AUTRES CÉLÉBRITÉS MÉDICALES ET LES SPÉCIALISTES
HOA-T*OLO ^ P'È (Le chirurgien.)
Après Suen-se-miao ^ ,§» ^, le plus célèbre des médecins divinisés est Hoa-t'ouo ^ f)'b. sa spécialité fut la chirurgie; on trouve sa statue dans beaucoup de pagodes, où on vient le prier pour les cas désespérés. Il est avant tout le patron des chirurgiens : Wai-k'o ^|^ ^^. Voici en quelques mots le cadre historique de l'époque où vécut Hoa-t'ouo ^ 1^*^ : on était à l'époque des grandes guerres des Trois royaumes (San-kouo H S); Ts'ao-tsao
(J) Chen-sien-t'ong-kien Ji\^ flll M M.'- li^"- 21, art. 4, p. 6.
N.B Les bonzes honorent Bhaichadjya ràdja sous le titre de Yo-wangp^ou-sah, disciple de sakyamuni, et Bhaichadjya ràdja samud gâta, comme pharmacien : Yo-chang-p'ou-sah.
(2) Les tao-che de cette pagode: Yo-wang-miao |§ 3E ^, nous ont donné toute liberté de copier les indications historiques, gravées sur les tablettes, à côté des personnages ci-dessus énumérés. Les autres détails sont tirés du Chen-sien-t' ong-hien JSf flll M ^i aux passages indiqués.
Fis. 221
Le chinirgien Hoa-t'ouo (Deux serviteurs portent sa gourde aux pilules et son livre démode The medico Hrva-t'o (h«o attendants carry his pill-box and médical manual).
■^ t"l était roi du royaume de Wei ^: Suen-tché ^ ^ et son frf^re Suen-kuen '-^^ ^ commandaient les armées du royaume de Ou -^; et Koan-kong ^ ^ défendait les intérêts de Lieou-pei fi W- Tcheou-t'ai Ml S, général de Suen-Jàuen ^ ^, fut envoyé pour faire le siège de la ville de Hiuen-tch' eng ^ ^ ; pendant le combat, il reçut' douze blessures, sa vie était en danger. Tong-si 31 ^, un des officiers, lui dit : Moi aussi je fus grièvement blessé dans une bataille, mais je trouvai un médecin qui me guérit dans un demi-mois. Suen-tclieng "M. W* s'étant informé du nom de ce médecin, envoya aussitôt Yu-fan ]$. |f|, un de ses officiers, à la recherche de cet homme, reconnu pour son habileté dans Fart médical.
Ce practicien, nommé /7oa-f'ouo^ 1^*2, était delà ville de Ts'iaoliiun M W>- (1) Son nom vulgaire était Yuen-hoa 7C ffc, il avait étudié la médecine sous un maître célèbre nommé Yang-li-kong ^ ^ ^, qui lui avait appris à faire toutes sortes d'opérations chirurgicales. Quand il fut arrivé, Suen-tché ^ ^ le pria de s'asseoir, et lui demanda son âge. — "Cent ans, reprit-il, on me prend pour un immortel, mais je ne suis qu'un médecin-chirurgien. Si le mal est interne, j'administre une potion, puis j'ouvre le ventre pour en extraire les intestins, et enlever les humeurs nocives; ceci fait, j'applique un cataplasme sur le mal, je recouds la peau, et la guérison ne tarde guère à se produire. Si le mal est externe, le remède est plus facile encore." Après avoir examiné les blessures de Tcheou-t'ai jn) ^, il déclara que dans un mois elles seraient cicatrisées; le tout arriva comme il l'avait prédit. (2)
Koan-kong M ^^ au siège de Fan-tch'eng ^ M> eut le bras droit percé d'une flèche, la blessure s'envenima, le bras enfla, et les abords de la blessure prirent une teinte violacée, de mauvais augure. Un médecin, affublé d'une coiffure étrange et vêtu drôlement, arriva du Nord du fleuve, il portait une sacoche pleine de remèdes. "Je suis, dit-il sans préambule, le médecin Hoa-
(1) Ts'iao-kiun M fS était une ville du royaume de Pei ir|i. (2^ Chen-sien-t'ong-kien jjiip flll M M.- 'iv. 10, art. 2, p. 3-4.
