COMPTE RENDU DU TROISIÈME LIVRE
1° Avoir compassion des veuves et leur porter secours.
Il faut avoir une vertu au-dessus du commun pour garder la viduité, la veuve a quelque ressemblance avec ces fonctionnaires loyaux, qui préfèrent la mort plutôt que de servir deux maîtres.
La veuve refuse une nouvelle union, tantôt par affection pour les parents de son mari qu'elle ne veut pas abandonner, alors c'est de la piété filiale; tantôt par amour pour les enfants qu'elle a eus de son premier mariage, c'est l'amour maternel qui est en jeu; tantôt enfin pour le bon renom de la famille et de son mari, c'est alors la gloire des ancêtres qu'elle a en vue. Tous ces motifs font l'honneur de la viduité. Aussi il est juste de secourir et surtout de glorifier la viduité, en obtenant de l'empereur l'ordre de leur élever un arc de triomphe ou P'ai-fang J$ Wi (4).
Exemple.
Heou Che-kin fê iu IS, de Yang-tcheou f§ )\\, avait une nombreuse famille, un de ses parents vint à mourir, sa veuve restait dans la pauvret»'. Che-kin i(î H envoyait ses serviteurs lui porter des aliments, des habits, tout ce dont elle avait besoin ; pendant plus de trente ans, elle garda la viduité. Après sa mort
(1) Note. — Le P'ai-leou fft-fâ. "appelé plus souvent '•/'•ui-fang f$i)jt ou arc de triomphe, élevé à la mémoire des "chastes veuves", (.(insiste dans une sorte de portique en pierre, à trois ou cinq haies. Les piliers et les entreto sont ornés de bas reliefs, représentant des symboles de la Piété filiale, ou des scènes historiques ayant trait à cette vertu. ' >n y grave aussi le nom de la personne, la date de l'approbation impériale, et on y notifie qu'elle est ainsi honorée en raison de sa viduité. Les deux caractères Cheng-tche Kg r, Edit impérial, apparaissent en relief sur un cartouche au haut du portique.
Ces monuments sont élevés sur le bord des grandes routes, près des gros bourgs, ou même en travers des rues des villes, ("est un honneur pour une famille de compter une ou plusieurs veuves.
il lui fit élever un arc de triomphe. Une dizaine de voisins l'imitèrent. Heou Che-kin fâ i& §g devint général de corps d'armée, et ses enfants furent tous des hommes distingués.
Assister les gens dans l'adversité et les aider à en sortir. Exemple.
Yang Che-hien H ± |É, de T'ong-tcheou jgi f\\. était très pauvre mais rempli de charité pour ses semblables. A défaut d'argent, il ne cessait de parler en faveur des personnes nécessiteuses. Voyait-il un lettré sans moyen d'existence, il essayait de lui trouver une petite école; à un marchand sans commerce, il cherchait des affaires lucratives. Il avait coutume de dire : "J'aide de mon mieux les nécessiteux, si un jour je tombe dans la misère, les autres m'aideront". Les gens du pays aidèrent son fils à faire de bonnes études, et il fut reçu bachelier.
3° Qui veut être heureux doit se garder de gaspiller les céréales.
Les céréales sont un don du ciel, les céréales sont l'aliment de la vie, qui oserait encore les gaspiller? Ignore-t-on tout le travail et tout le labeur du cultivateur, pour favoriser leur croissance, et pour les réunir dans ses greniers? Quiconque gaspille les céréales porte atteinte à sa part de bonheur.
Exempte.
Un petit officier, nommé Cheng ift, vit en songe un Esprit qui lui prédit sa mort prochaine, parce que dans sa maison on gaspillait le riz. Epouvanté de cette prédiction, il pria l'Esprit de lui pardonner. "Corrige ces abus, lui fut-il répondu, peut-être obtiendras-tu ton pardon". Dès son réveil, il fit l'inspection de sa cuisine et de ses appartements, il trouva du riz dans les caniveaux, dans les coins et recoins, dans la poussière et la boue. De suite il ordonna qu'on recueillit ces grains de riz, il les fit laver et cuire pour l'alimentation de son personnel, et obtint grâce, ,1 ne fut point frappé de mort.
