‹ Recherches sur les superstitions en Chine (volume 4)Chapitre 79 sur 87 · COMPTE RENDU DU QUATRIÈME LIVRE · texte numérisé non relu

COMPTE RENDU DU QUATRIÈME LIVRE

Fautes qui crient vengeance (suite).

8° S'enrichir au détriment d'autrui.

Exemples.

a) Chen Yeou-i Vjî fâ ià, de Wan-p'ing fa ^, était un usurier fameux, on lui avait donné le sobriquet de Chen-soan-p' an T\i Jf ■f{jf (4). Il se bâtit une magnifique maison qu'il meubla avec grand luxe. Son oncle lui dit un jour: "Tu t'enrichis en volant autrui, le ciel te punira". La foudre tomba sur sa maison et elle fut réduite en cendres.

b) Li Che-heng ^ i $-r et Yu Ing & $b avaient été envoyés comme ambassadeurs en Corée, à leur retour ils apportaient une riche cargaison, composée de marchandises de grand prix. Yu In <fë 3&, craignant que le bateau ne lit eau pendant la traversée, eut soin de faire descendre toutes les marchandises de son collègue à fond de cale, puis il fit placer les siennes au-dessus pour les mettre à l'abri de l'humidité. Pendant le voyage de retour il y eut grosse mer, le vent souffla en tempête: les matelots craignant que le bateau trop chargé ne vint à couler, jetèrent à la mer toute la partie supérieure de la cargaison, c'est-à-dire les marchandises de Yu In fe Ife; celles de son compagnon arrivèrent au port en parfait état de conservation. Sa ruse déloyale tourna à son détriment.

9° Témoigner son mécontentement contre le ciel et la terre, maudire les vents et les pluies.

emptes.

a) Yang Ta-tlong /(# ^ |^J de King-men $lj P^, joueur, buveur,

(J) Jeu de mots. Cette expression a la même consonnance que Chan- Boan-p'an ^ % $& : habile calculateur sur l'abaque. <>n le surnommail don< Rusé calculateur".

Fig. 192

Li Yu-yng au retour de Corée.

adonné à tous les vices, dépensa toute sa fortune pour satisfaire ses mauvaises inclinations, et quand il fut ruiné, il s'en prit au Ciel, qu'il taxait d'injustice en le désignant du doigt. Un soir il rencontra un jeune homme qui l'accosta, et le pria de le suivre, lui promettant de le conduire à la fortune. La nuit close, ils arrivèrent à une maison, y pénétrèrent, et soudain le jeune homme disparut. Ta-t'ong ^ p) ne trouva aucune issue. Plusieurs hommes qui dormaient dans cette habitation furent réveillés, le prirent pour un voleur, lui administrèrent une rude correction, puis le lièrent solidement pour le conduire au tribunal. Le mandarin le fit de nouveau frapper, et il mourut quelques jours après des suites de ces rigoureux traitements.

b) Un marchand appelé Li Chang-jen ^ fà fc, de Tingtcheou % j'H, fut contraint de passer six ou sept jours dans une auberge, pour attendre la fin des pluies. Irrité de ce contretemps, il invectivait le Ciel, le montrait du doigt en vociférant: "Jusques à quand pleureras-tu donc? Quand tu auras fini de pleurer, tout mon viatique sera épuisé". Le jour suivant, le beau temps revint, le marchand monta son âne et se mit en route, mais la bète glissa en passant un pont et Li Chang-jen ^ fô fc se cassa la jambe; tout le reste de sa vie il fut boiteux.

10° Vilipender les saints et les sages, renverser leurs statues et tromper les Esprits.

