée et un large matelas. Comme on lui demandait la raison de cette singularité, elle répondit: "Mon fils est d'une
Iliao-tcheng-chang-yeou-h>u ^ JE ^
* ft.
liv. 19. p. 12,
vertu bien ordinaire, mais peut-être qu'il pourra s'attirer l'affection de quelques condisciples, qui pourront bénéficier de sa couverture pendant la nuit.
11 devint sous-préfet dans le royaume de <hi %. Chaque fois qu'il recevait des friandises, il s'empressait de les porter à sa mère, pour que la première elle les goûtât.
Etant tombée malade, il lui prit la fantaisie de manger des pousses de bambou. M(»ig Tsong ;d£ '-M, peiué de ne pouvoir satisfaire les désirs de sa mère, se rendit en pleurant dans une bambouseraie voisine, c'était en plein hiver (1). Le ciel touché de sa piété filiale fit un prodige, de jeunes pousses de bambou sortirent de terre devant ses yeux, \\ les porta à sa mère, qui en mangea et guérit. Au début du règne de Tsin Ou-ti ff JÇ 'Tj? (265 ap. . !.('.:, il fut nommé intendant des viviers du parc impérial. Dès qu'il apprit la mort de sa mère, il oublia même de demander son congé, et courut lui rendre ses derniers devoirs.
0e Exemple.
— L'académicien Hoang T'ing-hien j£ J$* §£. —
Ce lettré avait deux prénoms: Lou-tche # ïâ et Chan-kou lij ^r\: il habitait Fen ning 'à '%. Sous le règne de l'empereur Song Tché-tsong % jr\' 't£, pendant la période Yuen-yeou 7C H\ 4086-4094 ap. J. C, il fut admis au nombre des académiciens.
Sa haute dignité ne lui lit point oublier ses devoirs à l'égard de ses parents ; toujours il se montra plein d'égards pour sa vieille mère, et tous les jours il lavait lui-même le vase d'ignominie à son usage.
La gravure ci-jointe fera assez connaître l'instrument prosaïque dont il s'agit.
L'institution des lieux d'aisance, exposés d'ordinaire aux regards du public, sur le bord des chemins, n'est pas faite poulies gens respectables, encore moins pour les dames; aussi le
(I) Les pousses de bambou sortent de terre vers I*- mois de Mai, et constituent un mets très apprécié des Chinois.
Fig. 151
Hoang T'ing-kien lave le vase de nuit de sa mère.
Fig\ 152
Tan-tse affublé d'une peau de daim.
Figf. 153
Tchao Ou-niang va rejoindre son mari.
meuble indispensable pour toute femme chinoise, celui qui figure toujours au nombre des objets faisant partie du trousseau de la jeune mariée, c'est le vase "immaculé". En langage vulgaire il se nomme Ma-t'ong Jg jjj : Vase de nécessité. Le nettoyage de cet ustensile, n'est pas, comme bien on le pense, un emploi très envié!
7e Exemple.
— Tan-tse $|$ ^ affublé d'une peau de biche. —
Sous l'ancienne dynastie des Tcheou J?j), vécut un homme qui se rendit célèbre par son extraordinaire piété filiale, il se nommait Tan-tse '$$ :fr. Ses parents demi-aveugles lui manifestèrent un jour le désir de boire du lait de biche. Tan-tse $1J ^f s'affubla d'une peau de biche et parcourut les montagnes pour attirer ces animaux qui le prirent pour leur semblable. Il en profita pour traire une biche. Il fut vu par un chasseur, peu s'en fallut qu'il ne fût tué; par bonheur le chasseur s'aperçut de sa méprise et se jeta à ses pieds pour lui faire ses excuses.
Tan-tse $$ ~f était un sage contemporain de Confucius, ce dernier eut avec lui une entrevue restée célèbre (1).
8e Exemple.
