‹ Recherches sur les superstitions en Chine (volume 5)Chapitre 81 sur 100 · CHAP. III. — GENÈSE ET EXODE DE l'eNFANÇON · texte numérisé non relu

CHAP. III. — GENÈSE ET EXODE DE l'eNFANÇON

Or l'homme est un petit monde en miniature; son cœur figure le ciel, son nombril fig'ure la terre. Le point précis de la formation de l'embryon de l'Immortel doit donc se trouver entre le bas du cœur et le noml^ril. juste au milieu, au dessous du ciel et au-dessus de la terre, au centre où aboutissent toutes les veines et tous les muscles du corps, entre le Tigre blanc de l'Ouest et le Dragon vert de l'Est. Cette cavité ressemble à une perle creuse suspendue au point central de l'homme; là est la base de la vie, la racine de l'immortalité. Ce vide central est de 4 pouces 2 lignes de diamètre, pour figurer les 42.000 lis de distance de la terre au ciel ; rembr}'on se forme au milieu.

La lampe est allumée ; il faut maintenant y ajouter de Phuile, l'alimenter, pour entretenir la flamme et accroître son intensité.

xA.près avoir réuni ces éléments constitutifs de la vie, (lui demeurent cachés dans l'intérieur comme des racines profondes, il importe de les faire croître, de procurer leur développement normal, en un mot de produire à l'extérieur ce qui était caché à l'intérieur. Il faut d'abord aviser à faire entrer ce germe de Yang vital dans le K'i-hai, ou réserve d'air, pour l'y enfermer solidement. Cette cavité se divise en intérieure et extérieure, l'une enveloppée par l'autre, à i)eu près comme l'amande est renfermée dans le noyau. Cette cavité est le local du In et du Yang. la demeure du K'i et de l'âme, c'est comme le creuset où doit s'élaborer le développement de l'embryon.

L'huître, en enfermant clans ses valves la lumière solaire, engendre dans son sein une perle brillante; comment l'homme, qui contient dans son sein le In et le Yang, ne ]:)Ourrait-il engendrer la perle précieuse de l'immortalité? Le travail d'alimentation s'opère par la gymnastique respiratoire, et l'introduction continue du In et du ^'ang ; il faut 8 onces de Yang et 8 onces de In, pour engendrer l'enfançon (1).

(!) Sing-ming-koei-tche ^ ^ ^ ^, vol. Il, p. 22-48.

AkT. V. -^ DISPOSITIONS FAVORISANT LA GENÈSE. l75

ARTICLE V

Dispositions fnvoi'isanl la roi'iualioii du fœtus de riiniiioi'tol.

Parmi les moyens aptes à favoriser Péclosion du fœtus de l'Immortel, viennent en première ligne les différents genres de méditation, qui peuvent se diviser en quatre modes divers, suivant les diverses positions du corps. On peut méditer en marchant, debout, assis et couché.

1*^ Pendant la marche.

La marche ne doit être ni trop précipitée ni trop lente ; marcher trop vite, c'est s'exposer à troubler la génération de l'embryon, une marche trop lente ne développerait pas suffisamment les énergies vitales. Reste donc la marche posée, les yeux modestement baissés.

2° Debout.

Quand l'air est bien pur, il convient de se tenir debout pour respirer à pleins poumons cet air vivifiant, (|ui nourrit les sources de la vie. Pour aspirer l'air du ciel et de la terre, les pieds doivent reposer sur la terre nue, le nez, tendu vers les régions supérieures, attire l'air du ciel et le fait pénétrer jusqu'au bas ventre ; pendant cette opération les yeux sont modestement baissés, et les deux mains reposent doucement sur la cavité primitive, où doit s'engendrer l'embryon; il est mieux de ne penser à rien.

3° A.^sis.

Il n'est pas nécessaire de croiser les jambes; on peut rester assis de la manière commune.

P)ien (|ue la fa(;on extérieure de s'asseoir ne diffère pas du commun, cependant l'état d'âme est tout différent. Les yeux:

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et les oreilles sont les portes du corps: par ces deux orifices entrent tous les bruits du siècle, qui trouvaient et distraient le cœur des hommes ; ((ui veut méditer doit donc si l)ien fermer ces deux portes, qu'aucune pensée troublante ne puisse parvenir jusqu'au cœur, qu'il aura eu soin de tenir caché dans la cavité vitale.

