II. Esprits des diverses masses d'eau
r Le Lô f^ (1).
a) Mi-fei ;^% jlB •
L'esprit du Lô f^ est Mi-fei ^^ jiE, fiHe de Mi-hi t^ % ou Fou-hi iji #, elle se noya dans cette rivière et devint Tesprit de ce cours d'eau (2).
Presque toujours on regarde la reine Tchen ^^ comme l'esprit du Lô j^ ; voici la légende qui a accrédité cette opinion. Les faits se passèrent à l'époque des trois royaumes, au temps de l'empereur Ming-ti Bj^ ^ (période 2'ai-houo ic ^, 227-233 ap. J. C ).
Un lettré nommé Siao-koang H E^ fit une promenade vers l'Est sur les bords du Lô j^; arrivé à l'hôtel de la "Vraie piété filiale" il s'installa dans le pavillon de la "Double élégance" pour y passer la nuit- La lune brillait au firmament, la brise était douce; Koang |^, qui était habile joueur de luth, prit son instrument et se mit à jouer, la lugubre harmonie montait dans la nuit. Soudain, il entend des soupirs sur les eaux du Lô '7^, ces accents plaintifs se rapprochent de plus en plus, et une belle femme apparaît. Koang dépose son luth, la salue, et lui demande son nom.
"Je suis l'esprit féminin de la rivière Lô '^, lui réponditelle, ne savez-vous pas que Tch' en-se -wang a composé une poésie en mon honneur?" (3)
(1) La rivière Lu ;§, (Lô-choei f^ 7h), prend sa source au Chan-si Ul M, passe au Sud de Ho-nan-fou ^ ^ 1^ et se jette dans le Hoang-ho ^ ïBT aw N. E. de la ville de Kong-hien 3g ||.
(2) Wen-sin-tiao-îong % it- M M- l'^'- ^' P- ^•
(3) 'J'ch'en-se-uHing [T^ ,S dE est le nom posthume de Ts'ao-tche ^ i^f, appelé encore Ts'ao-tse-lden -^ ^ M^ frère utérin de Ts'ao-pei W 3S, ou Wen-ti % %, qui régna de 220 à 227 ap. J. C. Après sa mort on lui donna le titre honorifique de Tch'en-se-ivang ^^ ,g. i: -Se roi de Tch'en.
"C'est vrai, reprit le lettré, mais j'ai cmï dire que l'esprit du Là f^ est la reine Tchen ^Ji (1). Tch'en-se-wang }^ ,© ï ayant rencontré son àme sur les eaux de la rivière, lui dédia une poésie intitulée Kan-tchen-fou ^Wi^ '■ Tribut d'amour à la reine Tchen ^J[. Puis, venant à réfléchir sur l'inconvenance de cette action, il changea le titre de sa pièce et l'intitula : Elégie à l'esprit du Lô '/^. Son idée première n'était point de la dédier à Mi-
"Je suis la reine Tchen ^Jj, répliqua cette femme ; pour me punir d'avoir trop goûté les accents poétiques de Tchense-wang f^ ,§1 3E, l'empereur Wen-ti ^ '^ me fit mourir dans un cachot. Quand mon àme fut séparée de mon corps, elle rencontra Tchen-se-wang [^ ,@, ïE sur les eaux de la rivière Lo '/^ ; au récit de mes infortunes son amour s'exhala en chants poétiques. Il s'aperçut de l'incorrection de sa conduite et changea le titre de son élégie." (2)
(1) La reine Tchen 15 vivait pour père un nommé Tchen fg dont le prénom était 7 ^ : sa mère s'appelait Tchang ?g. Klle épousa en premières noces le fils cadet de Yuen-chao ^^: puis après la pacification de l-tcheou % 'Jtl, l'empereur Wen-ti % ^ (Ts'an-pei "ff 2). fi's du fameux Ts'an-ts'ao '^ ^, frappé de la grande beauté de cette femme, s'éprit d'ainour pour elle et la choisit pour épouse Ce fut elle qui donna le jour à l'empereur Ming-ti 5^ î^, successeur de Wen-ti % ^. Des calomniateurs parvinrent à la perdre dans l'esprit de son impérial conjoinl. cl l'an 221 ap. J . C. elle re^ut l'ordre (|ui la condamnait à mort.