— Tchao Ou-niang ^S 3l ^ vend sa chevelure. —
L'histoire de Tchao Ou-niang Jg 3l Jft a été racontée assez en détail, dans la IIe partie des Recherches. — Chapitre: Dieux patrons. — Article: — La patronne des marchands de perruques.
Epouse du célèbre lettré Ts'ai Pé-kiai ^ fÈ Hft (2), parti pour subir les examens à la capitale, elle s'imposa les plus rudes privations pour nourrir son beau-père et sa belle-mère. Elle en vint à se nourrir de la balle du blé, afin d'épargner sur son entretien,
(1) Vie de Confucius. Visite de Confucius au mandarin de Tan-tch'eng
(2) Souvent il est nommé Ts'ai Yong |g |H ; il fut reçu Ier au concours pour le degré d'académicien.
l'argent suffisant pour soutenir L'existence des deux vieux. Quand ils furent morts, elle n'eut d'autre ressource que de couper sa belle chevelure, et de la vendre pour réaliser la modique somme qui lui permit de leur procurer un cercueil.
Les obsèques terminées, Tchao Ou-niang j|§ 3L tU suspendit sur ses épaules le portrait de son mari, et prit la route de la capitale; chemin faisant, elle mendiait son pain, comme les chanteuses ambulantes, en s'accompagnant de sa guitare, en chinois
Ce dernier détail donna au célèbre romancier qui chanta cette aventure, l'idée d'intituler son œuvre: P'i-p'a-ki J£ {t JE. Ce roman fait partie des dix ouvrages célèbres : Che-tsai-tse + Jf -f . — Durant le conflit entre les eunuques et les académiciens, sous le règne de Ling-ti S ïfr. pendant la période Hi-p'ing J£ '|;-, 172-178, T&'ai Yong Sg \g et Yang Se #; % présentèrent une supplique à l'empereur, pour le prier de fixer définitivement le texte des six Canoniques, remaniés et coordonnés sous les règnes précédents. Ling-ti Wi Vj'j*. pour ne pas s'attirer la réputation d'ennemi des lettrés, ordonna à Ts'ai Yong ^ §[ de faire graver sur 46 pierres ou stèles, élevées sur des piédestaux de marbre, à la porte du collège impérial, le texte des six livres canoniques, en cinq sortes de caractères : ta-tchoan ^: ^jj£, siaotchoan *\\ J£, li-chou |$ ,',-, h(eou teou-wen {2\
Ts'ai Yong ^ J», est proposé lui-même comme un modèle de piété filiale par les Confucéistes ; on ne voit pas trop la raison, puisqu'il laissait sans ressource ses vieux parents et sa première épouse, alors que devenu gendre d'un richissime ministre, il jouissait de tous les biens de la fortune.
Il devint président du Tribunal des Historiens, et fut mis à mort par Lia Pou g {\i , parce qu'il s'était montré triste en apprenant la fin tragique de Tony Tel, no #; iji, et la ruine de
(1) Après ses grades, Ts'ai Yong |& £i s'était marié à la fille d'un ministre d'Etat nommé Nieou >\'- . c'est à torl que la légende le donne c me
gendre de l'empereur.
(2) Hiao-tcheng-chang-yeou-lou -^ JE jfr Jà #$•
Fig. 154
Wang P'eou près des tombeaux de son père et de sa mère.
Fig. 155
Ou Mong attire les moustiques.
famille. Ts'ai Yong ^ ^ ne reçut pas même la faveur de terminer l'histoire des H an jj qu'il était près d'achever.
Il mit au monde une fille nommée Ts'ai Wen-ki ^ ~% jg qui devint une artiste en lyre.
Envoyée en exil à la mort de son père, elle fut rendue à la liberté par Ts'ao Ts'ao ff Jj|.
Pendant son exil elle composa 18 élégies merveilleuses qu'elle jouait sur sa lyre.
9e Exemple.
