COMPTE KENDU DU SECOND LIVRE
1° L'observation des lois.
Tous les détails de la vie sociale sont l'objet de lois spéciales, que tous doivent observer, sous peine de châtiments. Il y a tout avantage à les bien observer, et les hommes du vulgaire qui ne sont pas accessibles aux sentiments très élevés, doivent du moins s'y plier par crainte des peines.
Exemple.
Wang Tche-luen 3: £ $&, grand mandarin sous les Ming 0Êj, écrivait fréquemment à ses enfants pour les exhorter à l'observation stricte des lois de leur pays : soin exact de payer le tribut; procédés équitables pour percevoir les revenus de leurs terres; patience pour éviter les disputes et les rixes; fuite des chicanes et des affaires litigieuses. Souvenez-vous toujours que les lois sont redoutables. Grâce à cette observation des lois, cette famille se fit une haute réputation de probité, et le mandarin local envoya une inscription louangeuse pour les féliciter de leur noble conduite. Leur exemple produit le plus heureux effet sur les habitants du voisinage.
2° Le respect des maîtres qui enseignent les lettres.
Ce respect leur est dû parce qu'ils ont la science des lettres, et que leurs idées plus élevées en font comme des modèles à imiter.
Beaucoup, de nos temps, traitent les maîtres d'école comme de vulgaires employés, ou même comme de simples artisans, qui font de leur profession un gagne-pain; cette manière de faire est fort regrettable. Ces gens-là n'estiment point les lettres à leur juste valeur.
Exemple.
Han T'ien-sieou # H %, du Kiang-si fr H, traitait le précepteur de ses enfants avec beaucoup d'égards; à son arrivée, il
lui offrait de magnifiques présents, lui avançait trois mois d'honoraires, sans compter d'autres cadeaux en habits et menus objets. A son départ, il lui remettait en main trois mois de solde, pour lui permettre de vivre honorablement chez lui pendant les vacances. Les deux fils de Ban T'ien-sieou $£ H ^j réussirent aux examens pour les grades académiques.
3° La sincérité dans l'amitié et dans les relations entre amis.
La sincérité entre amis est une des cinq relations sociales. Dès que le jeune homme fréquente les écoles, il se trouve en rapports avec ses condisciples, les liens de l'amitié se nouent, et plus tard, à mesure qu'il avance dans la vie, le nombre de ses amis augmente.
Entre amis, la vertu indispensable, c'est la sincérité; abstraction faite de la pauvreté ou de la richesse, à la vie et à la mort, éloignés ou rapprochés, les amis doivent se prêter mutuelle assistance.
Exemple.
a) Tchou Hoei ^ Ui(î de Xan-i/ang-wan ]fj % '^/, se lia d'amitié avec Tchang K'an fM %&, pendant la période de leurs études. Tchang K'an ?fi j^ se maria et devint mandarin, mais il mourut jeune, et laissa son épouse dans la gène. Tchou Hoei fc If'Ji se ressouvint de son ancienne amitié avec lui: il alla trouver son épouse, lui procura une habitation, des vivres, des vêtements.
Son fils s'étonnait de tant de prévenances. Tchou Hoei %< ll'ji lui apprit, qu'autrefois son ami lui avait recommandé son épouse, au cas où il mourrait prématurément. Il importe avant tout de garder la sincérité dans l'amitié.
h) Kao Yu-t'ing "jfj 31 <7~\ du temps des Min g §^, recevait et hébergeait tous ses amis dans son tribunal, chaque fois qu'ils se présentaient.
Son épouse indignée les traitait de quémandeurs. Kao Yut'ing ~0i 3£ <¥ se contentait de répondre qu'il agissait ainsi dans le but d'acquérir des mérites Tn-kong [£ S)) (mérites cachés).
Fig. 186
Le Tcheng-hoang fait chasser Wang Yao hors de sa pagode.
Comme récompense ses - descendants furent tous mandarins, et lui-même vécut jusqu'à l'âge de 80 ans.
4° La concorde entre voisins.
Douze mille cinq cents familles forment une circonscription, cinq familles composent un voisinage. Dans une même contrée, la concorde doit régner entre voisins, les riches doivent aider les pauvres, les puissants doivent prêter secours aux faibles. Si les favorisés de la fortune méprisent les petits, la haine et les inimitiés ne tardent pas à naître. Bref, dans le voisinage, la concorde est le premier des biens.