Ces notes sont importantes pour faciliter l'intelligence du récit. 'Tch'ense-wang [fî^ g, ï, l'amant de la reine 'l'chen fg, et l'auteur des poésies douces, était le frère de l'empereur, et la reine Tchen '$^ était par conséquent sa bellesœur. Dès lors on con^■oit dune part l'indignation de Ts'ctn-pei '^ 2^ ^'^ f''' l'autre le motif qui poussa Tch'en-se-ioang fîlî ,^, £ à changer le titre de sa poésie.
Cf. San-kouo-tche-wei-chau H S. .u< l>S li? li^ • !''• P- -•
(2) Wen-sin-tiao-long % .l> /l fl liv 8, p. 5. Tnu-che-fang-yu-ki-ijan ff( Jfe /f ^ ^ti 1?. /.nng-ivei-mi-chnu-lo-choei-tchnan (se-tsi) fg jr^ f^. S ^ ''k # (1^3 M)
art. '.i, p 4.
2" Le Han H (1).
L'esprit du fleuve Han f^ est un génie féminin nommé Ho-kou |pj jl^, une belle voyageuse (2).
3° Le lac T'ai-hou ± M- (3)
L'esprit du lac T'ai-hoii -jk M est vulgairement nommé ChoeipHng-wang 7K ^ ï» le roi des eaux tranquilles; c'est le fils d'une concubine de Heou-tsi Jo M.- Ce personnage aida puissamment le grand Yw ^ pendant ses travaux entrepris pour faciliter l'écoulement des eaux, il apprit au peuple l'art de creuser des canaux ; après sa mort on lui rendit un culte.
D'autres prétendent que ce fut un préfet de Yong-tcheou Hl j'M au Chen-si ^ Wi il s'appelait Yu-che ||S 1^.
Une troisième opinion lui assigne Soii-tcheou || j'\], au Kiangsou fX M^ comme pays natal. L'empereur Han-hoei-ti M S ^• 194-187 av. J. C, lui confia la préfecture de Yong-tcheou ^ j\\ ; il s'acquitta si fidèlement de cette fonction, que le peuple l'honora comme un esprit après sa mort.
La seconde année de T'ong-koang |pJ it,Heou T'ang-Tchoang tsong ^ ji liî ^, 924 ap. J. C, Tai-tsou (Ts'ien-liao) ic M. (É ^), empereur de Ou-yiié ^ M, capitale Hang-tcheou ^ jl'H, lui accorda le titre posthume de roi, et accorda la dignité de maréchaux adjoints à ses deux fils. (4)
(1) Le Han ^ est un grand fleuve, qui prend sa source dans les montagnes S. O. du Chen-si ^ ®, traverse cette province de l'Ouest à l'Est, arrose le Hou-pé M'^b et se jette dans le \ ang-tse ^§^, entre les deux grandes villes de Han-k'eou ^ P et de Han-yang ^ %.
(2) Yuen-tchen-tse (hia-kiuen) 7C fi ^ (T #) p 1. Che-ou-i-ming-lou ^ #J % ^ ^ Uv. 28, p 7.
(3) I.e lac T'ai-hou is. M se trouve au S. O de Sou-tcheou-fou ^ '>N f^, entre les deux provinces du Kiang-sou tL ^ et du Tché-kiang Wf ïX-
(4) Kien-long Sou-tcheou-fou-tche ^WM *l ^ * li^- 21, p. 38. T'ai-hoii-pei-kao is: M iÊ ^ liv 6, p. 5.
4° Les lacs Tché
Dans les lacs vit une sorte de serpent aquatique nommé Wei 1'^ ou Wei ^]^ \i) ; il est gros comme le moyeu d'une roue de char, et sa longueur égale celle du timon, il porte des habits violets et un bonnet rouge. Le roulement du tonnerre l'épouvante, alors il se dresse en se tenant la tête (2). Ce serpent est l'esprit de Veau. (3)
5° Les anciens lacs.
L'esprit des anciens lacs s'appelle Mien ^, il a la forme d'un serpent, un seul corps et deux têtes, et est bariolé de cinq couleurs. En l'appelant par son nom, on peut l'envoyer à la recherche de l'or et de l'argent. (4)
6° Les anciens lits des fleuves.