t'ouo ^ P'È de Tsiao-kiun M IP, j'ai appris que le général en chef, qui est un homme de bien, vient d'être blessé, et je viens guérir sa plaie." Koan-kong ^ i^ lui fit voir son bras. "La flèche a introduit du poison dans Tos, dit-il, il est nécessaire d'extraire le venin pour procurer la guérison." Koan-kong ^ ^ faisait une partie d'échecs avec Ma-liang ^ ^, il donna son bras au chirurgien; celui-ci lui fit une incision jusqu'à l'os, qu'il racla minutieusement pour enlever tout le venin, le sang ruisselait jusqu'à terre; Koan-kong ^ '& continuait joyeusement sa partie d'échecs, allongeait et pliait le bras comme s'il eut été insensible. "C'est un esprit du ciel," s'écria Hoa-t'ouo # l^'È- Koan-kong H ^ voulut lui offrir des honoraires, il les refusa et partit en s'excusant de l'avoir fait souffrir ; la plaie guérit promptement. (1)
Eoa-Voiio H |5'Ë, pendant une de ses tournées, rencontra sur son chemin un pauvre malade qui poussait de grands cris ; il l'examina et ne tarda guère à reconnaître la causé du mal, qui provenait de la difficulté d'alimentation.
Il lui recommanda d'avaler par doses déterminées le jus extrait de trois litres d'ails et d'échalottes pilées. Le malade vomit un serpent long de deux à trois pieds, et fut soulagé du coup. Il alla le porter à son libérateur pour le remercier. L'apprenti du maître l'introduisit, et il put voir avec stupéfaction plusieurs autres serpents semblables cloués sur le mur. Ces serpents, lui dit-i!, ont tous été vomis par des malades comme vous.
Le préfet de Koang-ling ^ [^ (2) se plaignait de coliques et de hauts de cœur. Hoa-t'ouo ^ |^'Ë l'examina et lui dit : "Vous avez dans l'estomac plusieurs, litres de vers, engendrés par un poison provenant de la chair crue de poisson." Il lui administra un remède et le patient vomit trois litres de vers. Leurs têtes étaient rouges, ils se tortillaient comme des reptiles. "Vous êtes guéri maintenant, ajouta le docteur, mais dans deux ans votre
(1) Chen-sien-t'nng-kien f4 {[Il M sfê liv. 10, art. 4, p. 6.
(2) Son nom était Tch'en-teng [T^ ^'.
mal reviendra, et la troisième année vous en mourrez." Cette fois encore la prophétie se réalisa. (1)
Un jour on lui amena quelqu'un qui avait une grosse loupe sur la paupière, et qui en ressentait une forte démangeaison. Après un moment d'examen, Hoa-t'oiio ^ P'g s'écria ! "Vous avez un volatile d'enfermé dans cette loupe." Tout le monde de rire, mais le chirurgien ouvrit la loupe d'un coup de bistouri, et il en sortit un oiseau jaune, qui prit son vol aux jeux de tous les assistants.
Quelqu'un avait été mordu à l'orteil par un chien ; deux excroissances de chair poussèrent sur son pied, et cet homme ressentait à la fois une forte douleur et une vive démangeaison. Hoa-i'ouo ^ P'Ë, après un rapide examen, dit : "La douleur vient de dix aiguilles enfoncées dans les chaires, la démangeaison est causée par deux jetons de damier."' Il ouvrit les bourrelets de chairs, et il y trouva les objets qu'il venait d'indiquer !
