‹ Recherches sur les superstitions en Chine (volume 5)Chapitre 26 sur 100 · APPARITIONS DE LAO-TSE · texte numérisé non relu

APPARITIONS DE LAO-TSE

])()ur prénom Tse-hiao -^ ^. Disciple de Lao-tse. il s'exerça à la vertu à Lia chan /.H; [Ij pendant sept cents ans, et. sous le règne de Lié wang ^^;1 3i (375-369), il atteignit la i)erfecti()n des Génies. L'enii)ereur cnvo\a un de ses officiers reconnaître le lieu même où ce Génie avait hal)ité, et on donna à la montagne le nom de Tsing liu chan Jp/ jS; [Jj , puis de K'oang feou pi 4l, du nom de K'oang-Sou sien-cheng |^ $^ 7I; ^.

Plus tard, l'empereur Man Ou-ti \fi ft^ '7^"-, pendant l'un de ses voyages aux montagnes les plus célèbres pour y offrir des sacrifices aux diverses dixinités, demanda (pii était le Génie intendant de cette montagne. On lui apprit que c'était la solitude où s'était exercé K'oang-Sou sien cheng |M f^" ^^ ^. Sur cette réponse, ii ordonna de construire sur les bords du torrent Hou-k i /J£ \§. un temple, où on offrirait des sacrifices au Génie. Cet ancien temp'.e fut ensuite donné au l)onze Hoei-yuen ^ .-g, le fondateur de l'Amidisme, et prit depuis le nom de Tong-lin-se Ai kh ^V'' P^ig'"^" '"-i résidèrent plusieurs bonzes célèbres dans l'histoire.

Lao-tse conféra à K'oang-Sou (M '^ff le titre de Tchen-jen î^ X ('surhomme, héros taoïste), lui donna l'intendance sur eau et sur terre des pa}s de Ou -^^1 et de Tch'ou ;^, et lui remit un sceau, insigne de sa dignité officielle de L^résident des huit tri- Inmaux des Esprits des épidémies. Aussi le nomme-t-on communément: Ibjuf)-wen K'oang feou sien ciieng ^ ^liî (M -^î ^ :ÉË-

En IIOL l'empereur Soiig Iloei-tsong lui décerna le titre honorificpie de Tsing liiing tciien-jen t^ fjlj m. )\.

(1) Iloi'n-yucn c-hcns-l<i, K. \I. p. lJ-12.

ARTICLE L L'enlreviie de Coiiriieius et de Lao-lse.

Au sommet de l'humanité est le Saint: sa science est innée; au second degré est le Sage, qui acquiert sa science par l'étude. Lao-tse et Confucius sont deux Saints. Confucius n'ignore rien de ce qui est profital)le à l'humanité: même ce que les savants ignorent, Confucius le sait. S'il alla trouver Lao-tse pour conférer avec lui. ce n'est pas qu'il eût besoin de ses leçons, mais ce fut pour donner l'exemple aux lettrés. Aussi, quand il fut de retour, il loua le \'ieillard en le comparant au dragon.

A la demande de Nan-kong King-chou |^J 'g' ^ ;}îj(, le prince de Lou -^ donna à Confucius un char, deux chevaux et un cocher pour le conduire dans le ro}aume de Tcheou ji] ; Nankong l'accompagna.

Les récits les plus fantaisistes ont circulé de siècle en siècle relativement à cette célèbre conférence. D'après le Che '^i otî lE (!)• Lao-tse aurait dit à Confucius: "Vos paroles me font l'effet d'os desséchés; elles ne sont (ju'un son ([ui frappe l'oreille, elles sont \ides de sens. Un vrai sage examine et pèse les circonstances; quand le temps s'}' prête, il accepte une situation officielle ; si le temps ne lui semble pas propice, il se retire des affaires." (Z)

Voici maintenant un résumé de leurs conversations d'après le Tao-tsang-tsi-yao ^ -;|| i)!.| '^" : Une première fois, Lao-tse

(1) Che-ki ^ lE, liv. 63, p. 1.

