ART. I. — IDÉE MÈRE DU TAOÏSME MODERNE
La police locale.
Les processifs.
Les rebelles.
Les chefs de brigands.
Les V'Oleurs d'enfants.
Les portiers.
Les espions, la police secrète.
La police.
Les syndicats ouvriers.
Principales époques de la vie humaine. Naissance.
Enfance.
Déménagements.
Noces d'or.
Les T'ou-ti-lao-yé ± iife -^ |^, gardes-champêtres ruraux, petits notables; Tchong-koei @ j^, le pourfendeur de diables, espèce de brigadier.
Tous les lutins traques par les Tong-tse ^ •^. ou chasseurs de diables, qui jouent un si grand rôle dans le monde contemporain. Pas de carrefour où l'on ne trouve les débris d'un bol cassé entourés de chaux. Là le diable a été brûlé vif; le génie de la mauvaise étoile a été emprisonné, muré !
Les esprits gardiens des portes :
Men chen P^ ^ji^.
Leur chef est Tsao-kiun ^ '^' le dieu du foyer, qui monte au ciel, pour faire son rapport à Yuhoang S ^. Que de stratagèmes pour lui fermer la bouche !
Le Houo chen ^ ^ij), dieu du feu, avec tous ses sinistres ofîficiers.
Tous les dieux patrons des différentes professions. (Voir IP Partie)
Tous les donateurs d'enfants.
T'ien-sien Ji fllj, Tchang-sien 5f filj. Koan-in U m' et les protecteurs de l'enfance.
Les douanes qu'il faut passer sur le chemin de la vie. Les conditions exigées.
Wei Tsi heou ^ it ^■
Cheou-sing
etc.
CHAP. IV
Anniversaires de la nais- Les Chinois sont très-cérémo-
sance. nieux; les tao-che ont inventé des
superstitions, des formules écrites, des tche-ma |g; ,|| pour toutes les péripéties de la vie humaine.
Tous les officiers civil et militaires, toute l'administration gouvernementale, la vie familiale même, ont leurs correspondants dans la vie d'outre-tombe; et voilà une des raisons qui font le mieux comprendre comment les pratiques taoïstes sont si fortement enracinées dans les moeurs de la nation: elles font comme partie intégrante de son existence.
Le Taoïsme est i,ine vaste société commerciale basée sur la constitution même de la société chinoise, et ses organisateurs ont fait preuve d'un vrai génie mercantile. Voilà à quoi se réduit le Taoïsme moderne. Les quelques théories philosophiques, émises par tel ou tel, ne sont que des ornements: telles des enseignes en bon style, pendues à la porte des marchands, pour achalander les boutiques. Dans les deux cas, le but qu'on se propose, c'est le gain.
ARTICLE IL
EiupiMinls Tnils an ItoiiddliKsine cl au Confuecisme.
Le Taoïsme, nous l'avons déjà au, a sucé le Bouddhisme et le Confucéisme, pour en tirer les aliments les plus substantiels et les mieux appropriés" au goût chinois.
Voici un rapide aperçu de la double série des emprunts.
1° Pour le Bouddhisme.
Le Bouddhisme avait sa triade, ses Trois Précieux H ^ ; les tao che imaginèrent leurs Trois Purs H îp|, constituant hi triade taoïste.
Les bonzes avaient émaillé la vie de Bouddha de faits merveilleux. Lao-tse, le porte-drapeau du Taoïsme, son fondateur
ART. ir. — EMPRUNTS AU BOUDDHISME ET AU CONFUCÉISME. 197
devant l'histoire, ne pouvait rester en retard sur son collègue Bouddha; de là cette effiorescence de merveilleux et de fantastique, qui remplit les livres taoïstes.
