‹ Recherches sur les superstitions en Chine (volume 4)Chapitre 75 sur 87 · S V INFILTRATION DES IDÉES BOUDDHIQUES · texte numérisé non relu

S V INFILTRATION DES IDÉES BOUDDHIQUES

En examinant en détail les diverses séries de tableaux, destinés à propager les doctrines confucéistes, nous trouvons de curieux échantillons, qui attestent l'infiltration des théories bouddhiques dans les concepts des lettrés relativement à leurs vertus classiques, et tout spécialement par rapport à la vertu d'humanité: Jcn fz. Personne n'ignore que les bouddhistes font surtout consister l'humanité, la douceur, à ne tuer aucun être vivant, et à enfouir les vieux os, les dépouilles des animaux ou des oiseaux, après leur mort. Ils promettent comme récompenses, de nombreux mérites dans l'autre vie, la fortune et les dignités dans la vie présente. Aussi des lettrés se sont distingués dans cette vertu, attirés sans doute par cette dernière promesse, plus encore que par la première.

1er Trait.

Song Kiao ^ Xft reçu premier académicien pour avoir sauve' des fourmis.

Sous le règne de Song Jen-tsong t£ fc ^, 1023-1064 ap. J-C, vivaient à Ling-k'ieou S If. deux frères Song % : l'aîné Song Kiao t£ xl$ ayant pour prénom Kong-siu fè Pf:, le second Song KT'i ^ f|) avec prénom Tse-hing ^ M.

Un bonze indien rencontra ces deux jeunes gens, et se lia d'amitié avec eux, il les appelait familièrement: Grand Song ^ et Petit Song ^.

"Petit Song ^, dit-il un jour, sera certainement premier académicien, Grand Song ^ son frère aîné, aura aussi des succès littéraires, mais de moindre importance".

Dix ans et plus se passèrent, les deux frères se présentaient aux examens pour l'académie; leurs compositions faites, ils rentrèrent dans l'hôtellerie où ils prenaient leur logement dans la capitale. A leur grand étonnement, ils y retrouvèrent le vieux

"Ta Song" construit un pont pour les fourmis. (Infiltration des idées bouddhiques).

bonze indien. Celui-ci, après un moment de surprise, saisit le bras de Song l'aîné, et lui dit: "Mais que vois-je ? votre visage s'est totalement transformé, depuis notre dernière entrevue, il semblerait que vous avez sauvé des milliers de vies"! — Song Kiao % $P l'interrompt et dit: "Je suis un pauvre lettré, mes ressources sont fort limitées, comment aurais-je bien sauvé tant de vies humaines?" — "Il ne s'agit pas de vies humaines, répliqua le bonze, sauver un insecte, un petit être animé, c'est sauver une vie. Examinez donc bien vos actions passées, et vous trouverez certainement la preuve de ce que je viens de vous dire." — "En reportant mon souvenir sur le passé, je ne me souviens que d'un seul fait. Un jour, après une pluie d'orage, une fourmilière proche de ma maison fut envahie par l'eau, les pauvres fourmis par milliers se démenaient sans trouver d'issue pour sortir de leur îlot; alors jeipris un bambou, je m'amusai à l'ajuster en guise de pont, pour favoriser l'exode des pauvres inondées: voilà tout". — "C'est bien là ce qui vous vaudra l'honneur d'être reçu premier aux examens que vous venez de subir". Ceci dit, le bonze s'en alla.

Les deux frères se prirent à rire de ses ridicules prédictions. "Déjà il a prophétisé que l'un de nous figurerait premier sur la liste des académiciens, aujourd'hui il y met le second; a-t-on jamais ouï dire qu'il y eut deux premiers à une promotion pour l'académie" ?

Le lendemain parut la liste des nouveaux académiens : Petit Song % était le premier et Grand Song % le dixième. L'impératrice, en examinant les noms des nouveaux reçus, objecta qu'il ne convenait point de mettre le nom du cadet avant celui de son aîné, et de sa propre autorité elle fit placer Grand Song %. premier sur la liste, et Petit Song * dixième. Finalement ce fut le bonze qui eut raison (1).

2 e Trait,

A cet exemple je crois intéressant d'ajouter la légende orale que les candidats aux examens se passent de père en fils. Un

(1) Koang-je-ki-kou-che (Hia-kiuen) M 0 §E #C ¥

candidat, en se rendant aux examens pour les grades académiques, vit une petite fourmi au milieu de la route, il évita de l'écraser sous son pied; un peu plus loin, s'étant reposé sur le bord d'un fossé plein d'eau, il aperçut une autre fourmi qui allait se noyer, il la retira de l'eau. Notre lettré en écrivant sa composition littéraire eut précisément à écrire le caractère Ma ,^, cheval. Par distraction, il oublia un point, il n'en écrivit que trois au lieu de quatre (1). Les compositions furent remises à l'examinateur. Ce dernier en lisant la copie du lettré arriva au Caractère fautif; une fourmi était venue se placer tout juste à l'endroit où le point manquait, et grâce à la fourmi il fut admis.

3e Trait.

Yang Pao j§j '$ sauve la rie à un geai.

Yang Pao i§j 'jï vécut sous les Heou flan fj? §|, il était de Hoa-ing Ijjl |^. A sept ans il aperçut un jour un geai blessé par un vautour, et tombé mourant au pied d'un arbre. Déjà toute une caravane de fourmis et d'insectes entouraient la pauvre victime, et se disposaient à se partager ses dépouilles.

L'enfant prit le geai, l'emporta, le soigna de son mieux et le mit dans une cage: au bout de cent jours il était guéri, et aussi complètement apprivoisé. Le matin, il sortait de sa cage, et y rentrait chaque soir. Un beau jour il se changea en un bel enfant aux habits jaunes, et fit présent à son libérateur de quatre bracelets du jade le plus pur.

"Cache-les précieusement dans ta chambre, lui dit-il, tes descendants pendant quatre générations seront tous de grands mandarins, et leur réputation égalera la pureté de ces'fquatre bracelets" (2).

Cette bonne œuvre bouddhique trouve de nos jours encore de fervents bienfaiteurs. De riches lettrés donnent volontiers des

(1) Ces quatres points, comme on peut le voir, se trouvent alignés horizontalement à la partie inférieure du caractère.

. (2) Koang-je-hi-kou-chc (Hia-kiuen) $ 0 ffi £fc ff (T #) p. 29.

sommes considérables, pour la "société protectrice des animaux". Dans des locaux appropriés, sont nourris des vieux chevaux, des vieux bœufs, des chèvres etc.. Dans les jardins du temple de Confucius, .il n'est pas rare de trouver des viviers où sont nourris de très gros poissons, des tortues... et les lettrés aiment à y jeter de temps en temps quelques nouveaux sujets, pour s'attirer les chances de la fortune et des mérites pour une autre vie (Ing-k'ong FÉ $J)> ce qui est une contradiction pratique avec leurs théories. Mais ce sont les plus inconséquents des hommes, comme nous pourrons en juger mieux encore par l'étude des points capitaux, qu'ils aiment à traiter dans leurs commentaires moraux, destinés à éduquer le peuple. Là, nous trouvons l'homme de la triplice, prêchant les trois religions avec le même enthousiasme, sans même s'en douter, tellement ces idées sont devenues familières.

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