Un percepteur d'impôts nommé Wang Tchou £ 3f , habitant Si-hoa S ¥, exigea deux fois les impôts d'une propriété: c'était la première année de Wan-li fé Jg, 4573 ap. J.C. Pour se disculper il se rendit à la pagode du Tch'eng-hoang « (g, et fit le serment que les impôts n'avaient point été payés. Quelque temps après ce parjure, il passa la nuit dans la pagode de Yang-chan-se # %- ^, pendant un de ses voyages. Au milieu de la nuit, il entendit les pas d'une nombreuse escorte qui s'approchait de la porte de la pagode; s'étant levé pour voir ce dont il s'agissait, il aperçut un grand mandarin vêtu d'une robe rouge, et précédé d'un cortège imposant. Un des satellites armé d'un sabre fondit sur Wang

Tchou 3E ^SF, menaçant de le tuer; celui-ci n'eut que le temps de saisir une pierre à broyer l'encre et de la jeter au visage de son adversaire. Le coup de sabre dévia, mais lui coupa la joue. Les bonzes éveillés par le tumulte se levèrent; tout était rentré dans le silence. Le jour venu, Wang Tchou 3E ^ courut à la pagode du Tch'eng-hoang J$|§ï, pour lui demander pardon de son parjure, il reconnut en lui le mandarin qu'il avait vu pendant la nuit, et son acolyte était le satellite qui avait voulu le tuer. Sur son sabre on voyait encore les traces d'encre.

\\° Tuer les bœufs et les chiens.

Exhortation de Liu T'ong-ping g :0l %, patron des lettrés, à ne pas tuer les bœufs.

Sage, ne vois-tu pas le bœuf labourer la terre, s'avancer péniblement, pas à pas, en déployant toutes ses forces, comme un pauvre esclave? Tu ne vois donc pas sous le plein soleil de midi, son corps trempé de sueur, sa bouche couverte d'une écume brûlante! Parmi les nombreux animaux qui peuplent cette terre, c'est lui qui rend le plus de services à son maître. Quelle pitié ! l'appât du gain durcit le cœur du cultivateur à l'égal de celui du loup et du tigre; dès qu'il constate que les forces de son bœuf sont usées, il le vend pour être bouilli; on lui coupe la tête, on ouvre son ventre, son sang sert de badigeon pour les cloches, sa peau est employée pour faire des tambours, son maître coupe ses os pour en tirer des épingles à cheveux et il mange sa chair. Que de fatigues il endura jadis pour labourer ses champs, et aujourd'hui que de douleurs! Son âme, victime de tant d'injustices, s'en va se lamenter devant Yen-lô-wan |Hi ffi 3E ; le dieu des enfers reste attéré de douleur, il lui dit seulement: "Les tueurs de bœufs souffriront les tourments de l'enfer, ils seront précipités sur les pointes de roches, ou plongés dans des chaudières d'huile bouillante, ou attachés à des colonnes de fer rougi, sans espoir de réincarnation. Si jamais ils sont réincarnés, ils seront changés en bœufs, comme toi".

Mais ces sortes de gens n'écoutent point ceux qui les exhortent à changer de conduite, on se rit de toutes les remarques, et

on va même jusqu'à traiter d'idiots ceux qui les font. Et qu'importe qu'il rende des services à l'homme? Sa chair est bonne à manger, cela leur suffit. Ce crime crie vengeance vers le ciel, n'y eût-il d'autre faute, celle-là sera inscrite sur le registre des actions humaines, et demandera vengeance. Manger du bœuf, c'est manger sa part de bonheur ici-bas, c'est attirer la misère sur tous ses descendants et éteindre sa famille.

Hélas ! qui ne voit le bœuf labourer pour le compte de l'homme ? et celui-ci le tue pour le manger, où est sa conscience?

J'écris cette dissertation pour crier à tous les hommes, que leur propre intérêt réclame, qu'ils s'abstiennent de manger les bœufs.