C'est le même serpent Wei é^ qui a une tête et deux corps, il atteint huit pieds de longueur. On l'appelle par son nom pour l'envoyer prendre du poisson et des tortues. (5)
7° Etangs Tch'e '1.
Un soir, l'empereur Tsin-kiao-oii-ti W ^^ ^ '373-397 ap, J. C), aperçut au-dessous de la fenêtre de son palais, au Nord, un être vêtu d'un habit simple, orné d'un ruban jaune entre deux liserés blancs, son corps était ruisselant d'eau ; il se donnait le titre d'esprit de l'étang Hoa-lin ^ ^ et s'appelait Ling-tch'en 'M'- "I^- Il promettait bonheur et protection à quiconque l'honore-
(1) Le dictionnaire de K'ang-ln ^ ^^ (Wei Ji,!) dit que ce caractère à le même sens que Wei J»^. C'est un seul et même serpent dont le nom s'écrit de deux façons. Il a deux corps et une tète, sa longueur est de huit pieds, c'est l'esprit des eaux, le principe subtil de l'eau : Chnei-tsing •?!< ^.
(2) Cette expression donnerait à penser que c'est une espèce de saurien. (M) l^'a7\-tchnu-tchoang-tse-ta-cheng-pien ^ r± ^ ^ jÉ ^ JE' ''^ • -^^ P- 1^-
Siuen-tchou-tchocuig-tfie-ivai-pien-ta-chcng ^ yj: iiî -f- ^ ^' jÉ ^ ''^■< 2, p, 1U2.
('() Che-OH-i^ining-lnu ^i- 'J^ % ^, # liv. 28, p. (i. (5) Tcheng-tse-ffDig-ivei-tue JE ^ M J!^ '-i^-
rait. L'empereur était ivre, il saisit le sabre qu'il portait toujours à son côté, et lui porta un grand coup, mais l'arme frappa dans le vide et ne le blessa pas. (1)
8° Les rivières encaissées entre les montagnes
Le livre taoïste T'ai-chang-ou-ki-tong-ts'e-tchen-yuen-t'iensin-pao-tch^ an -jk Jo. M ^ 'M M ^ ^t % 'ù ^ 'fH donne comme souveraine de ces cours d'eau entre les montagnes, l'esprit Tchenyii-niu ^ rê. iC cL liv. 80, p. 58.
9° Les vagues.
L'esprit des vagues est Yang-heou ^ ^, le même qui est donné comme l'esprit de la mer. Comme il est dit d'une façon générale qu'il est l'esprit des vagues, je serais porté à croire qu'il s'agit plutôt ici des vagues de la mer. C'est lui en effet qui déchaîna les vagues de la mer de Chine, après l'entrevue mouvementée qu'il eut avec Ts'in-che-hoanq ^ |,a M- Par ailleurs il n'est pas dit que cet esprit ait jamais soulevé les flots des fleuves.
Les auteurs s'entendent généralement pour donner cette mission à Ou-tse-siu ffi -F W»
Ou-tse-siu 1]E -p W avait pour prénom Yuen ^ ; il était natif du royaume de Tch'ou ^, et fut ministre des deux rois de Ou^, Ho-liu ^ ^ et Fou-tch'ai ^ M- Ce dernier lui envoya un sabre avec l'ordre de se suicider, en 483 av. J. C, la trente-sixième année du règne de l'empereur King-wang ^ ï des Tcheou jq] . Fou-tch' ai ^ M fit bouillir son corps dans une chaudière, puis le fit coudre dans une outre de peau et jeter dans le Yang-tsekiang ^ ^ fL. Tse-siu -^ W. pour se venger de cet affront, soulève les flots du fleuve et cause la mort de beaucoup de gens. Pour apaiser sa colère et l'empêcher de déchaîner les vagues, on lui a bâti des pagodes sur les rives du Yang-tse-kiang ^ ^ ÎL, 18 lys à l'ouest de Tan-V ou-hien :^ # H, sur les bords du Ts'ien-t' ang-kiang ^ j^ fX et du Tché-kiang î^ jji, deux cours d'eau du Tché-kiang Wi fX- On l'honore sous le titre d'esprit
(1) r'ai~p'ing-yu-lan Ja ^ ^ W. Hv. 882, p. 6.
Fig. 234
Tsing-chen — Esprit des puits.