4° Apaiser les disputes, dénouer les conflits.
T'ien Tsuen-ming ffl $L je, originaire de Ho-hien-fou jpj |8J $f, vivait au temps des Ming jff, c'était le grand conciliateur du pays, il passait sa vie à apaiser les querelles. Dès le matin on le voyait partir pour le tribunal : rencontrait-il des gens qui se préparaient à écrire des accusations, il s'efforçait de les en dissuader et de régler pacifiquement leurs différends. 11 mena ce genre d'existence pendant vingt années. Dans la maison d'un de ses alliés, on se plaignait de prestiges et d'apparitions diaboliques ; Tsuen-ming $£ JJ a^a voir. Dès son entrée ce méchant esprit s'écria : "Le vieux conciliateur est arrivé, c'est un homme vertueux, pourquoi vient-il me molester?" Dès lors tout maléfice cessa. Tien Ts'uen-ming ffl 1^ j§ mourut à 85 ans, sans aucun signe apparent de maladie.
5° Lever des souscriptions pour des bonnes œuvres.
Exemple.
Cheng Tchang tfe £$; était Honanais, il vécut au temps de l'empereur Wan-li ^ Jg, 1573-1620 ap. J. C. La pagode de Confucius tombait en ruine, le chef des lettrés et tous les notables avaient ouvert une souscription pour recueillir les sommes nécessaires aux frais de restauration ; depuis trois ans déjà on quêtait inutilement, la somme était insuffisante.
Cheng Tchang iX £çi alla trouver le chef des lettrés et lui dit: "Tout le monde a de l'argent pour restaurer les pagodes de Bouddha, mais personne n'en trouve pour réparer le temple de Confucius". Ce disant il donna 600 taëls pour relever la principale salle du temple. Le mandarin lui offrit une inscription pour le remercier de sa généreuse aumône (1).
(1) Ces sortes d'inscriptions, appelées 'pien "R", comprennent d'ordinaire 4 caractères artistemenl écrits, gravés ou écrits en relief sur un grand cadre rectangulaire. Ces inscriptions sont quelquefois très artistemenl travaillées.
Fig. 190
Cheng Tchang offre six cents pièces d'or pour réparer le temple de Confucius.
6° Exhorter les gens au bien, à la pratique de la vertu.
Les livres canoniques sont remplis de ces maximes, et il importe au plus haut point de les faire passer à la connaissance des classes inférieures de la société pour les porter au bien.
Exemple.
Li Ting $ % était un lettré de Kia-hing $ £, et vivait s,, us le règne de Wan-li g M, 1573-1620 ap. J.C.; chaque fois qu'il entendait ses enfants, ses disciples ou autres mettre la conversation sur les femmes ou les jeunes filles, il se fâchait et arrêtait net ces discours licencieux. Il composa un ouvrage contre la trop grande liberté de langage. Ses amis lui conseillaient de se présenter à l'examen de licence. "Je suis trop vieux, disait-il." — Une nuit, pendant un songe, son père lui apparut et lui dit: "Parce que tu as écrit un traité contre l'excès de liberté dans le langage, Wen-tch'ang J g te donne la place d'un lettré destiné au grade de licencié mais qui s'en est rendu indigne parce qu'il a commis une faute grave avec une jeune fiile". Il fut admis successivement à la licence et au doctorat.
7° Réconcilier les ennemis et dissiper les accusations calomnieuses.
Exemple.
Yu Tchang-t'oei -^ JtrJjji, de Choen-t'ien-fouf&JiJffi, habitait en face d'un banquier nommé Tchang jjjf, son ennemi juré. Les autorités saisirent une bande de brigands qui accusèrent le banquier de les avoir logés chez lui. Le mandarin fit prendre des informations chez les voisins, et on vint aussi interroger Vu Tchang-t'oei ^ ^ Jji- Malgré son inimitié, il démontra l'innocence du banquier, qui fut rendu à la liberté. En rentrant chez lui, il vint remercier son libérateur, et se montra tout confus de sa conduite passée.
8° La justice dans les poids et mesures.
Exemple.