]3ûuddha est un libérateur, un sauveur, qui parait au cours des siècles, suivant les besoins des temps, pour faire rentrer le monde dans le droit chemin. Lao-tse a été, lui aussi, proclamé le "Grand Educateur'' des empereurs et des souverains, le "Grand Promulgateur" de la vraie doctrine, destiné à ramener le monde vieilli dans le sentier de la vertu.
Le Bouddhisme se prévalait de son antiquité. Les tao-che battirent les bonzes: ils élaborèrent des généalogies fantastiques, faisant remonter leur religion à des millions d'années. Bien plus,
ils osèrent écrire que Bouddha n'était qu'un avatar de Lao-tse.
Les bouddhistes ont leur Bouddha vivant ou Dalai-Lama, perpétué par des réincarnations successives. Les tao-che eurent leur Maître du ciel, réincarnation vivante de Tchang Tao-ling. le fondateur du Taoïsme nouveau. Les bonzes, dans leurs pagodes, avaient des p'ou-sa particulièrement vénérés par les gens du peuple: Koan-che-in ||| ii: ^. etc.. Les tao-che. pour achalander leurs pagodes, s'empressèrent de leur y donner une place honorable.
Ils s'emparèrent en particulier de l'idée d'Amogha pour le culte des morts, agencèrent dans un ordre parfait les divisions et subdivisions de l'enfer (1), les dignités et les supplices: bref, pour voir un l)el enfer bouddhique, il faut presque toujours l'aller chercher dans la pagode taoïste du Tcheng-hoang i)jl \>\[. De même ils adoptèrent la métempsycose.
2° Pour le Confucéisme.
Le Taoïsme s'assimila tout ce que le Confucéisme avait de populaire: la piété filiale, le culte des ancêtres; il rétabh'l le
(1) Cf. Taotsang, Tome 32, N" 72: les 24 sections des enfors.- Tome 77, NO 180 (178). - Tome 208, NO 473 (463).
pont jeté entre le monde visil)le et le monde invisi1)le, ce pont si maladroitement détruit par les lettrés.
Les popularisateurs du Taoïsme se lancèrent à pleines voiles sur l'océan du surnaturel, malheureusement sans gouvernail et sans boussole, et les plages où ils ont abordé n'ont de divin que le nom.
Leur but cependant était atteint: pour amuser le peuple superstitieux et crédule, les dieux entrèrent en scène; leur manière de faire parut d'autant plus intéressante, qu'elle rappelait à s'y méprendre les rouages administratifs de ce monde. Ces officiers célestes lancèrent des proclamations, eurent leur correspondance officielle; alors, les talismans, ou édits transcendants, furent à l'ordre du jour; les tche-ma, les pétitions adressées aux dieux, donnèrent naissance à une industrie nouvelle et trèsfructueuse.
Les tao-che, passés maîtres en jonglerie, exécutèrent des tours de passe-passe, des prestiges, des supercheries qui piquèrent la curiosité du vulgaire. Recettes d'alchimie, recettes pour conférer la subtilité, recettes pour monter sur les nuages et voyager par les cieux : rien ne manqua à leurs formulaires.
Ces vaines espérances passionnèrent les multitudes; la promesse de l'immortalité, obtenue par la manducation d'une pilule spéciale, fabriquée d'après les règles de l'alchimie, trouva des croyants, non seulement dans les rangs du peuple, mais dans les plus hautes sphères de la société. Après avoir ajouté cette rallonge du surnaturel à la désespérante doctrine du Confucéisme, les tao-che concrétisèrent les sentences des lettrés sur le Jn et le Yang, et sur le culte des ancêtres. Pour vulgariser une idée abstraite, il faut la revêtir d'une forme sensible, l'habiller à la mode nationale : en cela, nous n'en pouvons disconvenir, les tao-che ont montré un art merveilleux. Le "Fong-choei" et tous ses courants souterrains, les innombrables oiïrandes aux défunts: habits, argent, meubles, serviteurs, maisons, ont popularisé les idées confucéistes, et ouvert des mines inépuisables de revenus pour les tao-che.