Tsing-shen — The God of wells.
des vagues, et il est appelé par honneur Ling-siu M W ^ Le prodigieux Siu (1).
10° Les puits ^.
Les esprits des puits sont une création taoïsts, leur légende remonte aux temps de Tchang-tao-Ung ^ M ^, le père du taoïsme moderne.
Tchang-tao-Ung ^ M 1^ se trouvait alors sur la montagne du Chant de la grue, Ho-ming-chan t| ^îl |lj (2), avec son disciple M^ang-tchang 3E "li:- "Vois, lui dit-il, cette projection blanche sur la montagne de Yang-chan % lil, (montagne du principe mâle) ; certainement il y a là des esprits malfaisants, allons-y pour les mettre à la raison." Sur leur chemin, au bas de la montagne, ils rencontrèrent douze femmes, qui avaient tout Tair d'être des génies pervers. Tao-ling M 1^ leur demanda d'où provenait cette gerbe d'air blanc qui s'élevait de la montagne. '"C'est le prmcipe féminin de la terre, lui répondirent-elles." — "Où se trouve la source d'eau salée, leur demanda-t-il?" "Devant vous il y a un étang, où habite un dragon très méchant." — Tchangtao-Ung '^ M 1^ essaya de le faire venir, mais il n'y réussit pas. Alors il dessina un phénix aux ailes d'or sur un talisman, qu'il fit tournoyer dans les airs au-dessus de l'étang ; le dragon pris d'épouvante s'enfuit, et l'étang se dessécha subitement. Puis prenant son sabre il le planta en terre, et on vit apparaître un puits rempli d'eau salée.
(1) Che-ou-i-ming-Jou ^ #î â. ^ # liv. 28, p. T.
y uen-tchen-tse, (hia-kiuenl. 7C R ^ (T^ ^^'^ P- ^ •
Luen-heng ||i ^.j liv. 4, p. <i.
Che-ki-tsê-i ^ =E M M 'i^. <i<i, p. 1. '-^ .
'l''(>ng-kien-L-ang-u>on (ts-ienpicn) M It Hù^ H (fW Wi'> ''\'- 2'i. p. 5.
-/•i-li-ijun-pieu iliî M W. Hr 1"^^ •'^^ P- '■
Se-chou-tse-kou 0 # ? ^Â liv. 18, p. 14
Ming-i-t'ong-tche BJ — |lë :S liv. 38, p. 9.
I-tse-khui-king-tse-knu : tse-tse fi ^' M P^ ^ t* S^ -t' l'V. 22, p. 11.
<hi-tse-sin-tchnan-ing-tchao-tchnu-t>ic-i f/t ^ W f^/ M W} Y* fê M-
(2) La montagne de Ho-ming-chan '{&, n,& )ij, est située d;>iis la sonspréfecture de Ta-i-hien -k g, U> dépendante du K'inng-tchenu I|I #|. du Setch'oan ES Jll .
Les douze femmes vinrent lui offrir chacune un anneau en jade, et demandèrent à devenir ses épouses. Tchang-tao-ling ^ M ^ pi"'t les douze anneaux précieux, les pressa dans ses mains, et ils ne formèrent plus qu'un seul et unique anneau. "Je vais jeter cet anneau dans le puits, leur dit-il, et celle d'entre vous qui réussira à l'en tirer, deviendra mou épouse, j'y consens." Les douze femmes se précipitèrent dans le puits pour saisir l'anneau ; Tao-ling M 1^ ferma le puits, et leur jura que désormais elles seraient les esprits des puits, et qu'elles n'en sortiraient plus jamais.
Sur la route, Tchang-tao-iing M M 1^ vit un chasseur; il l'exhorta à ne plus tuer les êtres vivants, et à changer son métier contre celui de brûleur de sel, puis il lui enseigna la manière de tirer le sel des eaux salées du puits. Il eu résulta un double avantage pour les habitants du pays : Us ne furent plus molestés par les douze femmes génies et ils partagèrent les bénéfices de la saline. On bâtit une pagode en cet endroit, elle s'appela : Temple du prince de Ts'ing-ho Îr '/pI ; on ne cessa plus de l'y honorer. En reconnaissance du bienfait accordé par Tchang-taoling ^ M 1^ ('!)• le territoire fut nommé Ling-tcheoii (^ ^'H.
m. Esprits .sans juridiction déterminée.