Un vieillard, nommé Hoang Eul-chou % Z $, vendit des
légumes pendant trente ans, et ne trompa jamais sur le poids de ses denrées alimentaires (1). Dans cette même ville de Pouotcheou f$ j'I'l, se trouvait une vieille tour, où habitaient les veilleurs de nuit, un diable s'avisa de faire disparaître chaque soir le tambour des veilles. On alla demander conseil à un bonze nommé Yong-soei-chan-che 7K M # M- Celui-ci leur conseilla de garder le silence, d'attendre l'ennemi et de le saisir. Ainsi fut fait, et le diablotin avoua que les deux hommes qu'il craignait le plus étaient le bonze et Hoanq Eul-chou Jj[ -- M-
9° Rechercher la société des bons et fuir la société des méchants.
Au temps des Trois royaumes, Hoang Hao IJl (fêf était ministre au Setch'oan 29 Jl|, plusieurs autres grands mandarins étaient ses amis, et se permettaient à son exemple toutes les injustices. Pendant 30 ans le grand Annaliste K'i Tcheng $$ JE fut son tout proche voisin, pourtant il n'eut jamais de relations avec lui; il s'occupait de ses travaux littéraires, et ne se posait ni comme son ennemi, ni comme son ami. Hoang Hao i§r fijjf et tous ses amis furent exécutés, K'i Tcheng £|$ JE n'eut rien à souffrir grâce à son habile réserve.
10° Fuir la médisance.
Exemple.
Licou Tchong-fou #J (# )|i||}, plus tard Président du Ministère des Rites, était pauvre encore, quand il se maria ; la nuit même de ses noces un voleur se faufila dans sa maison. Le jeune marié l'aperçut et le reconnut. "Est-ce donc parce que tu es pauvre que tu te fais voleur, lui demanda-t-il ?" Ce disant, il prit quelques bijoux de sa jeune femme et les lui donna, en ajoutant: "Je n'en parlerai à personne, sois sans crainte". Il tint parole, sa femme l'interrogea souvent sur ce sujet, mais jamais il ne dévoila son secret, qu'il emporta avec lui dans la tombe. Son
(1) Chose miraculeuse en Chine.
exemple et ses discours eurent le plus heureux effet sur les membres vertueux de sa nombreuse famille. Quand il mourut tous prirent le grand deuil, comme pour la mort d'un pure. Tous ses enfanta prirent leurs grades universitaires.
11° Aimer à faire connaître les qualités du prochain. Exemple.
Tchao Tsié Jg ff qui vivait au temps des Ming f$, s'ingéniait pour faire connaître les vertus et les avantages des autres. Une haute vieillesse, deux fils mandarins : telles furent ses récompenses.
12° Bien traiter tous les êtres animés.
Il faut se bien garder de nuire aux animaux, aux oiseaux et à tous les êtres vivants; quand on les voit dans le danger, il faut les en tirer, et de plus il est convenable d'exhorter les autres à ne pas les molester. Tout cela est une source d'abondants mérites.
Exemple.
Ho Tse-ming fâ || BÊj tenait une auberge à Yang-tcheou, en face de la pagode Che-t'a-se fâ i§ ^p. Pendant sa dernière maladie il fit cette confidence à un ami : " Yen-wang |$ 3E (le roi des enfers.) a diminué la durée de ma vie, parce que j'ai jeté dans le foyer de mon fourneau tous les détritus de fruits, les pellicules de graines jetées à terre par les consommateurs, et j'ai ainsi brûlé d'énormes quantités de vies soit de fourmis, soit de divers insectes qui rongeaient ces restes d'aliments. Un jour après il mourait.
13° Sauver le peuple.
Ceci concerne surtout les hauts fonctionnaires qui par position doivent secourir le bon peuple au moment des troubles, des sécheresses ou des inondations. Les mandarins qui se dévouent pour le salut du peuple dans ces pénibles circonstances, sans tenir compte de leur intérêt personnel, peuvent espérer de devenir des Yen-lô-wang | 1 ï, (rois des enfers).
Exemple.
Hia Yun-tcheng S S M, légiste du mandarin de Tsi-ning-
tcheou B| $t ffl, au Chan-tong \lj 3(, avait un fils déjà grand
mais qui crachait le sang, c'était le désespoir du pauvre père, qui craignait de le perdre. Le mandarin avait 50 ans passés et n'avait pas encore d'héritier ; une de ses concubines lui avait déjà donné une 611e, elle était de nouveau enceinte, mais le médecin en lui tàtant le pouls avait déclaré qu'elle mettrait de nouveau une fille au monde (1).