— Wang P'eou 3£ J& —
Wang P'eou 3E ïï avait pour prénom Wei-yuen j$. yc, son père se nommait Wang i" 3: Ht, e^ ^ mis ^ mort par Se-ma Tchao p] J§| PS» pendant les guerres qui précédèrent l'avènement de son fils Se-ma Yen if] JH jj£, ou Tsin Ow-fi ff- ^ *rff, 265-290 ap. J.C. Pour ce motif, Wang P'eou 3E ïl refusa de s'employer au 'service de la nouvelle dynastie Tsin ff. Il alla habiter tout près du tombeau de son père, et passait des journées entières au pied d'un cyprès, pleurant et se lamentant. La légende dit que le cyprès mêlait ses larmes aux siennes et qu'il se dessécha de douleur. La mère de Wang P'eou 3: ]& avait une grande peur du tonnere; quand elle fut morte, son fils n'oublia point d'aller lui tenir compagnie, chaque fois qu'il y avait des éclairs et du tonnerre. Au début de l'orage, il courait au bas de la colline, se plaçait devant le tombeau de sa mère, et lui disait : "Ne craignez point, ma mère, je suis tout près de vous".
Il ne la quittait qu'après la fin de l'orage.
10e Exemple.
— Ou Mong J& g —
Ou Mong ^ gi dont le prénom fut Che-yun # f| , vécut sous la dynastie des Tsin |f, à la fin du 3e siècle de l'ère chrétienne. Ses parents étaient pauvres, et ne pouvaient disposer de l'argent nécessaire pour se procurer une moustiquaire. Le petit Ou Mong
é3r Sl> «gé de 8 ans, se dépouillait de ses habits, pendant les nuits d'été, et allait se placer tout près du lit de famille, pour attirer les moustiques sur lui et les éloigner de ses parents.
Dans la suite, il donna le jour à une fille nommé Ts'ai-loàn %£ $J, qui se fit ermite et étudia la doctrine sous la conduite de la célèbre Ting Sieou-ing T ^ 3&. Cette jeune fille fut ensuite mariée à Wen Siao ^C Kjf ; le pauvre ménage manquait du nécessaire. Ts'ai-loan %£ $g entreprit alors la composition de ses poésies, qu'elle vendait pour subvenir aux besoins de la famille; ce mode d'existence dura dix années, au bout desquelles Ts'ai loan %£ JJJ et son mari s'élevèrent au ciel montés sur des tigres (1\
Ou Mong % ^A{ était originaire de Yu-tchang %i v": au Kiang- 8Î ÎL ÏLI ■ Quand ses parents moururent, il resta trois ans près du lieu de leur sépulture; puis le deuil rituel expiré, il devint mandarin de Si-ngcni 'j§ *£. Peu après, il donna sa démission, entreprit un voyage scientifique à Sin-ngan $f $c, <>ù il rencontra Ting I T tS§i ermite magicien, qui lui donna des recettes merveilleuses (2). Arrivé à Tsong-ling f$ |^c. il passa le fleuve sur son éventail en plumes blanches
11e Exemple.
— Kouo Kiu $ft 11 —
Kouo Kiu $P Ê était originaire de Lin-hien $C K, il eut pour prénom Wen-kiu "#; 0, et vécut au temps de la dynastie des llun yi[. Il était si pauvre qu'il ne pouvait arriver à nourrir
toute sa petite famille, sa mère se privait d'une partie di maigre repas, pour le partager avec les deux enfants en bas âge. Kouo Kiu JÇ Ei indigné de voir sa mère manquer du nécessaire à cause de ces deux enfants, prit la résolution de les enterrer vifs, il prit donc une bêche et commença à creuser la fosse. Sa bêche se heurta contre uih- .'norme marmite, remplie de lingots
(I / pien-ing (Chang-kiuen) R| % $É Jg (fc % ]> *
(2) Ting / y fi. était lt- père de Ting Si,-<n, -ing
(3) Chensien-t'ong-kien jpijj {|Ij i$ g£ l.iv. 11. art. 6. \>. 6.