1" Lieou-i |5P ^, l'immortel des eaux.
Un bachelier nommé Lieou-i ^ ^, qui vivait au temps de T'ang-kao-tsong j^ "^ ^, échoua aux examens de la licence pendant la période I-fong ^ jH., H76-679 ap. J. C. Pour retourner dans son pays, il passa à King-yang-hien % ^ |f,, souspréfecture de Tchang-ngan -ft ^ au Chen-si ^ Bf. Là, il vit une femme qui gardait des chèvres sur le bord de la route. "Je suis, lui dit-elle, la plus jeune fille du roi-dragon de Tong-t'ing M M (2) ; î'i'ies parents me donnèrent en mariage au second fils de
(1) Chen-sien-t'ong-Men Sf # M lî Hv. 9, art. 6, p. 5.
(2) Les romans qui racontent cette histoire, donnent comme théâtre de ces faits légendaires, tantôt le lac Tong-Ving P ^ du Hou-nan M 1^. tantôt la montagne Tong-Ving P ^, sur les bords du lac T'ai-hou :ic M, au Kiangsou U M- C'est cette dernière composition de lieu, qui est adoptée ici par le narrateur.
Tesprit de la rivière King ^ (1) ; mon mari trompé par les calomnies de ses serviteurs m'a répudiée. J'ai appris que vous retournez dans le royaume de Ou ^. tout près de mon pays natal; je vous prie de bien vouloir porter cette lettre à mon père. Au Nord de la montagne de Tong-f'ing ^ ^, vous trouverez un grand oranger que les paysans appellent l'oranger protecteur du sol ; frappez-le trois fois avec votre ceinture, il se présentera quelqu'un." Plusieurs mois après son retour, il chercha l'oranger en question et le trouva; dès qu'il l'eut frappé trois fois, il vit sortir des flots un guerrier, qui le salua et lui demanda ce qu'il désirait. — "Je viens voir votre grand roi." — Le guerrier fendit les eaux, ouvrit un passage à Lieou-i iPP ^ et l'introduisit dans un palais. "Voici, lui dit-il, le palais Ling-hiii S M.'- Bientôt après parut un personnage vêtu d'habits violets et tenant entre ses mains une pierre de jade couleur azur. "C'est notre roi, lui dit l'introducteur." — "Je suis le voisin de Votre Majesté, j'ai passé ma jeunesse dans le royaume de Tch'ou ^, puis je suis allé étudier dans le royaume de Ts'in ^ ; je viens d'être refusé à la licence. Sur les bords de la rivière King '^, j'ai vu votre fille bien aimée, qui gardait des chèvres : sa chevelure était en désordre, elle était dans un état pitoyable, qui faisait mal à voir, elle m'a remis une lettre pour vous, la voici."
Le roi de Tong-t'ing ^^ ^ la parcourut, des larmes coulèrent de ses yeux, tout son entourage se mit à pleurer, et dans tout le palais ce fut une désolation. "Cessez de vous lamenter, dit le roi, de peur que Ts'ien-fang 0 H^ ne vienne à apprendre cette affaire." — "Qui appelez-vous Ts'ien-t'aiig |^ !!■ ? reprit/ ^." — "C'est mon frère chéri: jadis il était un ties principaux administrateurs du fleuve 'l'-s'ien-t^ang ^ Hf 2 ; maintenant c'est lui qui est le vrai souverain du fleuve." — "Pourquoi craignez-vous tant
(1) f,a rivière King g?, prend .sa source an N. F/ du Kan-sou -y* 7^. descend dans le Chen-si ly» t'iî et se jette dnns la grande rivière Wei ?pj, qui rejoint le floang-ha ^^î \v[. au grand coude de ce fleuxc à 'l 'ong koan ^"ijf ^J|.
