CONCLUSIONS
1° Les châtiments ordinaires infligés aux pécheurs sont les suivants : Les procès, les disputes, les inondations, les incendies, les vols, les brigandages, les désastres, les ulcères, les épidémies, des enfants débauchés et prodigues, des fausses couches, des suicides, des morts, les hommes se font voleurs ou brigands, les femmes sont perdues de mœurs.
Exemple.
Un homme de l'époque des Ming BÉJ, nommé Che Koang ^ Jf, de Jou-tcheou fâ >H1» riche et dur, faisait la terreur du voisinage et de sa parenté: on le dénonça aux autorités supérieures, il fut conduit dans les prisons de la capitale de province. Comme le viatique ne suffisait pas, il pria son fils de retourner chez lui pour lui en apporter, mais des brigands le dévalisèrent ; mulets, chevaux, habits, argent, tout fut enlevé. Che Koang M ^ mourut de désespoir dans sa prison ; c'était en plein été, les vers rongèrent son cadavre.
2° Une rétribution prochaine existe pour la vie présente de chacun des hommes, la rétribution éloignée s'étend jusque sur ses fils et petits-fils, car les Esprits connaissent en détail toute la vie des hommes, et dans les calculs touchant la rétribution il n'y a pas Terreur d'un seul cheveu.
Exemples.
a) Un scribe du tribunal de Sou-tcheou & ')\\ nommé Eo Ing-yuen fà Jg 7C eut un fils nommé Cheng ». Son grandpère maternel le fit venir chez lui vers l'âge de quatre ans. Pendant le voyage en passant à Ling-lda-chan % % LU , après la
(1) Même ouvrage ; livre IV. p. 58 et suivantes jusqu i
à la fin.
première veille (1), on vit venir du nord un cortège de cavaliers portant des lanternes, pour saluer Mr Ho -fpj" à son passage, après quoi ils tournèrent bride et prirent la route de l'ouest. La gouvernante du jeune enfant informa son père de ce qu'elle avait vu; sûrement, lui dit-elle, cet enfant est appelé à une haute destinée. Or à 17 ans il devint aveugle. Son père alla consulter un vieux tao-che réputé pour avoir commerce avec les Esprits. Le magicien pria les Esprits, puis dit au scribe: "Ton fils devait être admis aux grades littéraires, mais parce que tu as écrit des fausses pièces, et fait emprisonner plusieurs innocents, pour t'enrichir à leur grand détriment, tu seras privé de descendance, et ton fils va reprendre une nouvelle existence dans une famille vertueuse". Le jeune homme ne tarda pas à mourir.
b) Au temps des Ming 0^ vécut à Yang-tclieou % fi\ un homme nommé Cheng Yuen-tche fà 7C ÛË; il entretenait dans ses appartements plusieurs jeunes garçons d'une grande beauté, et se livrait avec eux à d'infâmes jouissances. Plus tard, il eut deux fils qui devinrent des monstres de débauche: sur les plaintes du voisinage il voulait les livrer au mandarin local et les faire décapiter. Le chef de famille lui dit: "Ces deux fils sont la punition de tes crimes de sodomie, et ce n'est probablement encore qu'un des châtiments qui te sont réservés. En faisant tuer tes enfants, tu aggraves encore tes fautes". Il reconnut mais trop tard l'horreur de sa conduite; un jour qu'il traversait le Kiang fX., sa barque chavira et il se no}^.
3° Tout bien est récompensé, tout mal est puni.
Exemple.
Du temps des Song % un colonel nommé Kouo Tch'eng-ngen §ft & S, renommé pour sa grande probité, se dirigeait vers la capitale pour les examens, avec un autre officier nommé Yuen Tcheng jt $k, justement détesté pour ses vexations. Tous deux
(1 Entre neuf et dix heures du soir.
Fig. 193
Un esprit coupe la barque en deux et rend à chacun selon ses œuvres.
voyageaient dans la même barque; quand ils arrivèrent sur les limites du pays de Chao-hing fà JR, une tempête se leva et on vit un Esprit, armé d'une hache, qui coupa la barque en deux. Kouo Tch'eng-ngen |ft j^g, qui se trouvait à l'avant, put aborder, et eut la vie sauve; son compagnon, qui se trouvait à l'arrière, coula à pic et fut noyé.
4° Le but que je me suis proposé en composant cet ouvrage, c'est d'exhorter les hommes à suivre mes conseils. Le style manque de profondeur 1) peut-être, mais cette doctrine a une grande utilité pratique.
