‹ Recherches sur les superstitions en Chine (volume 4)Chapitre 74 sur 87 · LES QUATRE VERTUS CARDINALES: "SE I IÏÏ · texte numérisé non relu

LES QUATRE VERTUS CARDINALES: "SE I IÏÏ

1° Hiao ^. La piété filiale.

L'illustration est le plus souvent tirée d'un des 24 traits de piété filiale.

a) Fréquemment on raconte l'anecdote insérée dans la vie de Han Pé-yu $£ fÉ M* qui vivait sous la dynastie des Han $!.

Sa mère ne lui épargnait point les corrections chaque fois qu'il se rendait coupable d'une négligence ; toujours il les recevait sans murmurer.

Une fois pendant que sa mère le frappait, il éclata en sanglots; étonnée de cette circonstance inaccoutumée, elle lui en demanda la cause. "Je ne t'ai jamais vu pleurer précédemment lorsque je te frappais, pourquoi pleures-tu aujourd'hui?" — "Autrefois lorsque vous me frappiez j'éprouvais une vive douleur, aujourd'hui vous ne m'avez pas fait mal. c'est une preuve que vos forces diminuent: voilà ce qui me contriste" (1).

b) Un tableau classique encore très employé pour l'illustration de cette vertu, est celui qui représente Tseng -tse § ^ allant s'informer de la santé de son père.

Tseng-tse -ff" -?, disciple de Confucius, déjà nommé ci-dessus, servait tous les jours de la viande et du vin à ses vieux parents, et allait s'informer de leur santé trois fois par jour. Une autre légende ajoute même que chaque nuit, il allait quatre fois prendre des nouvelles de leur état, puis le jour venu, il prenait lui-même son sommeil. C'est un cliché fréquemment répété à la louange d'illustres lettrés, qu'on donne comme des imitateurs parfaits de Wen-wang , C'est à Wen-wang en effet qu'on prête cette triple visite journalière à son père (2).

(1) Koang-je-ki-kou-che (lïia-kiuen) fâ 0 ffc #ç ^ (T #) p. 5-

(2) Cheng-yu-siang-kiai T.iv. t. image p. 3. texte p. 13.

Fier. 174

Lieou King retrouve son père.

Fig. 175

(Déférence pour le frère aîné) Kong Yong choisit la plus petite poire

c) L'image du jeune Lieou King flj H retrouvant son père, n'est pas moins populaire, c'est elle qui est insérée ici.

Lieou King glj H habitait Chan-ing \\\ f$ au Tché-kiang $f ft. Sous le règne de Eong-ou #t j|Ç, 1368-1399 ap. J. C, son père fut envoyé en exil au Jun-nan f| pg" ; l'oncle et le frère aîné de Lieou King §lj f§ moururent; cet enfant n'avait encore que 6 ans, il demandait naïvement où se trouvait le Yun-nan f| ^ ? — "Vers le S. O., lui répondait-on". — Alors on le voyait soir et matin se tourner vers le S. O., et se prosterner pour saluer son père absent. A 14 ans, il partit pour cette province lointaine, où il arriva après 6 mois de voyage. Il trouva son père bien souffrant, et s'offrit à l'officier chargé de le surveiller, pour demeurer en exil à sa place.

"La règle veut que le fils ait 16 ans accomplis, pour qu'il soit admis à prendre la place de son père, reprit l'officier, je ne puis donc accepter votre proposition". Lieou King |flj f|| retourna au Tché-kiang $Jf {£ , vendit une partie de ses biens, puis revint avec son cousin. Ce dernier s'offrit à rester à la place du vieillard, alors Lieou King §lj fï reprit le chemin du Tché-kiang $ft £L, ramenant son vieux père.

Lieou King #J H et tous ses descendants devinrent des lettrés remarquables, et dans tout le pays on s'accordait à dire que le Ciel avait béni son acte de piété filiale, en répandant tous ces bienfaits sur sa descendance (1).

2° Ti %. La déférence du frère cadet pour son aine.

Sous les "Han" d'Orient, Long Ban % gt, K'ong Yong Jl §& dès l'âge de 4 ans, se rendit célèbre par sa déférence pour son frère aîné. Un jour que son père avait distribué plusieurs poires à ses enfants, pour qu'ils se les partageassent, K'ong Yong ^L M prit une petite poire et laissa la plus grosse à son aîné.

Le père lui en demanda la raison.