Exemple.
Tch'en Siu-tch'ang p$ $f ji, du Fou-kien jjfg £|, riche et sans enfant, faisait d'abondantes aumônes à tous les pauvres du voisinage, dès qu'il survenait une année de disette. Il gagna si bien l'affection de tous les gens du pays, qu'ils unirent leurs prières pour demander un fils pour leur bienfaiteur. Leurs vœux furent exaucés, Siu-tch'ang ffê U eut un fils qui fut admis au grade d'académicien.
5° Devoirs entre époux.
Les époux doivent vivre dans l'union et la concorde, éviter de se disputer. La femme doit être soumise à son mari, dévouée au service de ses beaux-parents, et ne rien faire sans avoir préalablement averti son mari, de plus elle doit éviter les disputes avec ses voisins.
Quand les deux, époux ont atteint l'âge de 45 ans, si aucun enfant mâle n'est né de cette union, le mari doit alors prendre une concubine : voilà la loi '1).
Ou-tse. pou-k'o-ou-ts'ié M "? ^ "^ M %■ Pas d'enfant mâle, il faut prendre une concubine à tout prix. C'est un devoir, parce que la famille serait éteinte. Par contre, lorsque le mari a déjà
(1) Le nouveau code républicain laisse la liberté de prendre une concubine ou non.
beaucoup d'enfants, il paraît inutile d'avoir un grand nombre de concubines.
Exemple.
Wei Tchao $? «â\ mandarin de Yo-tcheou -g- M, au Hou-nan $JJ ffr, prit une première épouse née Siu fâ, qui ne lui donna point d'enfant mâle. 1! prit une seconde femme, mais la première rendait à celle-ci la vie très pénible. Elle alla même jusqu'à dissimuler dans les aliments un remède violent destiné à procurer Tavortement ; la concubine en mourut, [.a punition ne se fit pas attendre, quelques mois après elle-même était mourante. Dans son agonie, tantôt elle prenait la voix d'un tout petit enfant, tantôt elle avait exactement le timbre de voix de la femme qu'elle avait empoisonnée (1). Personne ne douta que ce lut une punition de son double crime.
6° L'éducation des enfants.
Les enfants sont les continuateurs de la famille, aussi importet-il souverainement de les bien éduquer, pour qu'ils puissent être de dignes représentants des traditions familiales.
S'ils deviennent méchants, la famille est déshonorée. On doit leur apprendre l'amour du bien, la haine du mal, et veiller à ce qu'ils n'entrent point dans la compagnie d'amis pervers. Ils devront s'adonner à l'étude, afin de devenir des lettrés distingués, et se former à l'exemple des anciens sages. De cette façon, s'ils sont pauvres, ils auront encore la ressource d'arriver à être des hommes de lettres distingués, et s'ils sont riches, ils pourront parvenir aux plus hautes fonctions de l'Etat.
a Wang Yao j£ $6, de Tchouo-hiun jfc fîft, aimait éperdùment ses deux fils; il leur laissa toute liberté et ils devinrent des hommes sans conduite. Ne sachant plus que faire, il fut obligé de les livrer lui-même au mandarin. Ils furent jetés en prison et
(1) L'âme de l'enfant, l 'à me de la femme empoisonnée venaient la tourmenter pour se venger.
moururent. Wang Yao 3E M mourut à son tour. Le malin du Ts'ing-ming gf ^ (4), après ses obsèques, un tao-che nommé Lieou Tsin flj |j§, gardien de la pagode du Tch'eng-hoang j$ |féj, entendit du vacarme dans la grande salle devant l'autel du dieu; il regarda par sa fenêtre, et vit Wang Yao £ ï&, tenant en main un libelle d'accusation, qu'il présentait au Tch'eng-hoang 1$, [g, pour se plaindre de n'avoir personne qui lui offrit des sacrifices en ce jour des morts. Le Tch'eng-hoang J$ [^4 lui dit: "Tu as mal éduqué tes deux fils, tu les as perdus, de quoi viens-tu encore te plaindre? Retire-toi". Quelques diablotins, satellites du dieu, le chassèrent de la pagode.
b) Un brigand arrivé au lieu de l'exécution capitale vit sa mère qui lui apportait quelques friandises; au moment où elle les lui donna, le condamné lui mordit l'épaule avec fureur, puis dit à la foule qui l'entourait: "Voilà celle qui est la cause de mon malheur; quand j'étais jeune, je commençai par voler des aiguilles, de la paille et autres menus objets, ma mère se montrait plutôt contente et m'encourageait par sa manière de faire. Aujourd'hui on va me trancher la tête, c'est elle qui m'a perdu".