Le légiste consolait son patron de son mieux et l'exhortait à faire de nombreuses bonnes œuvres en faveur du peuple, afin de faire tourner la roue du destin. Il survint précisément une inondation, le mandarin secourut de son mieux tous ceux qui étaient confiés à sa juridiction. Trois mois après sa concubine mettait au monde non plus une fille, mais deux charmants jumeaux. Le mandarin au comble de la joie dit à son employé, que d'après le proverbe, le mandarin et son légiste ont part égale au bon ou au mauvais sort. De fait, le fils du légiste se trouva parfaitement guéri.
44° Il faut se repentir de ses fautes passées, commencer une vie nouvelle, pleine de vertus et exempte de pensées perverses.
Exemple.
Au temps des Ming BÊj, vivait au Kiang-si fL 15, un homme nommé T*ien Joen EB jpj> son seul défaut était sa dureté de langage, et ses ripostes mordantes à ceux qui l'exhortaient au bien. Il mit au jour trois enfants; l'aîné était borgne, le second était boiteux et le troisième simplet.
'/"/('?) Joen RI iptj alla trouver le bonze Tsing-yun-ta-che ^ il •X fîl|i et lui demanda pourquoi il ('tait si mal partagé? "Pourtant, ajoutait-il, je n'ai que ce seul défaut d'être incisif dans mes paroles". "C'est là un vilain défaut, reprit le bonze, et si vous vous en corrige/, il vous est permis d'espérer que la roue de la fortune tourner.) en votre faveur". Tien Joen III fâ fit des bonnes œuvres pendant dix ans, ses trois enfants guérirent, et lui-même vécut jusqu'à l'âge de 75 ans.
(I) I me des industries des médecins chinois.
15° A donnez- vous à toutes sortes de bonnes œuvres; quand même les hommes les ignoreraient, les Esprits en ont connaissance.
Exemple.
Voici ce que Yuen Liao-fan t T jl, lettré du temps dos Ming IJJ, raconte dans son ouvrage: Li-ming-chouo & fir f£. J'avais fait vœu de faire 10.000 bonnes œuvres, si j'arrivais au degré de docteur. J'obtins ce grade littéraire, puis je fus nommé à la sous-préfecture de Pao-ti Jf jg. Je fis un registre sur lequel je commençai à inscrire journellement toutes les bonnes actions de mon tribunal, mais je m'aperçus vite qu'elles étaient fort rares. Je fis dresser une table, sur laquelle on alluma de l'encens et je m'adressai à Chang-ti h ^, en me plaignant de la difficulté de remplir mon vœu dans ces conditions. Pendant mon sommeil un esprit m'apparut et me dit :
"Tu te plains de la difficulté d'accomplir ton vœu, rien de plus simple pourtant: diminue les impôts des administrés de quelques sapèques par arpent de terre, et ainsi ton vœu sera accompli". Comme il demeurait perplexe à son réveil, il pria le bonze Hoanyu-chan-che £J ^ S Bip de lui faire savoir s'il pouvait être assuré d'avoir satisfait à son engagement par ce procédé. "Assurément, lui répondit le bonze, un simple désir de faire le bien vaut dix mille bonnes actions, à plus forte raison en est-il ainsi pour l'acte de charité qui vous est conseillé".
16° Par ces bonnes œuvres vous augmenterez votre part de bonheur, vous prolongerez votre vie, et vous vous créerez une nombreuse descendance.
Exemple.
Siao K'oei ff J|, de Han-yang gt |§, au temps de la dynastie des Ming §8, distribua des céréales et des vivres à tous les affamés, pendant une année de disette. Il n'avait point encore d'enfants. Son épouse vit en songe plusieurs centaines de personnes, qui venaient les remercier de leur charité. Puis apparut un personnage apportant deux jeunes enfants : "Je vous les donne, dit-il,
c'est une récompense de vos bonnes œuvres".