Exemples :

a) King Che-siang Jp; jt" i¥, maire de son village, se vit un jour traduit devant le tribunal de Yen-wang ^ 3E, le roi des enfers, qui l'admonesta vertement. "Tu devais être riche, lui dit-il, tu devais avoir une vie longue, mais parce que tu as tué trois cents bœufs, et mangé de la viande de chien, tu seras pauvre et tu mourras". Che-siang -(£ j^ s'excusa en disant: "J'ai mangé du chien, c'est vrai, mais je n'ai jamais tué de bœufs". — "Tu es maire de ton village, et tu n'empêches point les villageois de tuer leurs bœufs, tu partages leur faute. Je te permets de retourner sur terre, pour y prêcher cette doctrine". Un an après il mourut.

h) Tchao I-fong M - SI de Fen-tcheou-fou jfr ffl Xf , contemporain des Ming !$, n'ignorait point les rétributions futures, mais aimait quand même à manger de la viande de bœuf. Pendant un voyage qu'il fit à Canton, il mangea aussi de la viande de chien.

De retour sur les bords du Kiang yX, il se disposait à passer le fleuve. Les bateliers lui dirent: "Ne vous appelez-vous pas Tchao I-fong jfè - *?" — "Pourquoi me faites-vous cette question, reprit-il, tout étonné de se voir connu ?" — "Voici, dirent-ils, hier soir nous avons écouté la conversation de deux diables, qui s'entretenaient ensemble sur la rive. L'un d'eux dit: "Demain

à midi Tchao 1-fong J8 — JH passera le Kiang fx ; il mange du bœuf et du chien, Yen-wang Us] 3E nous commande de faire chavirer sa barque'1. — "Devrons-nous le noyer? reprit le second diable". — "D'après les termes mômes de la lettre officielle, il n'est pas question de le noyer, il doit seulement perdre un œil, et toutes ses marchandises tomberont à l'eau". — I-fong — JH dut louer une autre barque, elle fut renversée par un coup de vent, la cargaison entière périt, et le batelier en voulant sauver son passager à l'aide de sa gaffe lui creva l'œil. Tchao I-fong j§ — HL après avoir échappé à ce péril imminent, fit le vœu de ne jamais plus manger de chair de bœuf et de viande de chien.

12° Salir le papier sur lequel on a écrit des caractères.

Les caractères ont été inventés par Ts'ang Hic jf pfj, les anciens sages s'en sont servis pour écrire les instructions qui ont moralisé les peuples, et ces instructions restent jusqu'à nos temps; salir les caractères, les traiter irrespectueusement, c'est mépriser les anciens saints et fouler aux pieds la pensée humaine.

exemples:

a) Un mahométan de Nan-king p£j >'!>, nommé Ma )§|, vivait sous le règne de K'ang-hi Jjt j?E ; son épouse avait coutume de faire des semelles de souliers en les garnissant à l'intérieur de plusieurs couches de papier, sur lequel étaient écrits des caractères.

Lei-kong fa ià, le dieu du tonnerre, la foudroya, les semelles des souliers qu'elle venait de coudre furent aussi réduites en miettes.

b) King Ngeou & H& vécut sous la dernière dynastie, il avait la dévotion de recueillir soigneusement, tous les morceaux de papier sur lesquels on apercevait des caractères, il les lavait. les séchait puis les brûlait. Après avoir continué cette bonne œuvre pendant plusieurs années, il eut une apparition de Wentcliang "# H qui lui promit qu'il serait admis aux grades littéraires.

L'année qui suivit, il fut reçu bachelier. Il redoubla de vigilance à recueillir les morceaux de papier, composa une dissertation pour exhorter les gens à ne pas négliger cette bonne œuvre, et fit imprimer cette instruction. Son fils fut admis au baccalauréat à l'âge de tC ans, et devint académicien (1).

13u Profiter de son autorité pour opprimer les bons. Exemple.