7° Il est très profitable d'exhorter les gens au bien par de bonnes paroles, et de charitables discours.
L'aumône d'une bonne parole est une bonne action ; par exemple: apaiser les disputes; exhorter les hommes à la vertu; leur persuader de fuir le vice et tout spécialement l'impureté; ne jamais parler de leurs fautes secrètes; les reprendre avec mesure quand ils s'écartent de leurs devoirs ; réconcilier des ennemis etc..
Exemples.
a) Yuen Tai-hien t#f voulait retourner dans son pays natal au Tché-h'iang }Jf il. mais il n'avait pas de viatique; un préfet de Koang-tong « *, nommé Li <£, le rapatria charitablement et l'exhorta à faire des bonnes œuvres. "Comment pourrais-je
(1) Fête du calendrier chinois (en Avril.); ce jour-là les païens font des offrandes aux morts, et réparent les tumulus dans les cimetières.
bien faire des bonnes œuvres, reprit l'ai -bien f£ 58, je n'ai pas un sol vaillant". — "Il n'y a pas que l'aumône pécuniaire qui mérite le nom de bonne œuvre, reprit son bienfaiteur, vous savez parler, exhortez les gens au bien, c'est un genre de bonnes œuvres qui a aussi sa valeur". — Tai-hien f.'j-îR suivit ce conseil, et il devint fort riche: en creusant la terre il trouva un trésor.
b) Ou Wen-ing % ~% JE, qui vivait sous les Ming HJj, aimait à exciter les gens au bien par ses discours et ses entretiens. On se moquait de lui. "Quel avantage ave/vous à toujours exhorter les gens?" Ln jour il alla trouver un bonze et lui demanda si vraiment il y avait du profit pour lui à continuer ce genre de vie? Le bonze lui répondit: "Si vous exhortez un homme au bien, tous deux vous avez une part égale de bonheur, si vous en exhortez neuf, tous dix vous partagez le bonheur".
8° Les mérites (Ing-kong |£ x)f .
Dire une bonne parole, faire du bien à quelqu'un ; tout cela c'est mériter. En définitive toute bonne action faite à autrui, quand même on n'y penserait plus, quand même on l'oublierait totalement, constitue un mérite caché, îng-hong f« tf).
Si ce mérite est grand, toutes les générations futures en bénéficieront; s'il est de moindre importance, il peut quand même être avantageux pour les animaux, les oiseaux, les plantes et autres êtres constituant les derniers échelons de l'existence. L'efficacité des mérites est immense; l'important est de savoir les amasser et les accumuler.
Deux conditions concourent à les multiplier, une haute position sociale et une fortune considérable. Mais quand même on ne jouirait pas de ces deux avantages qui favorisent grandement la facilité de faire du bien à l'humanité, on peut cependant acquérir et accumuler des mérites par ses paroles, par ses actions, si on a pour but de faire le bien. Quand même on oublierait ensuite, tout cela reste mérite caché.
Exemples.
a) Le maréchal Ts'ao Ping |jf %, généralissime des Song
Fig. 187
Le bonze Yuen-liao-fan apparaît en songe à Tchao Soei.
*, prit Ja ville de Soei-tcheou JM <)]]. Ses officiers subalternes voulaient raser la ville et passer tous ses habitants au fil de l'épée ; Ts'ao Ping ff ^ s'y opposa.
De plus il tira de leurs mains toutes les femmes et les jeunes filles qu'ils avaient prises, s'informa de leurs familles et les fit rentrer dans leurs foyers. Pendant qu'il assiégeait Nan-king jfr S, il fit venir tous ses officiers, puis alluma de l'encens et les fit jurer qu'après la prise de la ville, ils ne trancheraient pas une vie humaine. Par sa fermeté il sauva un nombre incalculable de gens. Ses trois fils aînés Wei J$, Ts'ong 1%, Ts'an |g. furent tous généraux, et son quatrième fils reçut le titre honorifique de roi.