L'an 1550, l'ainé, Liang-yeou Jà. fâ , vint au monde; cinq ans après, un second, Liang-yu & M, achevait le bonheur de la famille. Ces deux enfants parvinrent au grade de docteurs, l'an 1580 ap. J.C. Leur père mourut plein de jours et de gloire, à l'âge de 75 ans. Il avait acheté toutes les terres d'un village pour nourrir les membres moins fortunés de sa famille.
17° Ces mêmes bonnes œuvres éloignent tous les malheurs, et l'homme charitable vit sous l'influence d'une bonne étoile.
Exemple.
Un homme riche et charitable, nommé Ma Hi-ming ^ \& fcfe, vivant sous la dynastie des Ming B^, était allé respirer l'air à l'étage de la pagode Tsuen-hing-ho ^jt $£ |ÏJ ; il s'endormit à moitié, et vit une bande de diables attablés, buvant le vin. L'un d'eux s'approcha de lui, le flaira, puis dit à haute voix : "Ses os émettent une délicieuse odeur, il doit être bon à manger!" — Le chef des diables le maudit: "Ne sais-tu pas, dit-il, que c'est un homme de bien, quiconque y touchera sera rudement châtié" — A ces mots toute la troupe se dispersa.
Voici maintenant une liste de fautes qui crient vengeance:
1° Nourrir de mauvais desseins et refuser de faire le bien.
Exemple.
Un lettré de très noble prestance, fort bon littérateur, mais de très mauvaises mœurs, habitait Choen-t'ien-fou Jl|| Ji Jfô, au temps des Ming I^J. Reçu bachelier à 46 ans, bachelier primé à 47 ans, il ne se cachait pas d'aspirer à réaliser une grosse fortune en dédommagement de tout son labeur pour arriver à la science. Lui parlait-on d'une rétribution dans l'autre vie, aussitôt il répliquait que ces fables sont inventées par les tao-che. Si on l'exhortait à respecter la vie des animaux, à ne pas tuer, il se récriait, disant que tous ces êtres nous doivent servir d'alimentation.
A 19 ans il mourut, laissant une jeune femme et une toute petite fille, qui plus tard furent ravies tour à tour par des débauchés.
2° Commettre des fautes contre les mœurs avec les femmes. Exemples.
a) A Ou-tch'ang-fou ^ g jfî, au temps des Ming 0J, habitait un lettré distingué, mais perdu de mœurs, il se nommait Tchou Tloan ^ $i.
Il avait coutume de choisir pour domestiques tous ceux qui avaient de belles femmes, il choisissait également pour ses bonnes d'enfants des femmes au visage attrayant, tout cela dans le but de satisfaire ses passions. Quand un de ses domestiques venait à le soupçonner, il lui fermait la bouche en augmentant son salaire. Une nuit pendant qu'il festoyait avec deux d'entre elles, un diable apparut à la fenêtre et chanta ; "Tu prends ton plaisir à t'amuser avec ces deux femmes, mais tu perds tes droits aux grades littéraires et à une descendance". De fait, son fils mourut, il ne lui resta que deux filles, et il échoua à tous ses examens.
b) Jen Tcai-houo fe i ^J était un gros propriétaire de K'aifong-fou ffl H jff, il possédait 5.000 arpents de terre, et se réservait une chambre dans chacune de ses fermes, afin de se ménager un moyen plus sûr de séduire les femmes et les filles de ses fermiers. Un de ses amis l'exhortait un jour à changer de conduite. "Bah! reprit-il, ces licences sont punies d'ordinaire par la privation d'une descendance, mais j'ai maintenant deux fils, je ne crains plus rien". — "Mais savez-vous ce qu'il adviendra d'eux, répliqua son ami?" Peu de temps après, ses deux fils moururent, et il n'eut plus que deux filles, dont l'une fut muette et l'autre bossue. Il eut tant de chagrin qu'il se fit bonze.
3° Rompre les fiançailles et faire divorcer les époux.
Un maître d'école nommé Wang £, enseignait dans le bourg
de Kou-tch1 eng-tcheng "£ :$ H, du Ting-hing-hien % %%.