Le préfet de Ts'iao-kiun H ^, sa ville natale, tomba gravement malade. Hoa-t'ouo ^ fi'S alla le voir et lui dit: "S'il vous arrivait de vous mettre en colère, vous seriez vite guéri." Peu de jours après cet entretien, un voleur lui enleva des objets précieux; le préfet furieux se lance à sa poursuite et veut le faire mourir, mais l'effort qu'il fit provoqua un vomissement, il vomit plusieurs boisseaux de sang ; la guérison fut instantanée.
Un nommé Hiu-i ^ ^ de Long-tcheou, souffrait de maux d'estomac. "Hier, dit-il à Hoa-t'ouo ^ I»'Ë, jai fait venir un acuponcteur, qui m'a piqué aux creux de l'estomac; depuis lors je reste couché, et je me trouve fort mal."' — "Cet homme a manqué son coup, reprit le docteur, il vous a piqué le foie, dniis huit jours vous mourrez :" il en arriva comme il venait de la prédire. (Î2)
(1) San-kouo-tche-yen-i H M MW^ 'i^ • •'• "^' l^oei.
(2) Chen-sien-t'ong-kien ft -flll M 1^ liv. 10, ;irt. 5, p. 1,
Nous voici arrivé au drame final de notre Esculape.
Ts'ao-tsao "^ ^ se trouvait dans la ville de Kin-tch' eng ^ ^ ; il fut pris de violents maux de tête, et il envoya chercher le médecin Hoa-t'ouo ^ [^'Ê- Le célèbre chirurgien inspecta minutieusement son royal malade et lui dit: '"Votre mal de tête ne peut être enrayé par un remède ordinaire; si vous désirez guérir, il vous faudra d'abord prendre une décoction de feuilles de ricin, puis je vous ouvrirai le crâne afin d'en retirer la racine du mal, de cette façon seulement je vous promets la guérison." "Mais vous voulez me tuer!" s'écria Ts'ao-tsao ^ t^ rouge de colère. — "Que Votre Majesté se rappelle comment j'ai raclé l'os du bras de Koan-kong II â, pour en extraire le venin"' — "I.e cerveau n'est pas le bras, reprit vivement Ts'ao-tsao ^ t^, je vous vois venir, vous êtes l'ami de Koan-kong ^ i^ et vous seriez heureux de saisir cette occasion de le venger sur ma personne."
Kia-yu ^ l^f insinua timidement que rares sont les bons médecins, qu'il ne faut pas en faire fi, quand on les trouve. Rien ny fit; Ts'ao-tsao "^ ^ n'écouta aucun avis; il fit saisir le malheureux médecin, et lui fit infliger un châtiment, après quoi on le jeta hors d\i palais pour le conduire en prison. Le geôlier, nommé Ou ^, lui donnait en cachette du vin à boire dans sa prison. Hoa-t'ouo ^ f>^ en reconnaissance de ce bienfait, lui dit. "Ma mort est assurée, je ne l'ignore point: j'ai chez moi un livre de médecine, et comme je sais que mon fils ne suivra pas ma carrière, permettez-moi de vous off'rir ce recueil de recettes, comme gage de ma reconnaissance." Ou ^ alla chercher le précieux livre, et le remit à sa femme sans défiance aucune. Celle-ci le jeta au feu, puis s'en alla dire à son mari: "Celui qui s'est servi de ce livre finit ses jours par la prison et la mort, est-ce que tu veux l'imiter? je viens de le jeter au feu." Ou -^ accourut, mais ne put en sauver que les morceaux de deux ou trois feuillets, qui contenaient des recettes très efficaces pour guérir les maladies des poules, des moutons, des chèvres etc.; le reste était réduit en cendres. Hoa-t'ouo ^ P'Ë se voyant
condamné à une mort certaine, prit un breuvage narcotique et insensibilisateur, qui mit fin à ses souffrances, en lui enlevant la vie; c'était la 7* année de Kien-ngan ^ ^, Tan 219 ap. J.C.