b) Un jeune bachelier de 46 ans, nommé Tchao Soci jfijB» de Ta-hing jz |&, avait une taie sur l'œil gauche. Il consulta un médecin, qui lui déclara que dans 15 ans son œil droit se recouvrirait d'une taie semblable et qu'il deviendrait aveugle; enfin, pour comble, un esprit lui apparut et l'avertit qu'il mourrait à 40 ans. Le jeune homme fut fort attristé de toutes ces funestes prédictions. Il continua quand même ses études littéraires. L'année Koei-mao ^ JJfJ, du règne de K'ang-hi Jf| ]?£, 1663 ap. J.C, une jeune fille du voisinage vint le solliciter au mal ; il chassa cette impertinente et changea d'habitation. Cette même année il fut reçu docteur, puis nommé chef des lettrés de Pao-ting-fou ffi % M- Tous les jours il récitait le Kan-ing-p'ien )£ M M, traité de la "récompense et des peines"; il recommandait aussi à ses enfants d'amasser des mérites. — "Ne craignez point, leur disait-il, de comparaître devant Yen-wang |S 3: (1), craignez seulement de paraître les mains vides devant son tribunal, et de n'avoir pas un mot d'excuse à alléguer". — Un jour, le bonze Yuen Liao-fan $ 7 Ji (2) lui apparut et lui dit: "Votre corps se fortifie, continuez à réciter le Kan-ing-p'ien j$ B Sf, vous en serez récompensé". —"Mon œil gauche est déjà perdu, repartit le lettré, j'ai bien peur de tomber tout à fait aveugle". — "Soyez sans crainte, si votre
(1) Le roi des enfers.
(2) Il y a aussi un lettré célèbre nommé Yuen Liao-fan,
c<eur n'est pas aveugle, votre <eil droit ne sera pas aveuglé non plus". — Peu à près il était nommé sous-préfet de Mi-tche-kien ^ JJn S?, au Chen-si R M; son second fils passa brillamment son examen de licence, et la même année son œil gauche guérit complètement, la taie disparut.
Il avait 63 ans quand il mourut, son visage parut tout souriant : "Je vois dit-il, un cortège de jeunes gens qui viennent me recevoir avec des drapeaux".
9° Secourir les infortunes humaines.
Ce sont surtout les riches et les puissants de ce monde qui peuvent le plus efficacement venir en aide à ces infortunés. Pourtant ceux qui n'ont point reçu en partage les dons de la fortune et des dignités ne doivent pas renoncer à secourir leurs semblables, quand ils sont aux prises avec tout le cortège des calamités terrestres, mais ils doivent leur porter aide et assistance dans la mesure de leurs ressources, et prier les gens plus aisés d'avoir pitié d'eux. En tout cela il ne faut point agir dans le but de recevoir des récompenses, le Ciel s'en chargera.
Exemples.
a) Hoang Jou-tsie iif {& |jf, de l'époque des Song t£, habitait le Tché-hiang $Jf yX, c'était un gros richard. Au moment des troubles, il enfouit en terre tout son or et tout son argent et prit la fuite. Mais voici qu'il apprit que la soldatesque avait fait main basse sur 1000 jeunes filles, qu'on avait enfermées avec menace de les exterminer toutes, si les habitants refusaient de payer une forte rançon. Jou-tsie xk tti ;1 cette nouvelle, se sentit pris d'un sentiment d'humanité : il retourna chez lui, déterra deux cents livres d'or, et les remit aux vainqueurs comme rançon des 1000 jeunes filles, qui furent mises en liberté'.
Tîoang Jou-tsie vi j$f |jf fut récompensé de sa belle et noble conduite, il eut 5 fils, qui tous furent gradués.
b) Ll Soei $ jM< premier assistant du tribunal des peines, sous la dynastie des Ming BÊj, vit un jour 13 brigands qu'on lui amena pour le prier de prononcer contre eux la peine capitale.
En les interrogeant il reconnut que ces hommes étaient victimes d'une calomnie, il pria donc son supérieur de demander un recours en grâce à l'empereur. Il refusa; ce que voyant, il demanda luimême et obtint leur grâce. Son fils aîné Tclie fâ et son second fils Ts'ai jplf devinrent tous deux "grands juges1'.
10° Faire l'aumône aux pauvres.
Sur cette terre c'est à peine si un ou deux sur mille coulent leur existence sans avoir été aux prises avec le malheur, presque tous ont une vie plus ou moins éprouvée.