Au Chan-si \\] ]§, sous les Ming ïïfi, vécut un richard nommé Yen Hong ^) %. Ce puissant personnage était l'ami intime du préfet, des sous-préfets, dans tout le pays on le redoutait comme le tigre. Quand il désirait s'emparer d'une propriété, d'une maison, il demandait à Tacheter; si on refusait il suscitait un procès qui ruinait le propriétaire, et finalement on lui vendait de force ce qu'on lui avait refusé de plein gré. Dans toute la contrée, il n'était appelé que Ngo Yen-wang ^ H) 3î (2), le "Méchant Yenwang". Un lettré fit un couplet satyrique pour se moquer de lui: "Yen-wang H3 3: c'est la justice même, pourquoi te plains-tu de ton surnom? Si le peuple t'appelle ainsi, sache-le bien, ce n'est point sans raison".

Quelques années plus tard il fut condamné à mort et exécuté, ses biens furent partagés par divers membres de sa famille, sa femme et ses enfants moururent dans une extrême indigence.

14° Se servir de ses biens et de sa fortune comme de deux armes pour opprimer les pauvres gens.

Exemple-

Au Hou-koang M M vécut un très gros richard nommé

(1) Les lettrés chinois ont un respect pharisaïque pour les restes de papier, où sont écrits des caractères. Dans les écoles, on les recueille religieusement, on les dépose dans un panier, puis on les jette dans un des fourneaux construits uniquement pour brûler les vieux papiers. Plusieurs de ces petits fourneaux sont assez artistement construits, et ressemblent à des pagodins.

(2) Yen-icang M 3E est le nom du dieu des enfers. Cf. II. Partie.

Cheng je, ses exactions l'avaient fait surnommer Hê-sin-pou ^ lÙ $| (!)• H voulut construire une superbe maison à étage, mais le terrain lui manquait; pour arrondir sa propriété il convoitait la maison de son voisin, appelé Te hang 5S- M1 Tchang 5JI refusa de lui vendre sa propriété. Hê-sin-pou M 'Ù S$ le fit accuser par des brigands, qui moyennant finances le dénoncèrent au mandarin, comme étant un de leurs complices. Mr Tchang 55 fut enchaîné, jeté en prison, sa mère et son épouse durent vendre sa propriété pour le tirer de prison, mais il mourut de chagrin avant d'avoir été rendu à la liberté.

Hê-sin-pou M >(? $| n'eut qu'un seul fils, qui fut muet jusqu'à l'âge de six ans. Un jour que son père lui montrait la belle maison à étage qu'il avait bâtie pour lui, l'enfant prononça très distinctement ces mots: "C'est bien inutilement que tu as volé ce terrain et causé la mort de son propriétaire". Effrayé de cette riposte inattendue, le père tomba à la renverse et mourut subitement.

15° Désunir les membres dune même famille, mettre le désaccord entre les frères, les alliés ou les amis.

Exemples.

a) Li Tchong-hoei ^ + $., lettré de Pao-ting-fou f# % /&, avait atteint la quarantaine et n'avait point d'enfants, c'était pour lui une amère douleur. Enfin un fils naquit, tous ses amis vinrent le féliciter; trois jours après, quand on mit l'enfant dans son premier bain, la nourrice annonça que le nouveau-né n'avait point d'anus; vainement on eut recours au chirurgien, le cinquième jour il mourait. Le lettré se jeta à genoux devant les tablettes de ses ancêtres et demanda pour quelle faute il était ainsi puni. La nuit suivante, on lui dit, pendant un songe:

"Voici tes deux péchés; d'abord tu as mis la désunion dans une famille en racontant de faux bruits, ensuite tu as écrit une

(1) "Le registre aux lignes noires"; allusion à certains cahiers chinois, dont le papier est quadrillé en noir.

pièce d'accusation, tu es cause que les deux frères se sont ruinés en procès, et tu es puni pour ces fautes. Si tu te repens, si tu exhortes ces gens à la concorde, et si tu fais cesser ces chicanes, tu seras exaucé,\ Il obéit et eut un fils.

b) Mi Sin-fou % fi| £, de l'ouest du Tchê-kiang ÏÏ\ H.était un habile parleur, sans conscience et fort riche. Deux frères d'une puissante famille, ses voisins, se prirent de querelle pour le partage des biens, après la mort de leur père. Mi Sin-fou % is 3^ persuada au cadet d'accuser son aîné, puis cet aigrefin s'entendit avec le mandarin local pour ruiner les plaideurs et partager les bénéfices du procès. Pendant vingt ans il jouit des dépouilles de ces deux frères, qui moururent dans la misère.