"Je suis le plus petit, répondit K'ong Yong ?L MU!, je mangerai

(1) Ming-che-che-lio m & & #■ Liv- 14> P 62"

une petite poire, mon aîné est plus grand il mangera la plus grosse: n'est-ce pas juste?"

Ce trait a servi de thème aux graveurs et aux peintres, nous donnons ci-contre la reproduction d'un tableau suspendu dans les écoles, pour servir d'exemple aux jeunes étudiants.

Il n'est pas rare de trouver Tcheou-kong ^ ^ proposé comme modèle de cette vertu, parce qu'il passe pour avoir offert sa vie pour sauver son frère aîné Fa ?£, le fondateur des Tcheou fâ.

L'histoire raconte ainsi la découverte de ce trait de charité fraternelle. Tcheou-kong J^ & avait été accusé de trahison auprès de l'empereur Tch{ eng-wang /& 3E, il crut prudent de quitter la cour, en attendant l'heure de sa justification.

Après une grande sécheresse, l'empereur ouvrit une armoire aux archives, et y trouva le fameux livre, où était consigné le sacrifice de sa vie que Tchcou-hong fâ fè avait fait, pour obtenir la guérison de son frère Ou-wang ]j£ 3£.

L'empereur, certain de l'innocence de son oncle, alla le chercher en grande pompe, et le ramena à la cour.

3° Tchong ,&. La fidélité. La loyauté.

C'est la vertu du fonctionnaire à l'égard de son souverain, du ministre envers son empereur. Le tableau stéréotype est celui qui nous rappelle l'exemple donné par Tse-wen -f- "&.

Tse-wen ^ ^C fut trois fois premier ministre du royaume de Tch'ou $&, il ne s'en était point réjoui ; trois fois il fut destitué, et il ne s'en attrista pas. Son successeur venu, il le mettait au courant des affaires pendantes. Confucius lui décerne l'éloge de Ministre loyal.

Autre exemple. — Wang Chou j£ 15§> originaire de Tcheou-i jS §1, dans le royaume de Ts'i ^, était à la cour de Ming-wang :M ï 313 av- J« C. Inutilement il exhorta ce prince à changer de conduite, il ne fut point écouté, et il retourna cultiver ses terres dans son pays natal.

Peu après son départ éclata la guerre entre le royaume de Yen jjfêâ et le royaume de Ts'i fë. Yo I |j| jjfc, généralissime du

Fig. 176

(Loyauté) Wang- Chou refuse de passer au service du prince de Yen, et se pend.

K.i Tcha suspend son épée aux branches d'un arbre près du tombeau de son ami Sw

prince de Yen §($, fit arrêter son armée à 30 lis de Tcheou-i H g, et envoya des présents à Wang Chou £ jgj, pour le prier de passer à son service.

Wang Chou 3E *B remercia et refusa la proposition. "Un ministre de cœur ne peut pas servir deux maîtres. Le royaume de Ts'i S va être détruit, le prince va mourir, comment aurais-je le triste courage d'aider un ennemi à accomplir cette triste besogne. Mieux vaut mille fois la mort". Il se pendit.

Y<> I ^ Wt composa l'oraison funèbre de Wang Chou 3£ 48 et alla le saluer sur sa tombe (1).

4° Sin >H§ . La sincérité.

L'exemple de Yen Ing J^ H est cité pour montrer en quoi consiste cette qualité du vrai confucéiste. Yen Ing 4| 4g, appelé plus souvent Yen P'ing-tchong g ^ ft, ministre du royaume de Ts'i H, se fit une réputation pour sa bienveillance à l'égard de ses amis ; bon ou méchant, personne ne concevait un soupçon sur sa sincérité; par ce moyen, il en ramena un grand nombre dans le devoir: c'est ce qui lui valut les éloges de Confucius.

N'empêche que ce fut ce même Yen Ing § H, ancien maître de Confucius, qui fit au duc de Ts'i S un portrait si désavantageux de son ancien élève, sans doute que sur la fin de ses jours il n'était plus de ses amis! (2)

Du reste, l'éloge qu'en avait fait Confucius avait précédé cet épisode.

La sincérité est un grand mot qu'on trouve sans cesse dans les écrits des lettrés, mais la vertu elle-même est une plante rare.

Le tableau représente l'acte de sincérité du "saint" lettré Ki-Tcha ^ ft, 3e fils de Cheou-mong # ^, roi de Ou J&, 585- 560 av. J.C.