Exemple.
Siu Tsien-i % jjj| H, marchand de soies de Tchang-tche -^ ia, se rendit à la capitale pour son commère. Un exemplaire des "Exhortations de Koan-tï' lui tomba par hasard dans les mains, il trouva ce livre fort à son goût; le premier et le quinzième de la lune il ne manquait jamais d'en lire quelque passage. Un jour il reçut une lettre lui annonçant que sa mère était paralysée, et clouée sur son lit. Tsien-i ji§ H fit vœu de distribuer au peuple dix mille feuilles volantes sur lesquelles seraient imprimés des tracts moraux tirés de cet ouvrage. A peine son vœu fut-il accompli, qu'une seconde lettre lui apprenait que sa mère était à demi guérie, et à son retour il la trouva en parfaite santé.
5° Que celui qui méprise mes exhortations ait la tête tranchée et le corps coupé en morceaux! par contre, celui qui lira ce livre évitera toute adversité et jouira du bonheur (2).
Un soldat nommé Ts'ai Koei-yu ^JtSl de Ling-wei # féf, violent et grossier, était irrespectueux pour les Esprits. Passant
(1) Parce que l'auteur veut se mettre à la portée de tous ceux qui ont étudié les caractères chinois.
(2) N'oublions point que les titres des alinéas sont les paroles, que l'auteur met dans la bouche du dieu Koan-ti Hf iff.
un jour par un village où des tao-che 3Ë i étaient réunis pour réciter leurs prières, Ts'ai Koei-yu ^ j=f; ^ ivre, demanda aux tao-che quelles étaient ces prières qu'ils récitaient? — "Ce sont les prières à Koan-ti JH 'rff, lui dirent-ils". — "Que me chantez-vous avec votre Koan-ti jt| ^ et ses prières, reprit-il brutalement, qu'il me tue, s'il en est capable !" Ce disant, il prit le livre de prières, le déchira en morceaux, le jeta à terre et partit. Les taoche dirent: "Cet homme est ivre, c'est vrai, mais il sera certainement puni de son blasphème". Un demi-mois après, l'ennemi avait passé les frontières, le soldat suivit son régiment et fut tué dans un combat.
6° Voici les récompenses promises aux ouvres vertueuses: Quiconque demande un fils en obtient un, celui qui demande une longue vie se voit exaucé ; le bonheur, la fortune, les dignités, rien ne lui manque.
Exemple.
Ou Tse-fang l/| ^ 5^, né d'une famille de riches marchands à Ta-king -fc S&7 réalisa une grosse fortune. Mais la richesse ne remplissait qu'une partie de ses désirs, il eut voulu que ses fils fussent plus tard de hauts dignitaires à la cour. Dans ce but, il faisait de nombreuses bonnes œuvres pour obtenir de Koan-ti Hpj ^ des enfants distingués dans les lettres ; il composa aussi une prière pour lui demander cette faveur. Il fut exaucé, car il eut deux fils qui furent tous deux gradués et mandarins. A partir de cette époque les dignités furent comme un apanage de tous les membres de cette famille.
7° Tout ce qu'on demande on l'obtient, plus d'infortunes, un bonheur complet, mais cette parfaite félicité n'est donnée qu'aux hommes vertueux.
Exemple,
Ts'oei Wei $tï$, lettré de Fou-tcheou flg j]}, enseignait dans la maison d'un riche notable. Dans son école, une image de Koan-
H !§ îfr était suspendue au mur. Chaque soir, le vieux notable venait brûler de l'encens, et restait quelque temps devant l'image, sans proférer une seule parole. Ts'oei Wei ^ Jt lui demanda' un jour quelles prières il adressait à Koan-ti |f %}.— "Je lui demande, reprit le vieillard, 1° la santé pour ma mère ; 2° la réussite aux examens pour tous mes enfants; 3° la paix dans la famille, la concorde entre tous ses membres. Koan-ti H if m'a accordé toutes ces grâces, il ne me reste plus rien à lui demander, et je reste quelques instants en sa présence pour examiner ma conduite, en retrancher tout mal et multiplier mes bonnes œuvres.
Ts'oei Wei fë J|l dit en soupirant: "Hélas! quel bonheur ne pourrait obtenir un vieillard si vertueux?" En fait sa famille devint très puissante ; bonheur, richesse, longue vie, dignités, toutes les félicités semblaient s'y être donné rendez-vous.