Fig. 156
Kouo Kiu veut enterrer vivant son petit enfant.
Fig\ 158
Lao Lai-tse fait le pantin pour amuser ses parents.
Fig. 159
La tisserande vient aider Tong Yong.
d'or. La capacité de cette marmite était de six boisseaux et demi. Sur les lingots était collée une bande de papier rouge portant cette inscription. "Présent du Ciel offert à Kouo Kiu ffS E, les mandarins ne le voleront pas, les hommes n'y toucheront pas"(l).
12e Exemple.
— Lao Lai-tse ^ ^ -^
Son nom de famille était Lai ^|, son autre nom n'est pas mentionné, il n'est désigné que par le sobriquet Lao Lai-tse JèM :jf-, Lai le vieil enfant, parce qu'il se faisait enfant pour réjouir ses parents. Le royaume de Tcliou $& était son pays natal. Toujours il se montra plein d'affection pour son père et sa mère, et préoccupé de ieur procurer une excellente nourriture. Il s'était fait confectionner un costume aux brillantes couleurs; bien qu'il fût âgé de 70 ans, il le revêtait pour jouer la comédie devant eux, et charmer leurs loisirs par sa pantomime et ses drôleries de polichinelle.
Quelquefois après avoir puisé de l'eau, quand il revenait chargé de ses deux seaux, il glissait du pied, feignait d'être tombé par mégarde, roulait par terre, puis se mettait à pleurnicher comme les enfants pour égayer son vieux père et sa vieille mère.
13e Exemple.
— Tong Yong ïj tJc —
L'épisode de Tong Yong j| tJ< et. Tche-niu f^^T, la tisserande, a été racontée en détail dans la seconde partie. (Cf. La patronne des tisserands). Quelques mots seulement sur Je fait qui lui valut l'honneur d'être mis au rang des fils pieux. Quand son père vint à mourir, Tong Yong H ?K se trouva dans l'impossibilité de pourvoir aux frais de la sépulture, il se livra comme esclave au maître qui lui avança la somme nécessaire pour les obsèques. En se rendant à la demeure de son maître, il rencontra une jeune femme,
(1) Long-wen-pien-ing (Chang-lnuen) ff % W. & (-fc #) P- 10-
qui lui promit de se donner à lui comme épouse et le suivit. Dans un seul mois elle tissa deux cents pièces de soie pour le rachat de son époux, puis tous deux quittèrent la maison. Revenus au pied du frêne, où elle était apparue à Tong Yong H ^c, elle disparut. C'était Tche-niu $& #, la déesse des tisserands, venue pour payer sa rançon.
14e Exemple.
— La grand1 mère de Ts'oei Chan-nan jfc jjj $3 —
Ts'oei Chan-nan $r |Xl ïfr était un lettré de la dynastie des T(ang Jjj|. Parmi ses ancêtres, sa grand'mère se fit remarquer par sa piété filiale envers sa propre mère, qui était par conséquent l'arrière-grand'mère du lettré. La grand'mère était de la famille T'ang JH, et sa mère s'appelait Tchang-suen fl: ~%.
Cette dernière parvint jusqu'à une très longue vieillesse, elle n'avait plus de dents pour mastiquer les aliments, sa fille l'allaita pendant plusieurs années, la nourrissant de son lait, comme un petit enfant.
15e Exemple.
— Tseng -tse ^ -^ —
Tseng -t se ^ -?, nommé encore Tse-yu -ïr J&, est un des disciples favoris de Confucius, et un des quatre associés dans son temple, (cf. II Partie. Les Quatre associés.)