Tout homme de cœur qui voit de ses yeux ces infortunés accablés sous les coups de la misère, compatit à leurs peines ; mais il ne suffit pas d'avoir une compassion stérile, il faut leur venir en aide. Les heureux du siècle ou ignorent les souffrances du pauvre, ou du moins ne se mettent guère en peine d'y apporter un remède efficace; aussi que de pauvres gens pris de désespoir se noient ou se pendent, pour mettre un terme à leurs maux. On trouve même des hommes qui se moquent à l'occasion des œuvres charitables: "Si jamais, disent-ils, vous vous trouvez en pareille situation, tous ces gens-là ne s'occuperont pas de vous, à quoi bon les aider ?"
Exemples.
a) Keng Lien $Ç jl, de P'ing-yang ^ %, fut envoyé en exil avec toute sa famille. Sur la route vers la capitale, sa femme fut prise des douleurs de l'enfantement, et personne ne voulait l'admettre dans sa maison (1). Il se trouva cependant un brave homme Li Ning $ ®, qui la fit venir dans sa demeure, la nourrit charitablement, sauva la mère et l'enfant. Le lettré Song Lien % {f écrivit sa biographie, pour faire passer à la postérité la mémoire de cette bonne action.
b) Suen King-kou M % Wi était un lettré de T ai-ping-fou
(1) Une femme en couches est un événement néfaste, et s'il arrive dans la demeure d'une tierce personne, il prend les proportions d'un véritable malheur (Cf. Fa-hiang-tan. I. Partie. Vaporisation du vinaigre).
>fc ^P M, au Ngan-hoei % #, pauvre mais charitable. Il avait coutume de dire : ''Si j'attendais d'être riche pour faire l'aumône, je risquerais fort de n'en jamais faire, mieux vaut commencer dès maintenant selon mes petits moyens". Un Esprit lui apparut un jour et lui dit: "Les aumônes que tu fais, malgré ton peu de fortune, sont plus méritoires que celles des riches".
c) Un lettré de T'ong-tch'eng #] 3$, nommé Tsouo Tsao £ §|, alla faire le commerce à Sou-tcheou || jl'H, il acheta une jeune fille qu'il destinait au service de sa propre fille sur le point d'entrer en ménage. Cette jeune fille était d'une distinction peu commune, Tsouo Tsao 2Ë U lui demanda des renseignements sur son origine. Elle se mit à pleurer, et lui avoua que ses ancêtres depuis 7 générations avaient tous été des docteurs, et rempli d'importantes charges officielles. Son père dans un moment de détresse, s'était vu, à son grand regret, dans la nécessité de la vendre. Tsouo Tsao £ ^g, ému de compassion sur le sort d'une jeune personne si accomplie, la rendit à ses parents, et ne voulut pas même recevoir le prix de son rachat. Feu de jours après cette œuvre de charité, son vieux père vit en songe sept docteurs en grand costume officiel, qui le remercièrent de l'acte de charité accompli par son fils. ''Nous avons obtenu de Chang-ti, sa promotion au degré de licencié". Le vieillard ignorait encore l'acte charitable que son fils venait de faire : dès que celui-ci fut revenu de Soutcheou M ffl, il eut la clef de l'énigme. Tsouo Tsao £ "$ présenta aux examens de licence; pendant les trois compositions. il fut pris d'une sorte de demi-sommeil, pendant lequel un des sept vieillards apparus à son père lui guida la main pour écrire ses copies. Il fut reçu licencié.
\\° Avoir pitié des orphelins.
Sans appui, sans protection, inexpérimentés dans la vie, ces infortunés sont encore bien souvent grugés par des parents sans conscience, qui convoitent leurs biens. D'autres sont même réduits à la plus affreuse misère.
Exemple.
A K'ai-fong-fou |^ ^ Jft, vivait un homme très riche et très généreux pour les pauvres, il s'appelait Che Koen-yu fi g 3£. Quand les bonzes et les tao-che venaient lui demander l'aumône, il la leur donnait mais modérément. La raison qu'il en donnait, c'est que beaucoup de gens font ces genres de bonnes œuvres. Quant à lui, il s'était fait une spécialité d'aider les orphelins. Un de ses amis mourut, on vendit sa fille pour en faire une esclave; Koen-yu % 3l s'empressa de la racheter et de pourvoir à son avenir. Il vécut jusqu'à un âge très avancé. Le soir de sa mort, les voisins affirmèrent avoir vu un cortège imposant, qui s'avançait au milieu de drapeaux aux cinq couleurs, et allait l'inviter à prendre possession de sa charge de Tch'eng-hoang tyfc |§.