Ki-Tcfia ^ ^L envoyé comme ambassadeur dans le nord, passa devant la demeure d'un de ses amis, nommé Siu #; celui-ci

(1) Hiao-tcheng-chang-yeou-lou j& jE -fpf % £&•

(2) Cf. Vie illustrée de Confucius.

Liv. 9. p. 1.

admira son épée, chef d'oeuvre d'art. Ki-Tcha ^ ^L devina sans peine qu'il désirait la posséder, mais pour remplir sa mission, il ne pouvait se défaire de cet insigne de sa dignité. Il se promit de la lui donner à son retour. Hélas ! quand il revint, son ami était descendu dans la tombe. Ki-Tcha 2fs ^L se rendit près de son tombeau, et suspendit sa précieuse épée aux branches de l'arbre voisin. "Pourquoi laisser ici cette arme artistique, lui dirent ses suivants, votre ami est mort, il n'en a plus besoin?" — "Une promesse est une promesse, répondit Ki-Tcha ^ fa, à mon passage je me suis promis de la lui donner, lui n'est plus, mais ma promesse reste" (1;.

L'image est la reproduction du motif décoratif d'un grand vase à fleurs.

§ III L£7§ CINQ UNI VERSAUX: "OU-TCH'ANG fi. Ifî" . V Jeu fc. L'humanitc.

a) Parmi les traits d'humanité que les lettrés aiment à vanter, vient l'exemple de douceur donné par Kiang Tse-ya j| ï1 5f . L'empereur Ou wanç, fâ j£, irrité des objurgations fastidieuses de Pé-i i(\ >)k et de Chou-ts'i H 5§, qui le suppliaient de ne pas renverser la dynastie des In j)x, voulait les faire mettre à mort. Kiang Tse-ya >£ -f £f' lui représenta que ces deux hommes étaient des sages, et des serviteurs loyaux de la dynastie régnante, qu'il devait en conséquence leur pardonner la liberté de langage, peutêtre excessive, que leur patriotisme venait de leur inspirer. Ouwang "^Ç 3E leur fit grâce de la vie.

b) Fou Pi S 3Bi bonanais, mandarin de Ts'ing-tclwou "jlf jjfl au Chan-tong \[\ jfc. se signala pendant une formidable inondation, qui renversa une partie des habitations, et détruisit toutes les moissons. Il recueillit tous les pauvres inondés, fît des collectes et put leur distribuer 750. 000 boisseaux de céréales, sans compter

(1) Kong-je-hi-kou-che (Bia-kiuen) # 0 |E #c 'Jf. (T #) p. 18.

Fig. 178

(Humanité) Siao \ao-king: exhorte a ne pas tuer les oiseaux,

Fig\ 179

(Prudence) La mère de Mong-tse change de voisinage.

toutes les provisions du grenier de réserve. Jl leur fit construire vingt ou trente mille cabanes, où ils purent trouver un abri jusqu'à la fin du fléau. L'empereur Song Jen-tsong % fc <£, 1023-1064 ap. J.C., fut informé de sa belle conduite, et le nomma premier assistant du Ministère des Rites.

Fou Pi g $g mourut à 80 ans. Son titre posthume est "Wen-tchong # J&". Sa tablette fut placée dans le temple de Tchong-tsong 4» ^ (1). Il ne faut pas croire que pareil dévouement est chose commune, les mandarins cupides profitent ordinairement des calamités publiques, pour voler une partie des aumônes reçues.

c) Un des sujets fréquemment représentés sur les images, est l'anecdote de Siao Yao-hing Jf ^ /jfc, qui exhorte son frère aîné à ne pas tuer les oiseaux, à coups de flèche.

2° / jj. La justice.

3° Li jjjjï. La civilité.

Ces deux vertus sont aussi comptées parmi les 4 vertus sociales: Se-XVei 03 $1, et ont été placées plus haut.

4° Tche ^. La prudence.

Le type de la prudence pour l'éducation des enfants est la conduite de la mère de Mong-tse ÎË ^.

Mong-tse j^ ïP, appelé Mong Klo JS $pf et surnommé Tse-yu ^- JE, eut pour mère une nommée Tchang fft. Cette sage éducatrice de l'enfance changea trois fois de voisinage, parce que son fils courait risque d'être mal influencé par ce milieu moins distingué. Finalement elle transporta sa demeure de la principauté de Tcheou J§| dans celle de Lou ||, et vint habiter près du temple des lettrés. Le petit Mong-tse JËL ^ apprit là les quatre vertus d'humanité, de justice, de prudence et de sincérité, et devint un sage.