(2) Critique acerbe de la conduite de Confucius, l'éternel mendiant de dignités.

refusa de rece\oir Contucius, qui se présentait accompagné de Tse-lou -^ \i^. Cnnlucius écrivit alors la dissertation comprise dans le chapitre T'ai-man l\: gg des canonicpies. Lao-tse lui en demanda le sens. Coniucius répondit: "Il est question ici d'humanité et de justice. — Ces deux vertus sont naturelles à riiomme", dit Lao-tse. — Confucius reprit: "L'humanité et la justice consistent dans l'amour universel et sans préférence. — Hélas! répliqua Lao-tse, vous parlez comme un enfant. Ce prétendu amour universel et sans préférence est une préférence. A ({uoi bon nous saturer les oreilles de ces grands mots: humanité, justice? A vous entendre parler sur ce thème, on dirait que vous battez le gong pour ressusciter un enfant. Ah ! vous ne parlez point en homme sensé!"

Après une autre conversation sur le Lt |^ et le Yang |^-, Confucius lui parla de ses six canoniques, traitant des premiers souverains et des coutumes anciennes, puis il ajouta avec mélancolie : "Hélas ! pas un seul souxerain ne veut mettre ma doctrine en prati(iue! D'où vient le peu de cas qu'on en fait? serait-ce que ma doctrine est ol)scure, ou cpte les hommes sont mal disposés? — Par bonheur, répondit Lao-tse, vous n'avez point rencontré de princes intelligents. Ces fameux livres canoniques ne parlent (|ue des faits et gestes des anciens souverains: en quoi cela les touche-t-il ? V^ous ne parlez que du passé; or le passé n'est (pie la trace du soulier, ce n'est pas le soulier lui-même. N'imitez donc pas les lierons. (|ui se regardent des journées entières sans cligner de r(cil. Votre doctrine doit s'adapter à tous les temps et à toutes les classes d'homme^. Tuis. si vous m'en crovez, vous imiterez les marchands judicieux, cpii n'exposent pas à la devanture de leurs boutiques les marchandises de grand prix, mais les conser\ent soigneusement enfermées au lond de leurs magasins. Le véritable sage ne fait jamais parade de ses vertus; il est simple et n.iturel dans toute sa conduite. Renoncez à ces grands airs prétentieux, à cet amour pro])re. a cette vie errante et anil)itieuse. Ouelle sottise de censurer sans relâche

les travers d'aulrui, sans se rendre compte de la situation critique où nous réduisent nos propres défauts !"'

Lao-tse reconduisit ( 'onfucius. et, en prenant con^é de lui. ajouta une dernière et verte leçon: "Les riches ont coutume d'offrir des présents en reconduisant leurs visiteurs; pour moi, je préfère vous donner un bon conseil. Que de prétendus sages détournent constamment les }eux de leurs propres défauts, pour ne considérer que ceux des autres!"

Confucius remercia son interlocuteur et se retira silencieux. Pendant trt)is jours il ne parla pas. Ses disciples, surpris de ce silence ])r()iong-é. lui demandèrent son opinion sur T.ao-tse. "Ne m'en parlez pas. répondit Coni'ucius. Le dragon change sans cesse de forme; il a])])arait et disparait à son gré. il monte dans les nues, agit ou se cache, comme bon lui semble: que peut-on lui dire? Je vois où l'oiseau s"en\'ole ; je sais que le poisson descend au fond des eaux et que les bêtes fau\es vont se tapir dans les fourrés; mais je ne puis me rendre compte de la nature du dragon, qui monte dans les cieux porté sur l'aile des vents et des nuages. Lao-tse est aussi insaisissal)le que le dragon" (1).

ARTICLE IL I. A <niell«' ôpoquo \éeiit I-a<J-lsc?

C'est surtout à propos de l'entrevue de Confucius et de Lao-tse, que les historiens se posent la question, toujours insolul)'e, de l'épocjue précise où vécut ce dernier philosophe. Je n'ai point la prétention de résoudre la difficulté, et probablement

(1) Cgs derniers mot'? sont restés historiciues. et beaucoup d'auteurs n'ont plus appelé Lao-tse que clu noin de Veou-long ^^ f j? : le "Semblable du dragon."

Je n'ai trouvé aucun auteur (lui nie cette entrevue célèbre; pourtant les lettrés avaient tout intérêt à le faire.

ART. II. -A QUELLE ÉPOQUE VÉCUT LAO-TSE? 57

elle ne sera jamais dériniti\enient résolue: je veux seulement apporter ici c|uel(|ues documents, sur iesciuels on s'appuie pour étal)]ir les (li\erses opinidus. Ce sont du reste à peu ]n"ès les seuls que nous possédions.