12° Bâtir et réparer les pagodes.
Dans toute agglomération d'hommes, dans toute ville de premier ou de second ordre, il doit y avoir un édifice destiné au culte des Esprits. Au temps de calamités, quand survient une sécheresse ou une inondation, le peuple s'y rend en foule pour prier et obtenir la cessation du fléau. Si les Esprits n'ont pas de résidence, il faut leur en bâtir une, et quand elle tombe en ruines, il est urgent de la réparer (1.).
Exemple.
Un nommé Hou #1, remplissait ses fonctions de tao-che dans la pagode de Ling-yeou-hong S jjfe g, il s'acquittait soigneusement de ses fonctions; depuis la 35e année de Kcang-H jjg E, 15 années s'écoulèrent et le tao-che réalisa sur ses économies une somme de 20 taëls.
Les deux temples de Tong-yo-tien M * S et de San-koantien H *Ë 8* étaient en fort mauvais état, la pluie tombait sur les statues des dieux et menaçait de les détériorer. Le tao-che
(1) Cette explication des lettrés ne manque pas de piquant : la théorie est bonne pour les livres, en pratique il faut autre chose.
donna toute sa petite fortune pour restaurer ces deux pagodes. Plus tard, il fut chargé de garder la pagode de Pc-yun-koan El jf §g, pendant toutes ses journées il ne cessait d'invoquer Bouddha (1). Après sa mort on construisit une tour en mémoire de ses bonnes œuvres. Cette tour existe encore.
13° Composer et faire imprimer des livres de prières, est une bonne œuvre très méritoire.
Dans les campagnes beaucoup de paysans n'ont, pas, comme dans les villes, des livres de prières à leur disposition, ou dans les pagodes de leurs villages, il importe donc de faire imprimer de nombreux exemplaires de ces prières anciennes, et des explications qui en ont été données, pour aider à moraliser le peuple.
Exemple.
Un marchand du Chan-si \U ffi se rendit à la capitale pour son commerce, il passa la nuit dans une pagode, et prit pour oreiller un ouvrage qui se trouvait devant l'autel du dieu. Quand il se réveilla, un gros abcès s'était déclaré derrière l'occiput, il souffrait cruellement. Il vit en songe un homme qui lui déclara que cet abcès était une punition de son manque de respect envers le "roi des prières". Dès son réveil, il demanda au bonze qui était ce "roi des prières?" — "C'est l'ouvrage intitulé Lien-hoaking |jt IjË ,fg, lui dit le bonze". Le marchand nommé Tch'en Tche-tong B| ;£ ^ comprit alors qu'il avait commis une irrévérence envers ce livre de prières, il se repentit, le fît relier, puis le fit placer dans une enveloppe de soie, en fit imprimer à ses frais cent exemplaires qu'il distribua aux autres pagodes ; son abcès guérit.
14° Distribution gratuite de remèdes aux pauvres malades.
Le père de Ts'ai Yiien-hoangl^ yt ïipf, de la dynastie des Ming B^, avait coutume de distribuer gratuitement des remèdes aux pauvres. Un des parents de ce médecin célèbre vint à mourir,
(1) Exemple qui montre aussi In fusion des trois religions.
puis peu de temps après, son âme revint dans son corps. Il raconta alors ce qui s'était passé. "Je suis arrivé, dit-il, à un tribunal, où on m'a montré une pièce officielle, on m'a prié de remarquer spécialement le passage suivant, afin de le communiquer à l'intéressé; il y était donc écrit: Yuen-hoang yt ïpf n'a aucun mérite notable, il ne devait pas être gradué, mais parce que son père a fait un grand nombre de bonnes œuvres, il sera admis au doctorat.
15° Préparer gratuitement du thé pour les voyageurs.
Les bonnes œuvres corporelles se peuvent diviser en trois classes, la première, c'est l'aumône en argent; la seconde, c'est de distribuer aux pauvres des provisions pour l'alimentation, des habits, des remèdes, et du bouillon ; la troisième consiste à distribuer gratuitement du thé aux voyageurs. Il est aussi très charitable de construire çà et là le long des grandes routes, quelques tentes, où les voyageurs peuvent se reposer à l'ombre pendant les chaleurs de l'été, et apaiser leur soif avec quelques bols de thé. Le thé pendant les chaleurs, n'est-ce pas une vraie rosée céleste, qui rafraîchit les voyageurs traînant des fardeaux et cheminant péniblement sur les routes !
