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LES AUTRES VERTUS CONFUCÉISTES

"Leurs vertus ne sont pas nos vertus1' écrivait Han Yu |f fà, en parlant des vertus prônées par l'ancienne philosophie taoïste. Nous pourrions dire [avec beaucoup plus de raison encore, les vertus confucéistes ne sont point nos vertus : il y a toujours un trait qui gâte le tableau ; leur prestige est fait en majeure partie de vaines apparences, de clinquant, de panache et de pose. Ce sont plutôt des simulacres de vertus, couverts d'un manteau de parade, et placés sur un piédestal pompeux; si on les examine de près, si on arrache leur manteau littéraire, tissé en brillantes périodes, on ne trouve plus qu'un bâti ruineux et vermoulu.

§ I LES QUATRE VERTUS SOCIALES : "SE WE1 ffl $É'\

1° Li §. La civilité (Les rites).

Les anciens, qui élaborèrent le système compliqué des rites chinois, furent animés de bonnes intentions, c'est croyable, leur but était de réformer le peuple, et de maintenir une distance respectueuse entre les supérieurs et les inférieurs. Cette camisole de force a empêché d'innombrables malheurs, c'est ce respect extérieur et de convention pour tout représentant de l'autorité, qui a pour ainsi dire encerclé sous les mêmes lois un immense empire composé de parties très disparates, et les y a maintenues plus de 30 siècles. Mais le peuple chinois, étroitement lié dans ce corsage raide et inflexible, a pour ainsi dire perdu la souplesse naturelle de ses membres, tout est guindé, artificiel dans ses mouvements; l'extérieur est de commande et sans aucune corrélation avec les sentiments intimes.

Il en résulte qu'on n'a le plus souvent affaire qu'à des acteurs, qui jouent leur rôle, mais ne dévoilent point leurs propres pensées.

Kien-mien, pou-hien-sin JL In ^ JL 'fr : "On voit le visage et jamais le cœur", dit le proverbe chinois. Cet art dramatique de la dissimulation s'est malheureusement introduit jusque dans les rangs du peuple: l'art de se composer est jugé comme le bon ton, tant il est vrai que l'exemple des hautes classes et le prestige des grands noms exercent une influence prépondérante sur la moralité des peuples.

1 /image de Tcheou-kong jp) £V, écrivant un formulaire de rites, est ordinairement dessinée au-dessous du caractère Li jj£, pour la composition des images de propagande.

Cette même méthode est usitée pour toutes les autres images populaires avant trait aux vertus confucéistes. Tout en haut de l'image un grand caractère artistique, avec encadrement, désigne la vertu, au-dessous une scène historique en montre la pratique. Une courte légende donne l'explication du tableau. Les images qui suivent sont la reproduction exacte des authentiques conservés à Siu-kia-hoei fâ % p. (1).

Exemple de civilité.

Tcheou Kong loi ^V compose le rituel.

Tcheou Kong ^ <£V fixa les rites à suivre à l'égard du Ciel, de la Terre, du souverain, des parents et des maîtres. Il détermina les règles pour les relations entre vieillards et jeunes gens, entre les fonctionnaires et le peuple, ainsi que le rituel pour les mariages.

Le respect du souverain, la loyauté des fonctionnaires, la clémence des parents, la piété des enfants, l'amitié des frères aînés, la déférence des frères cadets, l'union et la concorde des «'poux, la fidélité des amis; bref, les devoirs des hommes et des femmes, des vieillards et des jeunes gens, rien n'a été oublié.

Tcheou-hong J?i] {à était un des fils puînés de Wen-wang ^C 3Ei il se nommait Tan M . Son père lui donna à gouverner le fief comprenant l'est de ses états, avec le titre de duc de Tcheou,

en caractères chinois ne figurera que sur la première image, pour donner une idée du g autres sont la copie du tableau seul.

Fig. 171

(Justice) Pé I et Chou Ts'i se laissent mourir de faim

(Tcheou-kong Jf &). Il prit une part active à la guerre qui mit fin à la dynastie des In $, et plaça sur le trône impérial son frère aîné Fa |fr, qui prit le nom de Ou-wang gÇ £. A la mort de ce dernier il fut le régent de l'empire pendant la minorité de Tcli eng -wang j$ 3E.

Il reçut en partage la principauté de Lou #, la patrie de Confucius.

On attribue à Tcheou-kong JD &, en grande partie du moins, la composition du Li-hi H |E, livre des Rites; le Tcheou-li ffi jjf renferme aussi plusieurs de ses écrits.

2° / S|. La justice.

Sur la fin de la dynastie des In $£, le prince de Kou-tchou A tj" eut deux fils : Pé J fg ^ et CJiou Ts'i $ S- II nomma le second pour son successeur.

Chou-ts'i fy ^ refusa la couronne, alléguant les droits de son frère aîné; Pé I f [J ji| refusa à son tour, afin de ne pas agir contre la volonté de son défunt père. Finalement tous deux cédèrent leurs droits à la succession, et s'en allèrent habiter la montagne de Cheou-yang "ff* |ÎJ|.

Quand Ou-wang ^ 3E détrôna le tyran Tcheou $f, pour prendre sa place, ces deux sages serviteurs de la dynastie des In Jx l'exhortèrent inutilement à cesser les hostilités. On ne tint pas compte de leurs récriminations et la dynastie fut renversée. Pé / f Ê ^ et Chou Ts'i ■$ ^f préférèrent se laisser mourir de faim, plutôt que de manger les herbes de la montagne, qui appartenaient désormais à la dynastie des Tcheou j§, leurs vainqueurs.