Le T'ou-ti-lao-yc i. M Je ffî avait son pagodin tout près de son école ; pendant une nuit, il apparut aux vieillards du village, et les pria de bien vouloir bâtir un petit mur devant la porte de son pagodin, parce que le maître d'école était destiné à devenir un préfet. Comme sa dignité de T'ou-ti i ^ était inférieure, il serait obligé de changer de local, pour éviter la présence de son supérieur, à moins qu'un mur d'honneur ne vint à dissimuler la porte d'entrée de son pagodin. Les vieillards firent une collecte et se disposaient déjà à construire le mur, quand le Toii-ti-lcio-yê i JE ^ ifô leur apparut de nouveau et leur dit: "Ne prenez pas la peine d'élever le mur projeté, le maître d'école Wang 3: a perdu son grade, la nuit dernière il a écrit un libelle de divorce pour un ménage voisin, il ne sera pas promu à la dignité qui lui était destinée.
4° Ruiner la réputation d'autrui.
/exemple.
Un lettré nommé Song Tche $z ;£, de Nan-tch'ang-fou ]§ H Jff, à l'époque des Ming ÇÊj, prenait un malin plaisir à tourner en mauvaise part toutes les actions des autres. S'il entendait faire l'éloge de quelqu'un, il ne manquait point d'insinuer que ces qualités ne compensaient point ses défauts. Il fut puni, sa belle fortune se dissipa peu à peu, il tomba dans la pauvreté, emprunta de l'argent et finit par quitter le pays pour fuir ses créanciers.
r>° Se montrer jaloux des belles qualités du prochain.
Exemple.
Sous la présente dynastie (Ta-ts'ing ^c Jpf), un préfet de Puoting-fou ^ % ffi nommé Cheng tfc, avait un médecin appelé Song %; un de ses amis lui en adressa un autre nommé Tchang ?)f ; ce dernier jaloux de son rival, saisissait toutes les occasions favorables pour le dénigrer, le traitant d'ignorant, d'inexpérimenté, de bourreau de l'humanité. Monsieur Song 7^ au contraire, se montrait d'une parfaite courtoisie à l'égard de son collègue. Le
Fig. 191
Lieou "la Clef réincarné en bœuf.
mandarin finit par dire à Mr Tchang R, que jusqu'à ce jour le médecin Song % avait parfaitement soigné ses clients, et qu'il tenait à le conserver à son service. Le jaloux comprit, s'en alla, et de retour dans sa famille il tomba dans une extrême pauvreté, si bien qu'il n'osait plus même faire une sortie hors de sa maison, n'ayant plus un chapeau et un habit convenables.
6° Convoiter le bien d'autrui.
Exemple.
Lieou Tcheng §1] %&, richard du Se-tch'oan K Jl|, avait un moyen à lui de s'emparer des propriétés qu'il convoitait; il prêtait une forte somme d'argent au propriétaire de ces immeubles, puis restait plusieurs années sans lui en parler ; au bout de ce temps, l'intérêt, joint au capital, formait une somme très forte que le propriétaire se trouvait dans l'impossibilité de rendre, alors il lui livrait comme remboursement les immeubles désirés. Telle était la "clef" dont il usait toujours avec le même succès, aussi l'avaiton surnommé Lieou Yo-che #J $| jiî, Lieou "la Clef".
Quand il mourut, il fut changé en bœuf, et reprit naissance chez une de ses victimes ; sur son flanc droit, on lisait imprimés nettement les caractères suivants: Lieou Yo-che flj H ^: Lieou la Clef.
7° Susciter des procès.
Exemple.
Hoang Kien f 1, né à Sou-tcheou M W. au temps des Ming $fi, eut pour père un processif, qui ne vivait que de procès et d'affaires litigieuses ; c'était la terreur du pays. Son fils Hoang Kien % fi£ parvint au doctorat à l'âge de 20 ans.
Tous les habitants de Sou-tcheou M M disaient: "Le Ciel est donc aveugle" ! Hoang Kien % fi devint un des grands mandarins de la cour, tout semblait marcher à souhait ; un jour il composa un mémorial qui tomba sous les yeux de l'empereur, et le rendit si furieux que séance tenante il ordonna l'extermination de toute la famille de ce fonctionnaire. Sou-tcheou M W fut dans la jubilation, en apprenant cette nouvelle.
ARTICLE IV