!'■ Opimon. — Lao-tse serait né la 9 année de ()u-ting |Ê^ "7"' l'>16 av. J.-C. l'année cycH(|ue Keng-tch'en j|| j^, le 15 de la seconde lune. — 13'a|)rès les meilleurs auteurs, la 9*" année de Ou-ting était l'année I-tcheou 2^ ^- du c\cle chinois (1).

2 Opinion. — Lao-tse \int au monde la -îi année de Ou-ting, 1291 av. J.-C. — Là encore, l'année cyclicpie désignée, Keng-tch'en /)f ^, ne cadre pas avec le cycle généralement reçu: cette :)4 année de\rait être l'année Keng-in J% jî'{ ['!).

3 Opinion. - La naissance de Lao-tse arriva l'année \mao ^ .Ç||, la 42" année de Siuen-wang f{ 3E. ^''^*' ^i^'- J--C. — D'après cette théorie, Lao-tse aurait eu pour père Li ^'uenkao ^ ^ |i (-5).

4'' Opinion. — Lao-tse serait l'arciiiviste Pé-\'ang-fou f^ |i§ ^ du règne de Yeou Wang 1||| ]£. 781-770 av. J.-C— Le commentaire du Che-ki i,|j J\^ inflige un blâme aux tenants de cette opinion (4).

T)'' Opinion. — La naissance de Lao-tse est fixée au règne de Ting-wang '^ 3E- ()06-58r) av. J.-C. — C'est ro])inion à lacpielle s'est rallié le P. Zottoli, a])rès beaucou]) de recherches.

Cette o])inion nïe parait de beaucouj) la plus ])r()bable. car il me semble difficile de nier l'entrevue du \-ieux philosophe avec

(1) Tao-tsang-tsi-yao (Yeou-long tchoan) irt ^ ifif g ïft lil i^/) P-18. Cheou-chen-ki (Chnng) ^ fiiji |£ ( h\ 15. 5.

(2) Opinion relatée dans les ouvrages: Sou-wen-hien-l'ong-kao ffi s: BM^;, liv. 24 1, p. 12; - Chen-sien -t'ong-kien ^rji {||| M M- l'v. 4, art. y>, p. 2.

(3) Yuen-kien-lei-han )f;\ g* :|f( j^q, liv. 31S, p. (! ; — Lou-che (Heouki) m !b. m ^E), liv. 7. p. 11.

(4) Che-ki ^ %^, liv. fi3, p. 1.

Confucius. Le Chc ki ^ fg, l'ouvrage le plus autorisé pour cette époque, admet cet entretien (1).

Documents les plus précis irouvés dans les livres dliistoire chinois. =

1" Le "Fou-tsou fong-tsai" ff, jjî£ jg ^. K. IV, p. 22. Cet cavrage donne les dates suivantes: "L'entrevue de Confucius et de Lao-tse Lao-Tan ^ Jf^, à la cour des Tcheou ja\. eut lieu la 19'' année de King-Wang -^ ^. Tannée Lhai ^ ^, ô26 av. J.-C. Confucius a\ait alors 26 ans, et Lao-Tan avait 79 ans accomplis. Lao-tse mourut ") ans après, c'est-à-dire l'année Kimao 2 ^|]. 522, à l'âge de 84 ans." — D'après les documents des ouvrages taoïstes, l'entrevue de Confucius et Lao-tse aurait eu lieu en M)'.). S'il est vrai qu'il soit mort dans sa 84'' année, il aurait donc vécu de 084 à -lOO ; Confucius aurait eu 48 ans iors de l'entrevue. Cette date parait vraisemblable.

2° Le Hoen yucn cbeng-ki 'i^ jC M lE- K. L p. 27, donne comme date de cette entrevue l'année 50:5, la 17*' année de King-Wang ^^ 3E.

8" Le T'ai-chang Lao-kiun nien p'ou yao lio ^ J^ -^ ^ ^ ^ 'U- lll^< P- 6, fixe cette date à l'année Ou-Siu Jfjc )^ de King- Wang ^^ ï. 50)1 av. J.-C.

4° Le T'ai-cbang hoen yuen Lao-tse che lio -Jk ^ î^ ït :^ "? !i IH^. K. J^, p. i), donne aussi l'année 503.

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