Dans sa jeunesse, il allait cueillir du bois mort, et couper des broussailles dans la montagne, pour la cuisson des aliments et les autres besoins du ménage. Son amour pour sa mère était bien connu. Un jour pendant qu'il cueillait des branchages, un hôte vint à la maison; la mère qui était seule, désirait vivement voir revenir son cher Tse-yu ^ ||. Elle n'eut qu'à se mordre la langue, aussitôt l'enfant se sentit pris d'une tristesse inaccoutumée et revint à la maison, où il en apprit la cause. (Père, mère, fils sont une même substance, c'est la thèse favorite des Confucéistes).
Fig. 160
Trait de piété filiale de la grand-mère de Ts'oei Chan-nan.
Fig. 161
ML&ki*.
Tseng-tse va couper du bois de chauffage.
Fig. 162
Le ciel récompense Choen de sa piété filiale envers sa marâtre.
Confucius donne souvent Tseng-tse § ^p comme le modèle des fils pieux.
Le Hiao-king ^ $[£, ouvrage attribué à Confucius, et qui périt en partie dans le cataclysme suscité par Ts'in Che-hoang-ti Ift &a êk $?, est composé en majeure partie de sentences et de réponses adressées à Tseng-tse ^ ^ , son disciple. Il ne nous reste que 18 chapitres de ce traité.
16e Exemple.
— L'empereur Choen
Jeune encore il perdit sa mère. Son père se remaria, de ce second mariage naquit un fils nommé Siang ^, orgueilleux et sans talent. CJioen ^ eut fort à souffrir de la part de ce second frère, et surtout de la part de sa marâtre qui le traitait durement. Pour comble d'infortune, son père aimait éperdument cette seconde femme el son fils Siang ffc, il ne cachait point un certain dédain pour la conduite de Choen if:, qui paraissait une critique constante de la sienne. Chaque jour il l'envoyait labourer la terre. Le ciel le prit en pitié, il envoya un éléphant pour creuser les sillons, et des oiseaux pour arracher les mauvaises herbes. L'empereur Yao §§ fut instruit de la bonne conduite de Choen ^, et de la manière respectueuse dont il traitait sa méchante marâtre; touché de tant de vertu, il lui donna ses deux filles en mariage et se l'associa avec promesse de future succession. Choen ^ figure sur toutes les listes de sages, qui se sont distingués par leur affection à l'égard de leurs parents. Les images représentent des oiseaux arrachant les herbes sauvages, et un éléphant labourant le sol avec sa trompe, ou bien attelé à une charrue. L'empereur Yao §h§ contemple cette scène rustique.
17e Exemple.
— Wang Siang ï jjr^ —
Wang Siang 3£ |^, nommé encore Wang Hieou-tseng 3iifc |£, vivait au temps des Tsin ff ; il habita d'abord Lan-ya 3R ¥%,
puis 1-tcheou J/f ffl (l)j il était tout jeune quand mourut sa mère. Son père prit en secondes noces une femme nommée Tchou ^, qui semblait prendre à tâche de maltraiter le petit Wang Siang 3E |f . Dans les temps qui suivirent, cette marâtre étant tombée malade et désirant manger du poisson, elle pria Wang Siang 3: |f de lui en procurer. C'était à l'époque des grands froids, les viviers étaient gelés; l'enfant se dépouilla de ses habits et alla se coucher sur la glace pour la faire fondre. Deux poissons vinrent à l'orifice du trou, il les prit, et alla tout joyeux les présenter à sa marâtre, qui recouvra la santé aussitôt après les avoir mangés.
Au sud de la ville de Wang Wang-hien jH v£ S&> on voit encore la pièce d'eau où le jeune enfant se rendit pour exécuter cet acte de courage. La légende prétend même que, chaque année au moment des grandes gelées, l'eau se congèle au-dessus de la surface en forme d'enfant couché, c'est de là qu'on a surnommé cette pièce d'eau Wo-ping-tclie lï'A #fc Yt&< T"Etang de l'enfant couché sur la glace'1.