(2) r,e 'l'sHen-V ang-kiang |^ J),!? fL est iiii lli'u\c du l'ché-kiang 3)? "tt qui se jette dans la mer à l'est de fhmgtchcmi j:/i; <\\\. Ce dragon est l'esprit du fleuve.
qu'il sache ce que je viens de vous dire?" — "Parce qu'il est d'une bravoure hors ligne. C'est lui qui, dans un accès de colère, à l'époque oi^i régnait l'empereur Yao ^, suscita le déluge qui dura neuf années." Sa phrase n'était pas encore achevée, qu'un dragon rouge, long de plus de mille pieds, la langue sanglante et les jeux brillants comme des éclairs, aux écailles rouges et à la crinière de feu, traversa les airs d'un vol rapide et disparut. Un instant après, il rapportait une femme que Lieou-i |PP ^ reconnut pour celle ^qu'il avait laissée sur les rives de la rivière King '^. Le roi-dragon lui dit en riant : "C'est ma fille. — La veuve de King-yang '^1^ (1) vous offre sa main." Le lettré n'osa pas accepter parce qu'on venait de tuer son mari; il se retira, et se maria à une femme nommée l'chang ^ qui mourut bientôt. Il en prit une seconde nommée Hang ^ qui mourut encore. Lieou-i /f|P ^ alla habiter Nan-king ^ ^^ ; attristé de se voir seul, il résolut de prendre encore une autre femme. Vu entremetteur lui parla alors d'une fille de Fan-yang fÈ 1^ (2) dont le père nommé Hao f^ avait été mandarin de Ts'ing-lieou ^ ^ (3). Cet homme était continuellement en voyage, on ne savait où il était allé. La mère de la jeune fille s'appelait Tcheng §|5 et l'avait donnée en mariage, deux ans auparavant, à un homme appelé Tchang 51 de Ts'ing-ho |p| fpj (4) qui venait de mourir. La mère désolée de voir sa fille encore jeune privée de son mari, voulait la remarier.
/ ^ l'accepta pour épouse ; au bout d'un an, elle lui donna un garçon ; elle dit alors à son mari, en souriant : "Je suis la fille du roi de Tong-t'ing ]Ip) ^, c'est vous qui m'avez tirée de l'état misérable où vous me vites sur les bords de la King 'JM? j'ai juré que je vous en récompenserais. Vous refusâtes jadis d'accéder aux propositions que vous fit Ts'ien-t'ang ^ ^, et
(1) C'est le nom du second fils de l'esprit de la rivière King gi.
(2) Dans le 'fchoiio-tcheou m #1 au Tche-li it â-
(.3) l'chou-tcheou )|i|; #1 dans la province du Ngan-hoei ^ ^ : c'est l'ancien nom de cette ville.
(')) TfiHng-ho J^- -/Bf est la sous-préfecture actuelle de Ts^ing-ho-hien j^ iSrJi au Tche-li MM-
mes parents résolurent de me marier au fils d'un fabricant de soie ; je me coupai les cheveux, et je ne cessai d'espérer de m'unir à vous pour vous paj-er le tribut de ma gratitude."
Sous le règne de T' ang-hiuen-tsonç ;^ S ^, K'ai-yiien ^ 7C, 712 ap. J. C, ils retournèrent tous deux à Tong-t'ing IIpI ^ ; on ignore la fin de leur existence. (1)
Chang-ti h # lui accorda le titre de Kin-long-ta-wang ^ Il ^ 3E.
2° L'esprit Hhœn-ming ;ê M:-
Hiuen-ming ;è ^ n'est pas un nom d'homme, mais le titre d'un fonctionnaire, dont l'office était de s'occuper des travaux de canalisation, d'irrigation. Il a été dit précédemment que les deux oncles de Chao-hao 'j? i% nommés Sieou % et Ui J5E, furent chargés de cette administration, on les honora comme esprits des eaux après leur mort. Dans la suite on commença à donner le nom de cette charge Riuen-ining ;£ ^ à l'esprit des eaux. (2)
3° L'esprit Wang-siang |^ ^ (Choei-tsing ylf^ f|).
L'esprit de l'eau, ou l'élément subtil et transcendant de l'eau, s'appelle Wang-.sicmg |S1 ^ ; il a l'apparence d'un enfant au teint noir et aux yeux rouges, avec de grandes oreilles et de longues grifi'es. (3)
4" L'esprit K'ing-ki ^ ,gî (Choei-tsing 7K Ir)-
Un autre nom de l'élément subtil et transcendant de l'eau est KHng-ki M- 'C^ ', il a la figure d'un homme, voyage en char et
(1) Kien-long Sou-tcheou-fou-tche |£ fk ,(ii(; ■)]] }^ TjC liv. 22, p. 1.'^. Long-xoei-mi-chou Lieou-i-tchoan /jf SSc fiJ iB #|l lx f^/ 4 tsi. art. :^,p.l. Kia-k'ing Hou-nan-Vong-tchc ^ gi; f] p^ il .^; liv. 172, p. 12.