8° Mon unique but est d'aider les gens de bien, sans aucune pensée d'intérêt. Que tous les bons suivent mes conseils sans jamais se ralentir dans la bonne voie.
Exemple.
Un épicier de Siun-hien $f )H (1), nommé Li Tchoen ^ ip, au temps des Ming §£j, était très charitable; il résolut d'établir une œuvre de bienfaisance pour les vieillards, les infirmes, les aveugles, bref, pour tous ceux qui se trouvaient dans l'impossibilité de gagner leur vie. Il s'associa six autres marchands, mais ceux-ci ayant éprouvé des revers dans leur commerce, se retirèrent les uns après les autres et laissèrent à Li Tchoen ^ ïfl la lourde charge de soutenir l'œuvre commencée, il y dépensa toute sa fortune. Un jour son fils en creusant la terre y trouva dix lingots d'or, c'était la réponse de Koan-ti |H) iff, à qui le généreux bienfaiteur s'était adressé avec larmes, pour le supplier de venir à son secours.
(1) Ville du Wei-hnei-fou fff m M au Honan ffi }%.
ARTICLE VI
AUTRES ŒUVRES HUMANITAIRES RECOMMANDÉES PAR LES GODES Dl : MORALE CONFUGÉISTES.
Le u Sing-che-tche-yen M 141* ïâ 1È"\ édition de 1879, ouvrage
très connu et se posant nettement comme confucéiste, donne une liste de plusieurs autres bonnes œuvres, particulièrement conseillées pour le plus grand intérêt de l'humanité.
Nous les ajoutons aux pages précédentes pour compléter le code de morale pratique.
1" Bien traiter ses serviteurs.
Ces gens passent au service d'hommes plus fortunés, parce qu'ils manquent de nourriture et de vêtements, il ne faut pas les invectiver, les battre et leur rendre la vie impossible (1).
2° Promouvoir les sociétés appelées Kieou-cheng-hoei $fc EL 1J\ instituées pour s'occuper des bateaux de sauvetage.
Ces bateaux, connus vulgairement sous le nom de Kieou-mingtch'oan )$5c pjr jjft, stationnent dans les ports sur les bords des grands fleuves et des grands lacs; ils sont montés par de hardis marins, qui au moment des tempêtes vont porter secours aux bateaux en perdition. Avec un gouvernement qui se préoccupe si peu des intérêts du peuple, cette institution est une vraie bonne œuvre. Malheureusement la cupidité du païen la rend vénale, et presque inutile pour les pauvres gens.
3° Se bien garder d'écraser les fourmis et les autres petits insectes, en marchant sur les routes. Ici perce l'influence bouddhique.
4° Allumer des lanternes sur les routes aux abords des bourgs ou des villes, et sur les rues pour faciliter la circulation
(1) Sing-che-tche-yen j% ^£ jg ff p. 5.
après la nuit tombée (1). (Il faut avoir vécu longtemps à Tintérieur de la Chine pour bien comprendre cette bonne œuvre. La maxime est celle-ci: Chacun pour soi, à chacun de s'en tirer).
5° Ouvrir des écoles gratuites, pour permettre aux enfants pauvres d'étudier les livres classiques.
Les pauvres qui n'ont que juste le nécessaire pour se procurer leur maigre alimentation, sont dans l'impossibilité de procurer à leurs enfants une éducation même élémentaire. Pourtant, un homme qui ignore les caractères demeure comme frappé d'impuissance pour tout le reste de sa vie. Nous exhortons donc vivement les familles à l'aise de participer à cette bonne œuvre vitale pour les élèves pauvres (2).
6° Distribuer aux mendiants, aux affamés, des habits d'hiver et des bons de riz.
Le plus souvent ces bons de riz sont distribués aux pauvres, non pas pour leur donner gratuitement le riz, mais ils leur donnent le droit d'acheter à un prix réduit, une quantité déterminée des céréales qui sont emmagasinées dans les greniers publics. Quant aux distributions d'habits, elles finissent généralement par une poussée formidable, et une razzia complète du magasin (3).
7° Distribution gratuite de remèdes pour les malades pauvres.
Surtout au moment où sévissent des épidémies parmi le peuple, c'est une œuvre de grande charité de distribuer des remèdes reconnus pour leur efficacité, aux malades pauvres, qui n'ont point l'argent suffisant pour en acheter dans les pharmacies.
(1) Même ouvrage P'
(2) „ P"U' Note. -Les écoles gratuites en Chine sont plutôt un nom qu'une réalité.