Exemple.
Yang Yong-pé % % ffi, des Han #|, prépara de l'eau de riz pendant trois ans pour les voyageurs, qui passaient devant sa maison. Un jour, après avoir bu son bol de "mi-ïang" ■%. #, eau-de-riz, un voyageur fit cette réflexion : "S'il y avait quelques légumes dans votre eau-de-riz, elle serait meilleure encore".— "Je n'ai point de graines à semer, reprit Yong-pèMi&" •— Le voyageur lui en donna une mesure et lui dit: "Semez ces graines, elles vous donneront des pierres précieuses, et vous procureront les moyens d'acheter une belle femme".
Il sema les graines plusieurs années, et voulut contracter des fiançailles avec la fille de Mr Siu # de Pé-p'ing ft ^. Le futur beau-père lui dit : "Apportez-moi deux pierres précieuses, et je vous donnerai ma fille".- De retour chez lui, il les trouva
dans le champ où il semait ses graines. Depuis ce temps on appela ce coin de terre: le jardin au jade.
16° S'abstenir de tuer les êtres vivants.
Tout être vivant aime la vie, pourtant les hommes tuent sans miséricorde une infinité d'êtres vivants. Ces êtres sont destinés à servir d'alimentation aux hommes, se récrie-t-on, qu'y a-t-il de contraire à la raison de les tuer pour s'en nourrir? Pour peu qu'on continue à les exhorter, ils se mettent en colère. Il n'en reste pas moins vrai que c'est de la cruauté de tuer trop d'êtres vivants. Ceux qui excédent le plus dans ce genre sont les riches.
Le bonze Lien-tch'e-ta-che J -J ^ Biji a fait sur ce sujet une dissertation remarquable, montrant qu'on doit surtout en sept circonstances de la vie, éviter soigneusement de tuer les êtres animés.
1° Le jour anniversaire de la naissance de ses parents. C'est ce jour qui a été pour moi la première cause du bienfait de la vie, comment tuerais-je des êtres vivants à pareil jour?
2° A la naissance d'un enfant. Les parents aiment ce nouveau-né, font grand cas de sa vie; et les bêtes, n'aiment-elles pas aussi la vie ?
3° A l'occasion des sacrifices aux ancêtres. S'abstenir de tuer c'est accumuler leurs mérites, enlever la vie aux êtres animés c'est doubler leurs fautes, leur nuire.
4° A l'époque du mariage. Le mariage a pour premier but la génération d'êtres vivants, les tuer en pareil temps c'est un contresens.
5° Pour les festins, ("est mêler les gémissements des pauvres animaux immolés aux rires joyeux des convives.
6"* Pour les offrandes aux esprits. Tuer des animaux et les immoler aux esprits pour les prier de conserver notre propre vie, c'est faire le mal pour obtenir le bien, les esprits pourraient-ils encore écouter nos prières et nos supplications?
7° Spéculer sur la vie des animaux, faire commerce de leur vie. \ .g. chasser, pêcher, tuer les bœufs, les brebis, les porcs, les
Fig. 188
Wang Pi fait vœu de ne plus manger de viande de bœuf ou de chien,
chiens... De tels hommes auront à rendre compte de leur cruauté dans une vie future (1).
Exemples.
a) Wang Pi fë fô, du Kiang-si & M, ne tuait guère d'animaux qu'à l'occasion de banquets où il invitait des amis. mais ces invitations étaient si fréquentes, que continuellement il enfreignait ce précepte. Le dieu du foyer lui apparut un soir et lui dit: "Tu tues trop d'êtres vivants tu mourras et ton fils sera tué". II ne tint pas compte de cet avertissement et continua son train de vie habituel. Soudain des brigands firent irruption dans sa maison et tuèrent son fils unique; Wang Pi ÊE3I8, au désespoir, fit le serment de ne plus jamais tuer d'êtres vivants. Bien qu'il eût déjà dépassé la cinquantaine, il eut un fils, et à 70 ans il vit naître son petit-fils.
b) Tcheou Vu )§ jfi fut un jour témoin du fait suivant: on avait jeté un gros poisson dans l'eau bouillante, son ventre était rempli d'œufs. Le poisson s'arrondit en forme d'arc pour protéger sa progéniture en la tenant au-dessus de la surface du liquide. Il fut si touché de cet instinct de conservation qu'il promit de ne plus détruire aucun être qui a vie. Il fut récompensé de sa commisération et parvint jusqu'à la dignité de Grand Précepteur.