Après vingt ans, Mi Sin-fou Jfc fg f& fut impliqué dans une vilaine affaire et jeté en prison, 1278 ap. J. C. Le sous-préfet, devant qui il comparut, avait les mêmes traits de visage que le plus jeune des frères qu'il avait ruinés. Il fut condamné et fît appel au préfet, qui ressemblait absolument à l'aîné des frères qu'il avait spoliés. De rechef, il fut condamné et mourut en prison avec toute sa famille.

46° Ne pas croire la doctrine des anciens sages, s'adonner au vol et à l'impureté.

Exemple.

Sous le règne de Wan-li H Jf des Ming BJ, vivait à Tctietcheou-fou^ ffl jff un magicien de grande réputation, qui avait la prétention de posséder un charme, grâce auquel il pouvait commander aux Esprits et en obtenir instantanément tout ce qu'il voulait. Cet homme était en relation avec toutes les notabilités du pays, qui venaient le consulter. Un jour son étoile vint à pâlir, il fut convaincu d'escroqueries et de mauvaise conduite. Tous ses anciens amis se repentirent mais trop tard, d'avoir eu des relations avec un si triste personnage, et n'osaient plus se montrer en public. Qu'on juge par là du préjudice causé par les doctrines fausses.

47° Aimer les dépenses, les superfluités et le luxe, mener la vie à grandes guides.

Exemple.

Un habitant de Ta-hing-hien ^ ®j- Jj|, nommé Ou Liangtsouo ^âê» contemporain des Ming B£], possédait une grande fortune, on l'avait surnommé Ou Wan-ting -^ "JiJ $£, Ou "aux dix mille lingots". Le luxe de sa table, la somptuosité de ses appartements, les festins où il conviait ses amis, ses dépenses pour les fêtes de famille défrayaient toutes les conversations. Venait-on lui demander à emprunter quelque modique somme, il n'avait jamais d'argent. Un beau matin, un diable vint écrire sur sa porte les deux sentences suivantes: "Le ciel t'a accordé la fortune et t'a comblé de ses dons, et toi, tu gaspilles les présents du ciel et tu le méprises". Il demeura sourd à toutes les exhortations et ne changea pas de conduite. Deux fois les brigands vinrent le piller, sa fortune baissa et il mourut prématurément. Il laissait un fils nommé R'ing-ho §| Tir, qui regardait l'argent comme de la poussière; joueur et licencieux il dissipa toute sa fortune en dix ans, il ne lui resta que quatre murs, pas même d'habits et il finit ses jours en mendiant sa subsistance.

48° Traiter avec mépris les cinq céréales. (Riz, millet à panicules, millet des oiseaux, blé, légumineuses).

Exemple.

Tchang 1-fang ?M 1fè iï était un riche propriétaire du temps des Ming 0^, il possédait plusieurs milliers d'arpents de terre, et récoltait chaque année plus de dix mille piculs de grains, qu'il préférait laisser pourrir dans ses greniers plutôt que d'en distribuer une partie aux pauvres. Ses porcs mangeaient du sésame, les pois servaient de nourriture à ses bœufs, il jetait la balle dans les fosses d'aisance. L'an i 51 1 , le fleuve Jaune rompit ses digues ; ses terres furent changées en lac, il devint si pauvre qu'il mendia son pain les dernières années de sa vie.

19° L'ingratitude.

