‹ Recherches sur les superstitions en Chine (volume 5)Chapitre 83 sur 100 · D'ACTION · texte numérisé non relu

D'ACTION

ARTICLE I

Branches d'industrie et idée mère du Taoïsme moderne.

Tchang Tao-ling '^ ^ [^. né l'an 34 ap. J. C, est à bon droit considéré comme le principal fondateur du Taoïsme moderne, où la philosophie est reléguée à l 'arrière-plan. En mourant, il légua à son fils: V un formulaire pour préparer la pilule d'immortalité; — 2° un recueil de talismans et son sceau ; — 3^ une paire de sabres pour chasser les diables.

Telles seront désormais les trois principales l)ranches d'industrie du Taoïsme: l'art de conférer riinnK)rtalité, la confection des talismans, la chasse aux diables. Le Taoïsme nouveau nous apparaît déjà sous sa vraie physionomie; ]'arl)re grandira, deviendra plus touftu sous les T'ang et surtout sous les Song du Sud, mais il restera toujours bien spécifiquement le même: mêmes feuilles, mêmes fruits.

Cette 'secte conservera toujcuirs coninic une ui.'ir(|ue indélébile la touche de ses fondateurs. Elle sera une religion d'évt)lution, \isant ;i\ant tout à se plier aux goûts du peuple afin de \ivre à ses dépens. En fait de doctrine, la |)lus i)rotïtable

sera toujours la meilleure. Aussi la doctrine actuelle est-elle un composé artificiel de tout ce que les tao-che ont pu trouver de séduisant parmi les anciennes superstitions chinoises, et dans les théories de leurs adversaires les l)onzes et les confucéistes.

Ils on adopté les dieux les plus chers au peuple chinois, les croyances le plus en harmonie avec les goûts populaires: la métempsycose, l'enfer bouddhi(|uc, le culte des ancêtres, et ils ont jeté tous ces matériaux dans le moule de leur imagination, pour en fondre une religion plus perfectionnée et plus séduisante (|ue ses sœurs.

Bref, le Taoïsme moderne est un système nouveau, plus ingénieux, plus alléchant, inventé pour combattre avec plus de chances de succès les progrès du Bouddhisme et pour triompher de l'opposition permanente des lettrés. C'est une religion de circonstance. Les tao-che font bon marché de la doctrine, et ne visent qu'au profit: tous les moyens leur sont bons pour arriver à cette fin.

Voyons maintenant l'idée géniale (jui a j^résidé à la formation du système. La voici, si je ne me trompe: modeler le monde d'outre-tombe sur le monde que nous habitons; même système de gouvernement, mêmes rouages administratifs, mêmes roueries politiques.

Oui voit le monde présent, avec son système de gouvernement, d'informations secrètes, de dégradations ou d'avancements, comprend par le fait même le jeu administratif du monde de l'audelà. Des volumes entiers décriront les finasseries, les fraudes, les supercheries des administrations de l'autre monde : de là mille inventions superstitieuses ])(»ur conjurer la colère de tel grand officier de Yu-hoang 3i ^, s'attirer les bonnes grâces de tel subalterne, acheter même chèrement l'intervention d'un génie influent. Ces jeux diplomatiques, cpii consistent à faire assaut de finesse, sont tout-à-fait dans le goût chinois, et ont encore l'avantage de procurer de beaux deniers aux i menteurs du système.

Dans le langage de la secte, le monde visible, le nôtre, est appelé le monde du Yang, ou le monde des vivants. Le

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