Wang Siang 3: If débuta par un petit mandarinat à Siutcheou-fou # j'\] Jfï, Kiang-sou i\\ jf|. Son supérieur hiérarchique, nommé Liu @, consulta un jour un phvsiognomiste pour savoir sa destinée. Le devin examina le sabre de Mr Liu S, et lui dit : "Cette arme fera arriver jusqu'aux plus hautes dignités celui qui la portera ".
Mr Liu donna le sabre à Wang Siang 3E ff , qui parvint rapidement jusqu'à la haute dignité de "Grand tuteur", à l'époque T'ai-che ^ J« 265-27."). sous le règne de Tsin Ou-ti fj fÇ îfc.
Son frère cadet Wang Lan 3: Ï2 hérita du sabre, et devint grand mandarin, tous ses descendants jusqu'à la cinquième génération obtinrent des fonctions importantes dans l'administration (2).
A cet exemple de piété filiale est jointe la récompense temporelle promise par le Confucéisme aux actes de vertu.
(1) Chan-tong iJj £.
(2) Long-wen-pUn-ing (Chang-kiuen) ffé £ fâ & ( fc #) p. 2. Yeo u-hip-hiu Liai fy % Sp\ f& I.iv. I. p. 30.
Fig. 168
Wang Siang se couche sur la glace pour avoir du poisson.
44 ans. était allé faire la moisson avec son père. Soudain apparaît un tigre, le père tombe évanoui. Yang fliang j$j § prend son élan, saute sur le dos du tigre, le frappe à coups redoublés
ive son père de la dent du fauve.
Plus récemment, sous les Ming HT), Sic Ting-tchou r$\ % H fut le héros d'une épisode à peu près semblable. Sa mère habitait Ta-t'ong ~k IËJ, au Koang-tctiang $$ g. Un jour le bœuf disparut, la mère, portant son petit enfant à la mamelle, et suivie de Tingtchou % ((-;, parcourait les campagnes environnantes pour retrouver l'animal. Du bois voisin sort un tigre qui bondit sur sa mère, le jeune enfant se rue sur le fauve et le chasse à coups de poings. Tous trois se sauvaient à toutes jambes, quand ils virent la bète fondre de rechef sur eux. Ting-tchou % f|{ reprend la lutte contre le carnassier, et fut assez heureux pour le mettre une seconde fois en fuite, sa dent avait effleuré le cou de sa mère, la morsure n'était pas grave. Pendant leur fuite, il dut repousser une troisième attaque, cette fois-ci le tigre avait déchiré d'un coup de gueule la jupe de sa mère.
L'empereur Yong-tù -fo ^J. 1 ^O^-d 4'2T> ap. J. C, fît venir Tingtchou 'jL f|-; à la cour, le félicita de ses prouesses, lui fit don de 200 t;iëls et de 400 boisseaux de ri/. De plus, il lui remit une inscription honorifique, destinée à être gravée sur la porte de sa demeure, pour témoigner de sa piété filiale envers sa mère (4).
:20e Exemple.
— I /épouse de Mr Kiang Che # î$ —
Sous la dynastie des Han v£. l'épouse de Mr Kiang (lie f^f, née P'ang fà, se montra d'une prévenance au-dessus de tout éloge pour sa belle-mère. Celle-ci avait la manie de ne vouloir boire que de l'eau du fleuve, sa bru allait tous les jours lui'en puiser sur les bords de cours d'eau très éloignés de leur demeure. Plus tard il lui prit fantaisie de manger du poisson du fleuve; nouveau tracas et nouvelles courses.
I) Ming-che-che-lio $ & £. Jg. I.iv. 14. p G2.
Fig. 169
Yang Hiang sauve son père de la dent d'un tigre.
Fig. 157
L'épouse de Kiang Che va puiser de l'eau au fleuve pour le service de sa belle-mère.