Celui qui demeure assis d'après les règles, profite autant

dans un seul jour f|ue les autres pendant deux jours.

Le cœur sans désirs: voilà ce qu'on entend i)ar assis, la nature étant en repos: c'est la méditation.

4° Couché.

Il est facile de se faire ermite mais il est difficile de vaincrede diable, dit le proverbe.

La \ ictoire sur la gourmandise et sur la luxure est encore relativement aisée, mais le point ardu, c'est de vaincre le sommeil; aussi a-t-on vu des bonzes qui ne se couchaient jamais. Pourquoi? C'est que, pendant le sommeil, le sperme s'écoule, le K'i remonte, et le Chen ^^, n'ayant i)lus de point d'appui, s'échappe. Ainsi l'homme pendant son sommeil perd les trois précieux constitutifs de sa vie: est-il étonnant après cela que l'immortalité devienne impossible? Un homme intelligent, avant de s'endormir, réunit dans son bas-ventre le Chen et le K*i, (c'est-à-dire le feu et l'eau, ou encore le Yang et le In); le princi])e actif, étant ainsi uni dans une juste proportion au principe passif, no sort pas du corps.

On a coutume de dire que le Chen ou Yang réside dans les yeux; c'est vrai pendant le jour; mais, la nuit, la chaleur du lit l'attire dans les reins. Voilà pourquoi, le matin, au réveil, les yeux sont très reposés. Si au contraire on passe la nuit sans sommeil, le Y^ang des yeux est trouble : il n'a pas quitté l'œil ]30ur se reposer !

ARt. V. — DT-OOSITIONS FAVORISANT LA GENÈSE. ll7

Quelles sont ""ases du sommeil et de la veille?

Quand le Hoen (âme) bt UiA au Chen (Yang), l'homme jouit de l'usage de ses sens, quand le Pé (âme inférieure) est uni au Che (matière corporelle), l'homme ne jouit plus de Tusage de ses facultés. Le premier état est comme un présage de vie, et le second est comme une source de mort.

L'âme supérieure participe de la nature du Yang: elle aime la clarté et le vide; Tâme inférieure participe plutôt à la nature du In: elle aime à s'échapper; l'une aime le jour, l'autre préfère la nuit ; le jour est pour le travail et la nuit pour les rêves.

Toutes les félicités nous arrivent pendant le rêve; le Yang s'est échappé: c'est une sorte de mort: donc, qui ne rêve pas. ne meurt pas. Celui qui pendant le rêve jouit de son intelligence est arrivé à l'illumination, et celui qui dans cet état de mort a la vie, est parvenu à la vie éternelle. Le grand secret consiste donc à connaître la vie de l'intelligence et la mort du rêve. Pour l'homme du vulgaire, la vie et la mort se succèdent comme le jour fait place à la nuit, comme le rêve succède à l'état de veille. L'Immortel, au contraire, a toujours l'usage de son intelligence, n'éprouve plus de tristesse, pendant son sommeil il ne fait jamais de rêve; mais pour en arriver là, il faut avoir compris le grand secret.

Voici la manière classique de se coucher pour atteindre ce résultat. Le corps doit reposer sur le côté, la tête tournée vers l'Est, une main placée sous la tête en guise d'oreiller, l'autre appuyée sur le bas ventre, (ming men f^ P^), une jambe étendue et l'autre recourbée. Le cœur doit s'endormir le premier; l'œil se perd alors dans le vide, le Chen et le K'i rentrent dans leurs domaines respectifs, puis la respiration devient calme et régulière (1).

(1) Sing-ming-koei-tche -j^fc -^ -^ jf, vol. If, p. 51 5G.

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ARTICLE VI

Eelosion et croissance de lenïbi'yon de l'iuiuiortel avant l'aiiMnatioii.

Le fœtus de l'Immortel peut être étudié pendant la première période de sa formation, c'est-à-dire avant l'animation dans la cavité primitive, et pendant son dernier développement, depuis l'animation jusqu'à son exode: telle est la douille question qui sera traitée dans les deux articles suivants.

1" L'c(iosio7i de l'embrijon.