Wang Tche-suen 3E £ H, du Se-tclioan m )\\, fit toutes ses études grâce aux secours que lui accorda libéralement un de ses cousins, qui poussa la charité jusqu'à vendre son champ pour lui procurer l'argent nécessaire aux examens du doctorat. Après son admission au degré de docteur, il fut nommé sous-préfet au Kiang-nan yX iW- Son cousin, tombé dans la misère, vint lui demander secours; il ne lui donna qu'une aumône insignifiante, le pauvre homme s'en retourna sans espoir pour l'avenir, et l'amertume au cœur.

Peu après, Wang Tche-suen 3: ;£ H fut dégradé et dut retourner dans son pays natal. Tous les gens du village se réunirent à environ un li de sa maison, où ils le conduisirent en le maudissant, et en lui reprochant son ingratitude. Il n'eut pas mot à dire, bientôt après il tomba malade et mourut.

20° L'injustice dans les poids et mesures. Exemple.

Sous le règne de Wan-li H JE, 4573-4620 ap. J. C, mourut un épicier de Yang-tcheou fâ j\]. Sur son lit de mort, il fit cette confidence à son fils: "J'ai gagné toute ma fortune avec ma balance en! bois d'ébène ; la tige contient un tube à demi rempli de mercure. Pour vendre mes marchandises je fais couler la colonne de mercure du côté du plateau, pour acheter mes denrées je la fais incliner du côté de la corde de suspension (1), de la sorte j'achète toujours à poids fort et je vends à poids faible". Son fils ne fit aucune réplique, mais aussitôt après la mort du père, il brûla la balance.

Peu de jours après ses deux fils moururent. "Où est donc la Providence? s'écria-t-il en se lamentant; mon père a toute sa vie usé d'une fausse balance, et il a vécu dans la paix, quant

(1) La balance chinoise est une sorte de romaine.

à moi, je viens de brûler sa balance injuste, et mes deux fils meurent !" La nuit suivante il rêva qu'il se trouvait dans un tribunal, en présence d'un juge qui lui tint ce langage: "Ton père s'est enrichi avec une fausse balance, ainsi l'avait réglé le destin; cependant ses vols et ses injustices ont outragé le ciel, qui a envoyé les deux étoiles néfastes P'ouo $£ et Hao %fc s'incarner dans la personne de tes deux fils, dans le but de ruiner ta famille; bien plus, ta maison devait périr dans un incendie, et tu aurais été privé de descendance. Mais parce que tu as brûlé la balance de ton père, ces deux mauvaises étoiles sont rappelées, et tes deux fils meurent. Persévère dans le bien, tu auras des fils qui feront ta consolation". De fait dans l'espace de trois ans il eut deux autres fils, qui lui firent le plus grand honneur.

21° Fonder des sectes hétérodoxes, pour attirer les ignorants, en leur promettant de monter au ciel, mais au fond pour des vues de lucre et de licences morales.

Exemple.

Sous le règne de Wan-li "ffi JH, des Ming È^, la secte du "Nénuphar blanc" prit un développement extraordinaire; on promettait aux directeurs de la secte de devenir des Bouddhas, et aux gens du peuple d'être réincarnés dans la personne de grands dignitaires, dans une vie future. Les exactions et les désordres de cette société furent dénoncés à l'empereur, qui lit exécuter les principaux chefs, et la secte fut détruite.

22" Tromper ouvertement ou en secret, manquer de sincérité dans ses discours.

Exemple.

Bo San-chan <$|i = il habitait Choen rien-fou ]l|f( Ji ffi, au temps des Ming ÇJ. Il était si connu pour ses discours fallacieux, qu'on Pavait surnommé Ho San-p'ien ?f$ JE g|: Uo "le triple trompeur". Tous ceux qui l'approchaient étaient victimes de ses duperies; il parvint à réaliser une grosse fortune en trompant

les gens. Ceux qui le connaissaient en étaient scandalisés disaient que le Ciel n'est pas juste dans sa providence.