D'abord il est de règle que les élèves offrent des présents au maître, à certaines époques déterminées: v. g. au nouvel an, au 5 de la V« lune, au 1. de 1, VIF lune, le jour anniversaire de la naissance etc, etc.. .De plus, ceux qui sont généreux, sont bien traités; ceux qui lésinent, reçoivent des coups.
(3) Même ouvrage p'
8° Contribuer à la bonne œuvre des cercueils.
Les pauvres gens qui meurent sur les routes, ou les indigents dont la famille ne peut se procurer un cercueil, courent le risque de rester exposés de longs jours aux injures du temps. Si c'est pendant les chaleurs de l'été, leur corps se décompose, et est dévoré par une multitude de mouches et de vers ; nous exhortons donc les personnes charitables à donner sans tarder leur obole, pour procurer un cercueil à ces misérables déshérités de la fortune (1).
9° Recueillir les ossements des morts pour les confier à la terre.
Les mendiants qui sont enveloppés dans une simple natte et enterrés à fleur de terre ; les indigents, déposés dans un cercueil peu solide, et qui se pourrit en quelques mois, sont souvent dévorés par les porcs et les chiens. Que les sages lettrés les prennent en pitié ! Qu'ils envoient un vieillard recueillir ces ossements humains et les enterrer pour les mettre hors la portée de ces animaux immondes (2).
4 0° Etablir des orphelinats.
Voici en entier ce passage qui pourra éclairer certaines personnes bien intentionnées, mais étrangères aux mœurs chinoises.
"Il ne faut point noyer les petits enfants, garçons ou filles. Les garçons surtout ne doivent jamais être noyés; j'ajoute que les petites filles elles-mêmes ne doivent point être noyées".
Il ne faut point les mettre à mort sous prétexte que les enfants sont trop nombreux dans la famille. Celui qui noie une petite
(1) Note.— Dans la plupart des villes de l'intérieur, on ouvre une souscription dans le quartier où un mendiant vient de mourir : chacun des habitants de cette rue donne une aumône au collecteur, pour acheter un cercueil au défunt. Dans quelques villes il y a aussi une société qui a des revenus fixes destinés à l'achat d'un certain nombre de cercueils, qui sont gardés en réserve, et distribués au moment voulu.
Même ouvrage p. 8.
(2) Même ouvrage p. 12.
Fig. 194
Suea Chou-ngao enfouit un serpent.
fille ne restera point impuni; combien ne voit-on pas de familles par toute la Chine, qui sont punies pour ce crime?
Pour y mettre fin, que les voisins prennent ces enfants et les adoptent pour leurs propres filles, ou bien qu'on les porte à l'orphelinat; ce sont là deux moyens faciles de les sauver de la mort.
Evitez avant tout de les jeter dans Peau ou de les tuer et de vous en faire des ennemies, qui reviendront vous demander vie pour vie, tourmenter vos femme enceintes et les faire mourir de fausses couches. Que tous les sages s'efforcent d'exhorter les gens à suivre ces conseils (1).
Les gens tuent leurs enfants uniquement pour cause de pauvreté, un enfant de plus, c'est une bouche de plus à nourrir. S'il existe des orphelinats où ils puissent les porter, pourquoi tuer ces petits êtres, garçons ou filles? Jl est donc de toute importance de construire des orphelinats pour enrayer cette coutume de tuer les enfants.
Nous osons donc supplier tous les hommes sages de construire des établissements, où on accepte ces enfants pour les allaiter".
Suivent les principaux points du règlement de ces orphelinats.
On peut voir par le passage précédent, traduit mot à mot, que les lettrés eux-mêmes déplorent comme une coutume enracinée la barbare habitude de noyer et de tuer les enfants (2).
^1) Ici, les lettrés, pour donner plus de poids à leurs exhortations, font appel à la croyance populaire des revenants et des T'eou-cheng-koei$x '\i $1 (ffTj. V. 1ère Partie. Recherches sur les Superstitions.
(2) Cf. Même ouvrage p. 9.
Note. — La plupart de ces œuvres de bienfaisance sont splendidement décrites dans les livres; des règlements détaillés et parfaitement élaborés sont affichés aux yeux du public, pourtant en réalité elles restent stériles pratiquement.
Les revenus provenant de biens fonciers quelquefois considérables, sont gaspillés, volés; et pour utiliser l'expression chinoise, cet argent "se colle aux mains" de tous ceux qui le manient. La qualité maîtresse en fait de bonnes œuvres, c'est la conscience, et celle du païen est bien oblitérée.