L'homme à sa naissance reçoit, nous l'avons vu, le K'i du ciel et de la terre, germe de la vie éternelle; mais il est impuissant à le conserver, à le développer: il ne sait pas le mode requis pour accroître ses forces vitales; il ne peut donc se préserver de la mort et atteindre l'immortalité. Il y a des médicaments qui peuvent conférer la vie éternelle, mais pour cela il est indispensable de suivre un régime, de cultiver la racine de l'immortalité, c'est-à-dire le T'ai-k'i reçu à la naissance.

Cette racine peut grandir de jour en jour, c'est-à-dire que l'essence du Yang peut être recueillie et emmagasinée; si on n'y prend garde, elle s'évapore. Ceux qui ont appris le grand secret la condensent après l'avoir soigneusement recueillie, et arrivent à en former une graine grosse comme un grain de riz.

Les bonzes donnent à cette semence embryonnnaire le nom de P'ou-t'i ^ |g, les tao-che la nomment Tchen-tchong-tse M @ "?' *"^^ '''• '^'^'^i^ semence de l'immortalité.

Le temps le plus favorable pour recueillir l'essence du Yang est celui (|ui suit immédiatement le milieu de la nuit. c'est-à-dire les premières heures après minuit, parce que le soleil nous revient des régions septentrionales (1), et le K'i de

(l) Croyance taoïste: le Nord, c'est la nuit; le Sud c'est le jour; le Nord est le In, le Sud est le Yang.

Tableau symbolique pour expliciuer l'éclosion

ART. VI. — ECLOSION ET CROISSANCE DE l'eMBRYON. 179

rhomme est dans la cavité du Wei-liu ^ fj^, en connexion avec le ciel et la terre ; c'est donc le temps propice pour s'assimiler le Yang du ciel et de la terre. C'est l'heure où la vie s'inocule sans bruit; le Yang se développe dans le sperme de la cavité Iliu-wei [È. )û' 4"^^^ occupe le centre entre les deux grandes artères conductrices du In et du Yang; or cette cavité est en communication directe avec le cerveau et la ])lante des pieds: elle est donc par le fait même reliée au ciel et à la terre. Le vrai Yang, ou l'essence du Yang. à l'instant où il se produit, ressemble à une flamme, à un gaz en combustion ; il doit s'arrêter forcément dans la cavité Hiu-wei ; car, ne trouvant pas d'ouverture sous la plante des pieds, il remonte, rencontre le In avec lequel il s'allie, et forme les premiers granules du foetus de l'Immortel.

2° Croissance de Vemhryon.

La formation et la croissance du foetus de l'Immortel sont grandement favorisées par le produit alchimique connu vulgairement sous le nom de pilule d'immortalité. Pour expliquer ou plutôt pour symboliser les éléments constitutifs de ce médicament transcendant et les effets qu'il produit dans le corps humain, les tao-che ont imaginé un tableau assez complexe, (pii par sa complication même a le triple avantage de mettre en évidence:

a) le creuset et les ingrédients utilisés i)Our la cuisson de cette fameuse pilule ;

b) le creuset interne et les éléments internes qui, dans le corps de l'homme, concourent à la formation et à la nutrition de l 'embryon ;

c) les figures symboliques usitées en alchimie pour désigner ces élément et leurs effets.

Disposition du tableau. A la partie supérieure, un buftle traîne un char Ijlanc chargé d'or en ébullition.

Au centre, un cerf est attelé à un char contenant les ingrédients pour la cuisson de la pilule.

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Au bas. une chèvre traîne elle aussi le reste des éléments médicinaux: plomb, mercure, etc.

Tout savant ayant étudié le formulaire d'aîcliimie découvrira sans difficulté le symbolisme suivant:

a) Le buffle est l'animal des rizières, qui aime à passer une partie de la journée dans l'eau : c'est donc le symbole tout désigné pour l'eau, un des cinq éléments, cjui régit la région du Nord. Mais le Nord, pays du In, est lui-même symbolisé par la couleur noire; pourquoi donc le buffle est-il blanc? En voici l'explication.

b) Le blanc est la couleur de l'Ouest, la direction communément indiquée par l'or (métal, élément de l'Ouest).

c) Le cerf est l'animal de l'Est (1). Les pharmaciens chinois mêlent de la corne de cerf réduite en poudre aux médicaments destinés à réparer les forces d'un malade et a prolonger la vie: précisément dans les mers de l'Est se trouvent les î.es fortunées des Immortels. P'ong-lai ^ ^, etc. L'Est, la région du bois, un des cinq éléments, est notifié par le vert.

d) La chèvre, en chinois Yang :^, est l'homophone de Yang 1^, principe actif, qui, comme le feu son symbole, réside au Sud, région spécifiée par la couleur rouge.

e) Le centre, ou la terre, c'est le jaune. Il suffit d'ajouter du plomb et du mercure dans le creuset, et nous aurons presque tous les éléments qui d'ordinaire ont été mani pulés pour combiner la célèbre pilule.