(1) Koang-je-ki-kou-che (Hia-kiuen) ^ B f E #C V (T #) p. 19.

5° 5m ^. La sincérité.

Cette vertu fait partie des 4 vertus cardinales, précédemment énumérées.

§ IV LES CINQ RELATIONS: "OU-LUEN \i. fiiit

On les nomme encore Jen-luen A fwf , les relations sociales :

1° Kiun-tch'en %j gî> — relations entre le souverain et ses ministres: gravité du souverain, et fidélité du ministre.

2° Fou-tse 3C :f, — relations entre le père et le /ils: l'indulgence du père et la piété filiale du fils.

3° Fou- fou ^ j|§, — relations entre les époux: obéissance et soumission de la femme.

4° Hiong-ti % %, — relations entre frères: amitié de l'aîné, et déférence du cadet.

5° Pong-yeou j])j 7x, — relations entre amis: sincérité.

Après cette trouvaille, il ne manque plus rien au bonheur de la Chine, c'est d'emblée le peuple le plus civilisé du monde, et tout lettré compatit au malheur du reste des hommes, privés de la connaissance des cinq relations. Jusqu'à ces derniers temps, telle avait été la vraie pensée de toute la classe dirigeante.

De siècle en siècle on afficha toujours la même image, représentant toutes les classes d'hommes ci-dessus indiquées.

L'empereur Yao §j| est assis sur son trône, à sa gauche se tient un de ses ministres. A côté on voit le futur empereur Choen S et son frère Siang ^. Le sujet à gauche représente Kouo Tse-i Ift ""? HS> conduisant son jeune fils au palais "Kouo Tse-i changtch'ao -fP ~p jJÉ h '!*)]• Une femme et son mari apparaissent par la fenêtre ouverte. Ces peintures symbolisent toute la théorie, et la mettent à la portée des gens du peuple: c'est uu nouvel Eden, dessiné pour consoler de la perte du premier. Aussi dès que la conversation s'engage sur ce sujet, les lettrés triomphent. Leur vanité, l'estime qu'ils ont d'eux-mêmes, leur mépris pour les autres

Fig. 180

Les cinq relations sociales.

nations transpirent malgré eux au travers de leur feinte modestie, malgré même les termes polis, dont ils affectent de se servir, pour mieux dissimuler leur venin.

Un des plus sérieux obstacles au progrès de la Chine a été jusqu'ici l'orgueil incroyable des vieux lettrés chinois. Cet orgueil a été comme la force rétrograde qui a enchaîné l'essort de la nation.

Le vieux lettré chinois, par son orgueil insensé, brise en luimême le ressort de tout progrès. Il n'y a qu'une chose qui progresse en lui, tous les jours, c'est l'admiration, l'adulation de lui-même. Il dédaigne ce qui est hors de lui; ce qui est plus haut que lui, il le nie, ou s'il ne peut le nier, il le jalouse, il le calomnie, il le hait et fait tous ses efforts pour le détruire. Renfermé en lui-même, il admire sa propre excellence; il s'arrête en contemplation béate, en adoration, devant sa propre idole. A force de se croire parfait, il a perdu jusqu'à l'ambition de se perfectionner et de devenir meilleur.

Que lui manque-t-il, en effet, à ce suffisant? 11 manie le pinceau avec habileté, il sait de mémoire tous les textes des anciens auteurs, et peut, à l'occasion, y faire une fine allusion, qui fera valoir l'étendue de son érudition littéraire, il tient en réserve des phrases stéréotypées, des formules de convention, pour toutes les circonstances de la vie: bref, il se croit plein de science, comment chercherait-il encore à se remplir? Je n'ai plus rien à désirer, dit-il, en se contemplant avec complaisance, je suis le lettré parfait, le lettré type dans le monde; et il se prend de pitié pour les pauvres savants étrangers, qui n'auront jamais l'avantage de goûter comme lui, le nectar de la littérature chinoise, la seule au monde, qui soit digne de ce nom.

Cet orgueil a été longtemps une des forces antipathiques au progrès, et ces hommes néfastes, en s'immobilisant devant leur prétendue perfection, ont immobilisé la marche progressive de leur pays.

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