17° Faire grâce de la vie aux êtres menacés de mort.
Deux modes principaux de faire cette bonne œuvre. Premier mode: J'ai en main un être vivant je m'abstiens de le tuer, et je lui rends la liberté. Deuxième mode : Quelqu'un vient d'acheter un animal ou un poisson qu'il veut tuer, je le rachète de mon argent, pour lui sauver la vie (2).
(1) Voilà ce que les lettrés insèrent sans sourciller dans leurs livres moraux à l'usage^du peuple. On trouve de semblables documents à peu près dans tous les traités de ce genre.
(2) On trouve assez fréquemment dans les villes des richards qui vont de temps en temps sur les marchés, et achètent des poissons, des tortues etc qu'ils vont ensuite jeter dans l'eau pour leur rendre la liberté: c'est une dévotion de "haute mode".
Exemples.
a) Sous le règne de Song Hoei-tsong % iffc >!-;, période Siuen-houo fi %l, 1119-1126 ap. J. C, Yang Siu i$ fê vit un Esprit qui l'avertit que dans un mois il mourrait. ''Cependant, ajouta-t-il, si tu peux sauver une infinité de vies, ta vie sera prolongée''.— "Comment dans un mois pourrai-je sauver une infinité de vies, répliqua Yang Siu $| J^ ?" — "Ne sais-tu pas qu'il est écrit dans les livres bouddhiques, que les œufs de poissons non encore salés, peuvent éclore après trois ans passés?" — Yang Siu j$î J^ s'appliqua de tout cœur à sauver des vies, et l'Esprit lui apparut de rechef pour l'assurer que sa vie était prolongée.
b) Mao Pao -£ 5(, qui vivait au temps des Tsin §, était âgé de douze ans, quand il vit un pêcheur prendre une tortue blanche. Il l'acheta et la jeta dans le fleuve pour la remettre en liberté. Plus tard, Mao Pao ^ f devenu préfet de Tchou-tch* eng 0$ ^S, se vit obligé de fuir devant une invasion, et de désespoir se jeta dans le fleuve, avec l'intention de s'y noyer. Ses pieds se trouvèrent appuyés sur le dos de la tortue blanche que jadis il avait sauvée de la mort, elle le porta jusqu'à la rive et le sauva de la mort.
18° La construction des ponts (1).
Tong K'i Jf t£E, pauvre cultivateur, aimait à jeter des ponts en bois sur les brèches creusées dans les routes au moment des inondations afin de faciliter les voies de communication, et d'aider les voyageurs. Pendant 30 ans il pratiqua assidûment cette bonne œuvre.
(1) Noir. — En Chine le gouvernement ne s'occupe en aucune façon des ponts e1 des routes, à chacun de s'en tirer comme bon lui semble. Aussi la construction et la réparation des ponts et des routes sonl deux bonnes œuvres très appréciées, d'autant plus qu'elles sonl plus apparentes et plus connues
de tout le monde.
Fig. 189
Tong Ki répare les ponts.
Chang-ti ± ft daigna lui dire que par ce genre d œuvres de charité, il s'était acquis beaucoup de mérites, et en récompense il lui accorda la dignité d'Esprit terrestre. Aussitôt après cette vision, il expira.
49° Réparer les routes.
Après les grandes pluies les routes se transforment en fondrières, des ornières profondes, des ravines entravent les facilités de communication de bourg à bourg, de ville à ville, aussi les sages ont-ils toujours tenu à cœur de réparer les routes pour le plus grand bien de l'humanité. Les riches donnent leur argent, les pauvres donnent leur travail (1).
Ma King-pé ,§ Jp; È était un pauvre domestique; la rue du bourg où il habitait avait cinq lis de long (environ trois kilomètres), pendant une dizaine d'années, il combla les ornières et fit tous ses efforts pour faciliter le passage des fondrières surtout aux époques de grandes pluies. Il fit ensuite la connaissance d'un petit chef militaire qui le prit à son service; devenu soldat il monta peu à peu en grade enfin arriva jusqu'au grade de capitaine.
(1) Les richards aiment surtout à réparer les routes aux alentours des villes, et des gros bourgs, afin de s'attirer la réputation d'hommes charitables.
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