Yuen-kien-lei-han ffl f^ f^i i-î^f liv. 318, p. 34. /.iai>-lchai-lclie-i-si>}-p'i)H/~tchnu B %^ M -% HVlf ni Hv. 3, p. 37.
(2) 'rsnuo-tchoan-tchnu-chnu':^ i^ yj; 0^ liv. 48, p. 22: liv. .■■)3, p. 8-11 : liv. 41, p. 28.
Cf. 'l'chou-iiong. iVlinistère du feu.
(3) Tsnun-tcboau-tchnu-chnu 2^: f^/ /][ ififc liv. 48, p. 22. liv. 53, p 8-11: liv. 41. p. 23.
peut franchir une distance de mille lys dans une journée. Si on l'appelle, il entre dans les eaux et y prend les poissons. (1)
5" Le comte des eaux.
Le comte des eaux se nomme T'ien-ou ^ ^; il a un corps de tigre et neuf têtes à face humaine, huit pattes et huit queues, dix même selon un autre auteur. Son prénom est Koii-chen ^ 1^ : Tesprit des vallées. (2)
6** L'immortelle des eaux Ho-kou ^)S ^^
Cette immortelle est à peu près contemporaine de Mi-fei ^^ tB, car les faits se passèrent à l'époque Ts'ing-iong ^ tl, 233- 237 ap. J. C, sous l'empereur Wei-ming-ti ^ B^ ^.
Une jeune fille, nommée Ho-koii .|[^ ;^, de la famille de Hofc/îC(0 t,|5HS mandarin de Tch'en-ts'ang f^ ;#, alla habiter Ki-tcheou ^ j'\]. Un jour qu'elle cueillait des herbes, avec une dixaine de ses compagnes, sur les bords de la rivière Ngeou-i-sic '0. ÎM ^1%^ trois jeunes gens se présentèrent pour annoncer que le duc des mers de l'Est l'avait choisie pour épouse, et l'invitait à se rendre auprès de lui. Les envoyés étendirent un tapis sur l'eau, prièrent la jeune fiancée d'y monter, accompagnée de ses trois conducteurs; elle s'y tint comme sur la terre ferme. Ses compagnes coururent avertir les parents qui vinrent sur la rive ; elle les pria de n'être pas en peine sur son avenir parce qu'elle était l'immortelle des eaux.
"Chaque année je vous enverrai des Tao-yu vers la quatrième lune, pour vous apporter de mes nouvelles!" Ceci dit, Ho-kou "^^ disparut rapidement, glissant sur l'eau de la rivière. L'année suivante ces poissons vinrent en nombre prodigieux dans les eaux de la rivière et jusque sur ses rives.
(1) Che-on-i-ming-lou ^ ^ ^ =^ # liv. 28, p. 5. P'an-tchou-tchoang-tse-ta-cheng-pien fg y£ ^± -^ ?É ^M 'i^'- '■^> P- ^^•
(2) Chan-hai-king ih ^ M liv- 9, p. 2.
On bâtit une pagode au lieu même où elle avait reçu cet heureux message, et les autorités locales qui vont la prier lui offrent leurs premiers hommages en plein air. avant d'entrer dans sa pagode pour l'honurer. Cette pagode se trouve à 45 Ivs N. O. de Ki-tcheou ^ '}\'\. Devant la porte, une pierre est sortie de terre, elle peut avoir trois pieds de côté ; cinq caractères écrits à côté en indiquent l'usage : Kou-fou-chang-ma-clie ^ ^ h ,^ -Ç : Pierre dont l'époux de Ho-kou :j^ itè^se sert comme d'un escabeau pour monter à cheval, (d)
Les autorités du pa^-s envo3^èrent une pétition à l'empereur Ming-ti 0^ 'î^ pour le prier de députer un de ses officiers qui offrit des sacrifices à Ho-kou i^ j(i^, honorée aussi sous le nom de Niu-kiini -^ ;§".