Dès que Ts'ao-tsao apprit sa mort, il le fit inhumer au Sud de la ville.
Pendant une année et plus, on vit une colonne de fumée s'élever de sa tombe; un jour vint à passer un tao-che, qui dit ces simples mots: Va! Va! La fumée disparut a jamais. (1)
Hoa-fouo a une pagode à Jou-kao, on la nomme Hoa-wangmiao.
YE\-KOAXG-P*OU-SAH Ift ^t ^ ^ ( TB) C LA DÉESSE DE LA LUMIÈRE OCULAIRE.
A mon arrivée dans le Hai-tcheou 'M 'J'W je fus surpris de voir des mâts de verdure, plantés à presques toutes les portes, à l'époque du nouvel an chinois. Dans certains gros villages, c'est à peine s'il y avait exception pour une ou deux familles. Ce màt consiste dans une longue perche autour de la quelle on a lié de menues branches de pin, et qu'on a fixée solidement en terre. Quelquefois on y suspend une lanterne, d'autres fois non. Intrigué de ce nouveau genre de décoration, j'en demandai la raison, et c'est la réponse à toutes mes questions que je vais essayer de résumer ici brièvement.
Dans tout le pays on honore d'un culte spécial le ''pou-sah" de la lumière oculaire, on le prie pour la conservation de la vue, ou pour la guérison des yeux. Il y a donc deux sortes de personnes qui l'invoquent, celles qui ont mal aux yeux et qui implorent leur guérison, et celles qui se recommandent à lui pour ne pas avoir mal aux yeux.
(1) San-kouo-tche-yen-i H ^ :î-: ÏÉ ^ 'i^ • 10- "8- ^''^'■ Chen-sien-t'nng-hien tli i\\\ M ^ l'V- 10, art. 5, p 2.
Les premières suspendent une lanterne à leur màt de verdure, et font vœu de brûler trente deux bougies en l'honneur de Yen-koang ; en conséquence chaque soir elles allument une bougie dans la lanterne, à partir de la veille du nouvel an, jusqu'au deuxième jour de la seconde lune. C'est ce qu'on appelle vulgairement le vœu de trente deux bougies.
Celles au contraire qui ont de bons jeux, y voient clair et n'ont pas besoin de lanterne ; elles n'en suspendent donc point au mât de verdure élevé en son honneur. L'adjonction ou l'absence de la lanterne indiquent donc les deux catégories de dévots qui offrent leurs hommages au p'ou-sah.
Plusieurs pagodes sont dédiées à cette divinité, on 3^ représente la déesse tenant un œil entre ses deux mains. Ceux qui sont affligés de maladies d'yeux y font des pèlerinages, brûlent des bâtonnets d'encens devant sa statue, et se prosternent à ses pieds, battant le sol du front, pour la supplier de leur être propice.
J'ai pu me procurer une image de ce p'ou-sah, dont on donne la reproduction ci-dessous.
Les peintres de la sous-préfecture de Choii-yang '/tIv [^aiment à représenter trois sujets particulièrement recherchés par les gens du peuple: Koan-in M a" # ^- San-koan H '^ et Yenkoang-p' ou-sah M it ^ W.- Beaucoup d'images contiennent les trois sujets à la fois.
D'autres fois c'est Koan-kong ^ :2^ qui remplace les trois principes, San-koan ^ '^.
Un fait curieux à noter en passant, c'est que dans le Haitcheou M 'J'H, Koan-kong || ^ "est de plus en plus honoré comme Dieu de la richesse, et on se met un peu partout à dessiner à ses pieds le fameux Tsiu-pao-pen ^ ^ ^ ou cassette magique, qui reproduit les lingots d'or et d'argent, à mesure qu'on les enlève. On peut étudier là une de ces transformations du culte bouddhique, d'après la fantaisie locale. Ainsi, suivant les pays, Koan-kong ^ ^ est honoré : comme dieu de la guerre, comme dieu des lettres, et comme dieu des richesses.