Or voici que la ville tomba aux mains des ennemis; ils brûlèrent la maison de Ho San-p'ien ffl> = » après l'avoir pillée de fond en comble, et emmené sa femme et ses filles. On sait seulement qu'il se rendit au camp ennemi pour y retrouver s;, femme, mais on ignore son sort final.

23° Proférer des malédictions, et tramer dans le secret des complots pour nuir aux gens.

Exemple.

A Té-tcheou H )>\], au temps des Ming BJ, vécut un nommé Ma Ts'ing ^ Jîf, pauvre hère sans argent et sans ressource; il s'en alla emprunter de l'argent à son beau-frère, dans l'intention bien arrêtée de ne le jamais rendre. Ennuyé de voir son beau-frère réclamer son argent, il finit par ourdir une calomnie, et le faire passer pour un associé des pirates. Le beau-frère qui ne se doutait pas de tant de méchanceté de sa part, s'adressa à lui pour le tirer de ce mauvais pas. Inutile de dire qu'il fut saigné à blanc. Ce ne fut qu'après le règlement de cette fâcheuse affaire, qu'il apprit le véritable auteur de cette infamie. Ma Ts'ing % ffi devint aveugle six mois après cette histoire.

24° Agir contre sa conscience et contre la droite raison. Exemple.

Dans la ville de Kiu-yong-hien Ç) «g S£, au temps des Ming m, sous le règne de Wan-li H M, vécurent trois frères, dont le second, Tchao Tchong ffi fl» fait le sujet de cette histoire. Cet homme sans conscience, voyant son frère aîné partir pour Kocmg tong ^ jR, résolut de vendre sa femme qui était d'une beautéremarquable. Dans ce but il écrivit une fausse lettre annonçant la mort de Tchao Pé jffi ffi, son frère aîné. Son épouse prit le grand deuil, et se lamentait jour et nuit devant la tablette de son mari défunt, croyait-elle. Le second frère l'exhorta à cesser ses

lamentations, promettant de lui trouver un bon parti, mais elle refusa de convoler à de secondes noces. Sur ces entrefaites, Tchao Tchong :ffi f4' apprit qu'un richard était à la recherche d'une belle femme pour la prendre comme concubine; sans retard, il s'entendit avec son troisième frère Tchao Ki )S $. On fit prier le frère du richard de venir lui-même examiner la femme en question, il la trouva fort belle, et le marché fut conclu pour trois cents pièces d'or. Tchao Tchong ffi ffl' eut soin d'avertir cet homme, que pour la face, cette jeune femme ferait des difficultés pour se rendre chez son nouvel époux, bien qu'au fond du cœur elle consente de plein gré. Le mieux, convint-on. serait d'envoyer une escouade de solides gaillards qui viendraient telle nuit la saisir à la maison, et la porter sur une barque, ils la reconnaîtront à ses habits de deuil. Ainsi fut réglé le plan. Mais le troisième frère Tchao Ki }'ii 2p se brouilla avec son second frère, au sujet du partage des trois cents pièces d'or; n'ayant reçu qu'une faible part du prix de vente, il dévoila le plan à la femme du frère aîné. Cette femme non moins rusée que remarquable pour sa beauté, s'en va secrètement trouver l'épouse du second frère Tchao Tchong M f'11 et lui dit: '"Cette nuit on doit venir me prendre pour me conduire à mon nouveau mari, je n'ai que des habits de deuil, aucun bijou, prète-moi ta parure, je te rendrai tout avec usure après mon arrivée chez mon nouveau mari". — Celle-ci y consentit, et elles changèrent d'habits. La nuit venue, les deux frères s'absentèrent pour laisser libre carrière aux ravisseurs; la nouvelle mariée invita la femme du second frère à un copieux souper, lui donna du vin à satiété et l'ennivra. puis se sauva de la maison et se rendit chez sa propre mère. Quand vinrent les ravisseurs, ils trouvèrent la femme de Tchao Tchong -J§ f^, habillée comme une femme en deuil, ils la saisirent et la portèrent sur une barque. Quand Tchao Tchong |§ fff1 revint à la maison, il trouva toutes les portes ouvertes, et ses deux enfants en pleurs, se lamentant parce qu'on venait de leur enlever leur mère; le père courut au port, mais on lui dit que la barque avait levé l'ancre au milieu de la nuit, et que par ce vent favorable elle devait être éloignée déjà de trois cents lis. Au moins, se disait-il en retournant, je pourrai