Un mot maintenant pour donner une idée générale de cette manipulation et des efifets attendus.

Le feu alimenté par le bois fait bouillir l'eau, fond le plomb et l'or, et volatilise le mercure; la vapeur d'eau actionne une sorte de noria dans le corps humain, et fait monter

(Ij Jeu de mots entre Lou (cerf). Lou (dignités), Lou (vert). Puis les bois du cerf désignent l'Est, dont le bois est l'élément.

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tous ces éléments au cerveau, où l'or s'allie au Yang, et le plomb au mercure pour former le plomb argentifère. Ce dernier métal, étant fort lour.', tend à redescendre, en entraînant avec lui tout le In. Il ne reste donc que le Yang pur; le feu et 'l'or, essence du Yang, forment le Chen ijilfî dans la cavité primitive au-dessus du nombril, et font croître le granule embryonnaire. Trois formules d'alchimie résument ce travail interne, nommé en langage technique : la concentration du feu.

P Formule.

Hi, tien, tsou, pi PJ ^ ^1 PS-

C'est-à-dire:

Hi P^ : aspirer l'essence du Yang |5^.

Tien S®: pomper avec la langue le In du cerveau pour le faire descendre.

Tsou ^ : emmagasiner le Yang.

Pi ^ : boucher toutes ses portes de sortie.

IP Formule.

Le feu du Sud raffine l'or dans l'eau du Nord.

IIP Formule,

Le rouge pénètre dans le noir, forme le Chen |ip et l'introduit dans la terre du nombril.

Expulsion des derniers restes de In.

Les mouvements gyratoires du K'i, exécutés d'après les règles prescrites, expulsent les derniers restes de In, qui jusque là ont retardé l'explosion de la vie dans l'embryon. Le K'i part du ventre^ de la région du nombril, monte le long du côté gauche, fait le tour du cerveau pour redescendre par le côté droit et revenir au point de départ: voilà ce qu'on nomme une révolution. Il faut 'M^ révolutions successives pour faire entrer le Yang pur et le feu.

Pour la pleine réussite, il est préférable de faire un second exercice en sens contraire, c'est-â-dire tel (|ue le K'i suive le côté

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droit pour monter au cerveau, puis descende par le côté gauche. Vingt-quatre révolutions de ce contre-exercice chassent infailliblement jusqu'à roml)re du In, et il ne reste que le Yang pur.

Une remarque importante, c'est que, pendant le mouvement gyratoire du K'i, les yeux doivent être l)raqués sur lui, et diriger leur foyer lumineux de fa(;on à le suivre pendant sa marche circulatoire. La raison en est facile à comprendre. Les yeux sont les deux cavités du Yang; tout le reste du corps est In; il est donc important de diriger le foyer du Yang sur tout le parcours du K'i, pour chasser le In, de même qu'un projecteur décrit des courbes lumineuses dans la nuit pour chasser les ténèbres. Chacune de ces révolutions est une défaite pour le In et une victoire pour le Yang. (1)

ARTICLE VII

Aniuiation et uiaturilé de renfaiiçoii.

1° Animation.

Le germe de l'Immortel peut être comparé à l'or dans la terre: il a besoin d'être extrait, rafîfiné, pour atteindre sa parfaite pureté. Ainsi en est-il du fœtus sous l'action du Yang pur; il devient comme une pilule de vie, ronde, scintillante et animée, et il suffit de la tirer du creuset interne, pour qu'elle puisse s'élever d'elle-même dans les airs et redescendre dans le cerveau. Dès lors le grand travail est terminé: inutile de se livrer à des exercices subséquents.

L'enfançon est désormais bien vivant, il peut se mouvoir déjà par ses propres forces: plus de doute sur le résultat définitif.

Le mode de ce raffinement transcendant doit être réglé. De même que pour le raffinage de l'or, la cuisson dans le feu

(1) Sing-ming-koei-tche -tt ^i ^ r, vol. III, p. 1-30.

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