Fig. 163
Hoang Hiang se couche dans le lit de son vieux père, pour l'échauffer avant le coucher du vieillard.
Le Ciel vint en aide à cette femme dévouée : tout près de la maison jaillit une fontaine ; dans ses eaux se jouaient de magnifiques poissons, plus besoin désormais de courir au loin puiser de l'eau et acheter du poisson. Kiang Che H §| habitait Koang-han J| fH, pendant la période Yong-p'ing tJ< ^f , 58-76 ap. J. C, sous Han Ming-ti <§| ^ fff il fut reçu licencié. L'empereur le manda à sa cour, lui décerna le titre d"'Observateur insigne de la piété filiale1', et le prit pour son conseiller intime (1).
Il recueillit ainsi les fruits de tous les actes de charité pratiqués par son épouse.
21e Exemple.
— Hoang Hiang jï § —
Hoang Hiang j^ §, connu aussi sous le nom de Hoang Wenk'iang jif ^C |[, habitait Kiang-hia jX ]g (Hon-pé $JJ 4b) ; il vécut au temps des Han Postérieurs. Il avait 9 ans quand il fut privé de sa mère, dès lors il se fit remarquer par ses délicates attentions à Tégard de son père, qui déjà était sur le déclin de l'âge. Pendant les chaleurs de l'été, on voyait le petit Hoang Hiang Jf §, un éventail à la main, essayant de procurer un peu de fraîcheur à son vieux père. En hiver il se couchait dans le lit de son père, pour échauffer le matelas et les couvertures, afin que le vieillard eut moins froid en se mettant au lit.
Sa vertu fut récompensée par l'obtention des plus hautes dignités. Pendant la période Tchang-houo Jji: fn, 87-89 ap. J.C., il était président du Ministère des Rites. Après sa mort il fut enterré à Tcli ang-chou-hien *$ ^ %, Sou-tcheou-fou || ffl jff, du Kiang-sou yX II- Son fils Hoang K'iong jlr iijt obtint lui aussi d'importantes charges officielles (2).
D'autres auteurs attribuent le même acte de piété filiale à Wang Yen 3E 5£, habitant de Si-ho M jïïf, au temps des Tsin fff. A neuf ans, il perdit sa mère, il la pleura si amèrement que des
(1) Hiao-tcheng-chang-yeou-lou i^ JE 1pf %. #
(2) Chensien-t'ong-ltien # {\]\ $1 t£
Liv. 10. p. 13.
Liv. 9. art. 5. p. 4.
gouttes de sang se mêlaient à ses larmes; après les trois ans de deuil révolus, il continua à la pleurer chaque année pendant tout le mois anniversaire de sa mort. Pendant l'été il éventait son père avec son éventail, et l'hiver venu, il se couchait dans le lit pour réchauffer les couvertures avant le coucher du vieillard (1).
22e Exemple.
— Tse-lou ïF tfft, disciple de Confucius. —
La notice sur Tse-lou ^ jtff a été donnée dans la seconde partie: Les 144 Sages du temple de Confucius ; nous y renvoyons le lecteur pour tous les détails biographiques, ici nous ne rapporterons que le trait de piété filiale qui lui valut la célébrité.
Né d'une pauvre famille, il se nourrissait d'aliments grossiers pour pouvoir subvenir aux besoins de ses patents. Il allait chercher du riz à une centaine de lis de distance, (environ 15 lieues françaises.) et l'apportait sur ses épaules, pour nourrir ses vieux parents. Devenu grand dignitaire, après la mort de son père et de sa mère, il se plaignait de ne plus pouvoir les assister, comme il le faisait jadis aux temps de sa pauvreté. Ses richesses, les superbes peaux de tigres étalées sur les fauteuils de son salon, ne pouvaient lui faire oublier le souvenir de ceux qu'il pleurait, et il se prenait quelquefois à regretter les jours passés, où il vivait pauvre mais content dans la petite cabane de famille.