Voici quelques détails historiques sur ces personnages.

Leur père eut d'abord pour nom de famille Mé-t'ai JH fin ', il dédoubla son nom de famille, le premier caractère devint son nom patronimique et le second son nom personnel. Son prénom était Tse-tchao ^ %%. Il était souverain de la principauté de Kou-tchou HL ft, fief que ses ancêtres tenaient de l'empereur Tch'eng-t'ang $ #.

Son fils aîné avait pour nom Yuen jt ou Yun -fc. Son

premier prénom était Kong-sin fè fë et son second prénom / >J±. Parce qu'il était l'aîné on le surnomma Pé / f£ ]A£. c'est-à-dire: "I rainé".

Le second fils s'appelait Tche i& ou Tche §, il avait deux prénoms Kong-yuen fè îst et Ts'i 3§ . Parce qu'il était le second frère, on l'appela Chou Ts'i M J|, qui signifie ''Ts'i le puîné (4).

3° Lien M- L'intégrité, le désintéressement.

Tch'en Tchong-tse ffi f+ -?, du royaume de Ts'i Jf, préféra habiter une vieille masure dans le village de Ou-ling ft W. plutôt que de prendre sa nourriture chez son frère aîné, qu'il soupçonnait de percevoir des impôts injustes. Il resta là trois jours sans manger; tombant d'inanition, ayant perdu l'usage de la vue et de l'ouïe, il se traîna péniblement au pied d'un prunier, planté sur le bord d'un puits, y trouva une prune moitié rongée par les vers, il en mangea à trois reprises, et l'usage des sens revint.

Mong-tse ^ ^ le donne comme un modèle d'intégrité.

Dans les ouvrages chinois, on trouve de fréquentes allusions à ce trait devenu comme un cliché littéraire.

4° Tch'e Sh. La pudeur.

a) YuenSe J& S était le subordonné de Confucius, au temps où ce dernier exerçait la charge de Grand Juge. Un jour, Confucius lui offrit 900 mesures de riz, Yuen Se JS S refusa le présent.— "Pourquoi refuser? lui dit Confucius, vous pourrez toujours les distribuer au peuple".

"En quoi consiste la pudeur, demanda un jour Hien-tse fa -J* à Confucius?" — "Quand l'administration du royaume est juste, on peut jouir des revenus qu'il accorde, mais il est de la délicatesse de s'en abstenir, si l'administration est corrompue".

Voilà une vertu qui, je le gage, n'est pratiquée par aucun

(1) Chang-yeou~lou.8ou-t8ii fî ft £fc fg Liv. 21. p. 11.

Hiao-tcheng-chang-yeou-lou fëS iE fef jfe 0fc« Liv. 20. p. 3.

Chensien-t'ong-kien jj$ f|li JS gg. Liv. 4. art. 6. p. 7.

(Intégrité) Tcheng Tchong-tse se traîne au pied d'un prunier.

Fig-. 173

(Pudeur) Yuen Se refuse les offres de Confucius.

lettré. La délicatesse est une noble fleur, qui ne germe point sur les fanges du paganisme.

b) Le cocher de Yen P'ing-tctiong 4| 2J> fijj, (Ministre du royaume de Ts'i H), passa un jour devant sa maison en conduisant le char de son maître. Sa femme à demi dissimulée derrière la porte aperçut son mari le fouet à la main, près du parasol d'honneur, il prenait de grands airs; elle eut honte de lui, et à son retour elle lui signifia son désir de le quitter. "Pourquoi, lui demanda son mari?" — "Yen P:ing-tchong g ^ ftjï est un petit homme de trois pieds de haut, et il est devenu ministre, on ne voit aucun signe de superbe dans tout son extérieur; toi, tu as sept pieds de haut, tu n'es qu'un cocher et tu fais le fier, j'ai honte de toi, mieux vaut nous séparer".— Le cocher rentra en lui-même et offrit sa démission au ministre. — Quand Yen P'ing-tchong J| ^ i$ en eut connu la cause, il loua fort la vertu de ces deux époux, et il obtint un emploi mandarinal pour son ancien cocher (1).

c) La plupart du temps il y a comme une certaine crainte de se compromettre mêlée à cette vertu confucéiste. C'est le "méfie-toi" du paysan normand.

Sous la dynastie des Han -$., Sou Koang ©ft Ht et son neveu Cheou 'jk étaient parvenus au faite des dignités à la cour. L'oncle tint à son neveu le langage suivant: "Qui sait se contenter évite les affronts, la défiance fait éviter les écueils, si nous ne donnons pas maintenant notre démission, peut-être nous nous en repentirons, mais trop tard". Leur démission fut offerte à l'empereur qui accéda à leurs désirs. Il leur offrit 150 livres d'or. A leur départ, tous les grands dignitaires de la cour leur firent un cortège imposant, plusieurs centaines de chars les accompagnèrent jusqu'au delà des portes de la capitale. Sur tout le parcours le peuple était massé et ne tarissait pas de louanges pour les deux ministres démissionnaires (2).

(1) Koang-je-ki-kou-che (Hia-kiuen) $ 0 fE #C <f (T =#) P- 41.

(2) Hiao-tcheng-chang-yeou-lou fâ JE fô £ # Liv- 2- P* 4'

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