acheter une autre femme avec l'or qu'on m'a donné. Il fut bien désappointé, la caisse où se trouvaient ces pièces d'or avait été ouverte, et elle était vide. Trompé, volé, sans épouse, restant seul avec deux enfants en bas âge, ayant tout perdu même l'honneur, il se pendit.

25° Nier toute rétribution pour les actes humains. Exemples.

a) Yen Yeou-tch'eng M % %k était un lettré distingué, qui au temps des Ming BÊj vécut à T&i-nan-fou S ]§ M ; incrédule déclaré, il répétait à qui voulait l'entendre qu'après la mort tout est fini. Un lettré de ses amis lui dit. "A la mort tout est fini, cela s'entend que c'en est fini de la vie, mais nullement que tout est fini après cette existence. La mort est inévitable; on ne doit pas en conclure pour cela qu'elle met fin à tout, cette doctrine laisserait les honnêtes gens dans la désolation, et décuplerait l'audace 'les malfaiteurs. Certainement il y a le châtiment de la pauvreté pour le mal, et la richesse est donnée comme récompense de la vertu".

Yen Yeou-tch'eng fpî ~& fl tomba dans la misère, et n'eut pas même l'argent suffisant pour faire étudier ses enfants, telle fut la fin de cette famille de gens de lettres.

b) Yang Siun j§j ftj, riche notable de Tan-yang-hien J*\ % %, était un adulateur achevé. Un méchant mandarin le consultait pour toutes les affaires importantes du district, et quand il venait à se tromper, Yang Siun ;f§ ffjj se gardait bien de le reprendre; bref, il disait: "Amen" à tous ses désirs. Un Esprit lui apparut en songe et lui dit: "Tous les torts du mandarin Yang K'ai j§ ffl sont les tiens, et tu partageras sa punition". Peu après il fut atteint d'une maladie grave et mourut.

26° Fuir le bien et s'obstiner dans le mal.

Exemple.

Sous la dynastie des Ming m vivait à T'ai-i/nen-fou * & M

un nomme

S Li Yeou-yong $ * #, Pécheur obstiné. "Ma seule

crainte est de passer pour un homme de bien, disait-il avec vantardise". A qui tentait de le retenir dans ses emportements, il répondait crânement : "En faisant le mal je m'enhardis pour aller faire visite à Yen-wang |$ ZE, le roi des enfers". Un cancer lui dévora la bouche, et trois jours après sa mort, il revint annoncer à sa femme, que Yen-wang fês) 3: lavait puni de ses crimes en le condamnant à être changé en chien, dans une première survivance, puis en cheval dans une seconde.

"Vous pouvez vous en assurer, reprit-il; hors la porte de l'Est, dans telle famille, vient de naître un petit chien caille à collet blanc, allez et apportez-moi ici". Son jeune fils trouva le petit chien, qui se mit à pleurer en le voyant, et avec sa gueule le tira par ses habits pour le conduire dans sa maison. On le porta ensuite dans la pagode de Fa-hoa-se £fe ifi n£, et quand des bonzes d'une vertu plus qu'ordinaire chantaient leurs prières en frappant sur leurs instruments, le chien allait les écouter et paraissait les encourager par ses mouvements de tête.

ARTICLE V

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