ART. VI. — LAO-TSE ET KO HIUEN
Depuis lors, troi fois l'an il alla au Ciel pour y présenter ses devoirs.
Les deux bonzes Che Tao-wei ^ j^ (5J[ et Tchou Fa-lan ~ W: M (1) vinrent à T'ien fai-chan s'ofifrir à Ko Hiuen comme disciples, et le prièrent de leur expliquer en quoi le Taoïsme diffère du Bouddhisme. Ko Hiuen leur répondit que les deux religions n'en sont ciu'une. sans différence de plus ou de moins quant à la dignité; seuls les noms diffèrent. — On voit encore à T'ien t'ai-chan la terrasse élevée au lieu même où les deux bonzes reçurent les instructions du tao-che Ko Hiuen et les livres taoïstes: Ou yo tchen hing t'ou 5. M ^ ^> Iffl- Tai-chang kin tan king ic J;; ^ .MJ- ^^. Ling-pao tse-jan ou tch'eng pao yao wen S '^ É ^ 3r ^' M '^U ^- San-hoang nei-wen ta-yeou miao king H M 1^ ^ :^ W ,^' î|?' T'ien-che tche kiao kin chou yu-tse ^ f>f|i m iic -J^ s^ 31 ^- — Le tao-che remit à chacun des deux bonzes une tige de Ling tche ts'ao M S ^ (herbe des Immortels), à chacun une pilule, et à partir de ce jour ils n'éprouvèrent plus aucun besoin de recourir à l'alimentation par les céréales. Il les envoya ensuite en pèlerinage aux montagnes célèbres, et leur promit d'achex er en cinq ans leur formation complète, et de les conduire à la dignité de génies.
La 7'' année de la la période Yen-hi ^ ^, sous le règne de Heou-ti H ^ des Chou-han ^ [^ (244 ap. J.-C). le 15 delà VIIL' lune. Ko Hiuen monta au ciel ; il avait 81 ans. Lao-tse vint avec les phalanges célestes le recevoir à la porte du Ciel (2) ' Ses habits, sa ceinture et son chapeau, restés sur terre, furent transportés par son fils Ko Ts'uen ^^ à Kiu-yong bien, au Kiang-sou, où on les enterra. En 1246, l'empereur Li-tsong lui conféra le titre posthume de Fou-}'eou tchen-kiun ^ f;^ m. M.
Du point de vue historiciue, Ko Hiuen fut un jongleur, un filou qui se lit passer pour visionnaire afin d'en imposer à ses
(1) Hoen-yuen cheng-ki, K. VII, p. 31. — L'auteur fait bon marché de la chronologie!
(2) Hoen-yuen cheng-ki, K. VII, p. 31-34.
contemporains trop crédules. Il ne fonda aucune doctrine nouvelle, et préféra toujours le vin à la philosophie.
Les livres taoïstes sont pleins de légendes qui circulent sur son compte. En voici quelques échantillons.
Un jour, pendant son repas, tous les grains de riz qu'il avait mangés se changèrent en gros frelons rougCvS ; l'essaim sortit de sa bouche et alla se grouper sur son dos, puis ils rentrèrent dans sa bouche où ils se changèrent de nouveau en grains de riz.
Pendant un banquet avec le génie Kin kao ^ '^, les deux tao-che s'enivrèrent. A leur réveil, les deux carpes transcendentes qui leur avaient servi de montures s'étaient pétrifiées ; Sien wong f[Il m '^s remplaça par deux grues c|u'ils montèrent au retour. (1).
ARTICLE VIL l-ao-tse et le tao-clie lî'eou li'ieii Iclie ^ fi 7^.
La seconde année de la période Chen choei. l'année cyclique I-mao, sous le règne de T'ai tsong Ming yuen-ti -jk ^ ^^ j\^ •^, des Yuen-Wei, en 41.") ap. J.-C, à la 10 lune, Lao-tse apparut de nouveau, mais cette fois-ci. ce fut K'eou K'ien-tche % W- ^' maître de Tch'eng Kong-hing jj^ ^ M. qui eut l'honneur de recevoir la céleste visite.
Lao-tse descendit des cieux sur la montagne sacrée de Song-chan ^ [i|. Deux estafettes célestes richement costumées, vêtues d'une livrée en plumes d'or, casques d'or en tête et sabres à la ceinture, montant des dragons, vinrent annoncer à K'eou K'ien-tche que T'ai-chang Lao-kiun api)rochait. l'ientôt en effet la musique se fit entendre, et Lao-kiun, digne et majestueux, assis sur un char trainé par neuf dragons, descendit du ciel. Des légions de génies et d'Immortels composaient sa brillante
(1) Chen-sien t'ong-kien, K. X, art. VIII, p. 1 ; K. XI, art. I, p. 2-4. Tao-tsang, Vol. 201, No 457, p. 2-27.
ART. VII. — LAO-TSE ET k'eOU KIEN-TCHE, 81
escorte; il s'arrêta sur le sommet de la montagne sainte. Cinq Immortels, ses officiers, tenaient la tête du cortèg-e. Soudain, cinq portes monumentales s'ouvrirent sur la façade d'un superbe palais; de mélodieux concerts égayaient ce séjour enchanteur, où Lao-tse parut assis sur un trône de feuilles de lotus au reflet argenté. Il commanda à Wang Fang-ping ^ if ^, chef de sa maison militaire, de lui amener K'eou Kien-tche.
Dès qu'il fut arrivé en sa présence, Lao-kiun lui dit: "Tchao Hong-tcheng ^ f^ ï^ et les Immortels de mon palais m'ont fait connaître votre haut mérite; ils m'ont aussi informé que, depuis la mort de Tchang Tao-ling, le Taoïsme n'avait plus de Maître: je veux \ous constituer le protecteur du royaume, et le libérateur du peuple." A ces mots, il lui donna le King kiai In^ J^ (1) eii '^ livres, puis la vision s'évanouit.
La 2 année de T'ai-tchang. l'an Ting-se, 417, le 15 de la 1ère lune, Lao-tse apparut de nouveau à K'eou Kien-tche, lui donna de nouveaux formulaires de talismans, et l'établit successeur de Tchang Tao-ling avec le titre de "Maître du Ciel." L'an Koei-hai, 423, le 15 de la X'' lune, Lao-tse envoya un de ses descendants nommé Li P'ou-wen ^ ^' "^ (2), avec ordre de remettre à K'eou Kien-tche quatre talismans du palais du ciel, un chapeau d'Immortel, des habits célestes, le titre honorifique de T'ai-p'ing-tchen-kiun -j^ ^ ^ ^, "Vrai prince de la paix", et six fruits des vergers du ciel. Dès qu'il eut mangé ces fruits, il ne toucha plus à aucun aliment terrestre. Douze Immortelles Tchang Yong -^ ^ et autres, députées par Laokiun, reçurent la mission de lui enseigner la méthode d'absorption fie l'air.
L'an 424, Tai-ou-ti :ic 5^ ^. des Yuen Wei jc ^' montait sur le trône. K'eou Kien-tche réussit par l'entremise de Ts'oei Hao ^ t^ 'd faire parvenir à la connaissance de l'empereur les
(1) Prières et Préceptes.
(2) Son titre d'honneur est Chang-che tchen-jen h f.lji ^ A*
faveurs qu'il avait reçues de Lao-tse et lui fit présenter le Chapeau (l'Imniortel, les habits célestes et les talismans. T'ai-ou-ti envoya Ts'oei Hao à Song-chan, avec des présents et des ofifrandes pour le pic sacré, puis il donna un édit dans lequel il exprimait toute sa reconnaissance à Lao-tse, qui avait daigné lui faire remettre un chapeau et des habits célestes, et lui conférer le titre d'honneur de "Vrai prince de la paix". L'empereur goûtait fort ce titre d'honneur, et tous ses officiers reçurent l'ordre de le mettre en tête de toutes les pièces officielles qu'ils lui présenteraient.
Il fit broder sur ses drapeaux les talismans de Lao-tse, et voulut qu'ils fussent confectionnés en étofife grise, de la couleur des habits des tao-che. Un jubilé universel fut proclamé par tout l'empire, le Taoïsme fut reconnu supérieur au Bouddhisme, et tout nouvel empereur, au jour de son intronisation, devait recevoir les talismans comme preuve de son adhésion au Taoïsme. K'eou Kien-tche reçut le titre de "Maître du Ciel". Cette même année, le 25 de la V*^ lune, K'eou Kien-tche passa de la terre au séjour des Immortels: il avait alors 84 ans, et habitait le temple Tsing-luen kong ^ ij^ 'g". On vit un jet de vapeur semblable à une colonne s'échapper de sa bouche et monter dans les airs.
Le 15 de la VIL' lune, Chen Yeou-hing :J;^ ^^ Si, qui habitait Song-chan, vit K'eou Kien-tche, environné d'une éclatante lumière, le corps brillant tomme l'argent, monter majestueusement vers les cieux.
L'empereur Liang Yuen-ti j^ tt ^ (552-555 ap. J.-C.) expliqua le Taoïsme dans le temple Long-koang-tien f[i ^ ^. L'empereur Tcheou Ou-ti )a\ '^ ^ (561-578) fit bâtir le temple de T'ong-hiucn-koan 3^ ]£ §'|g, y fit placer la statue de Lao-tse, et ordonna aux tao-che de \enir à la cour pour y expliquer le Tao-té-king.
Soei Wen-ti |îf ^ '^ (590-605) donna ordre à l'architecte Yu Wen-kiai ^ ^ f^ de construire dans sa capitale un
magnifique temple taoïste, coir, prenant 36 pavillons agréablement situés, et dépassant en richesse tous ceux qui a\ aient existé jusqu'à ce jour. (1).
ARTICLE VIII