ARTICLE VI
3IIXISTÈRE DES ÉlMI)K)m:S
\\ F\-l»OL', S oP- W E\-Clli:\ M )tt (HT) (■ LES ESPRITS DES ÉPIDÉMIES.
La composition du Ministère est différente suivant le texte du Fong-chen-yen-i ^ iji^ '/Il ^, ou d'après le texte du Cheouchen-ki ^ f ^ fE ; nous donnerons donc ces deux listes dans deux alinéas.
S I. Composition du Ministère d'après le Clieou-cliéu-ki ^ W ^•
L'an 600 ap. J. C, la 11^ année du règne de Kao-tsou-wenti ^ M. ùC '^1 le fondateur des Soei |^, pendant la Vr lune, cinq personnages robustes apparurent dans les airs, vêtus de robes de cinq couleurs, et portant chacun un objet dans leurs mains.
Le premier tenait une cuiller et un vase de terre, le second un sac de cuir et un glaive, le troisième un éventail, le quatrième une massue, le cinquième un pot de feu.
L'empereur demanda à Tchang-kiu-jen 'j^ j^ fn, son grand historiographe, qui étaient ces esprits et s'ils étaient bienfaisants ou malfaisants. L'officier répondit : "Ce sont les cinq puissants des cinq directions, au ciel ce sont des démons, sur terre ce sont les cinq épidémies; voici leurs noms et leurs attributions :
('<>iii|><»silioii (lu .Miiiislôre :
Chc-wen-ijé ^ ^ M^ Ih peste centrale : Président.
Tchang-yuen-pê # ît fÔ- 1^» peste du printemps.
Hiang-yuen-ta #P TC jÉ- '^ peste de l'été.
Tchao-kong-ming W. ^ ^M^ 1^» peste de l'automne.
Tchong-che-koc'i M f|: :^", la peste de l'hiver.
Quand ils se montrent, c'est pour apporter le fléau de la peste ; les épidémies ne cesseront pas durant les quatre saisons de l'année." — "Quel moven (Vy remédier, reprit l'empereur, comment protéger le peuple?" — "Les épidémies sont des calamités
envoyées par le ciel, il n'y a pas de remède." Cette année-là la mortalité fut très grande. L'empereur leur érigea un temple et le 27*" jour de la sixième lune, il accorda le titre canonique de Maréchaux aux cinq esprits de la peste ; les voici d'après l'ordre ci-dessus fixé.
Le personnage à la robe jaune : Maréchal sensible et majestueux.
Celui à la robe verte : Maréchal illustre et saint.
Celui à la robe rouge : Maréchal illustre et compatissant.
Celui à la robe blanche : Maréchal sensible et secourable.
Celui à la robe noire : Maréchal sensible et parfait. (1)
Sous la dynastie des Soei jïf et sous celle des 2"'ang M, on leur offrit des sacrifices réguliers le 5® jour du cmquième mois. Le tao-che Koang-feou-tchen-jen |M -$• M A vint visiter ce temple, et les constitua maréchaux du Ministère de la peste.
§ II. Composition du Ministère d'après le Fong-clien-yen-i ^ ff m ^
Président: Liu-yo Q m-
Préposé aux épidémies de l'Est: Tcheoii-sin M) -jg.
,, de l'Ouest: Li-ki $ ^.
,, du Sud : Tchou-t'ien-Lin ^ ^i M- ,, ,, du Nord : Yang-wen-hoei i§} "^ j^.
Attachés au Ministère :
Le tao-che qui apaise la peste: Tch'en-keng W- M- Le grand maître exhortateur au bien : Li-p'ing ^ ^. (2)
Comme il est facile de s'en rendre compte, deux nouveaux membres, en dehors des ministres des cinq directions, ont été adjoints à ce second Ministère. Tous ces hommes prirent part aux guerres dynastiques qui précédèrent l'avènement des Tcheou jp), ^1122 av. J. C. Voici une courte notice sur chacun d'eux.
(1) On se rappellera que ces cinq couleurs désignent les quatre points cardinaux et le centre.
(2) Fong-chen-yen-i ft It fS S Hoei 99, p. 38.
Liu-yo g ^.
Le président du Ministère des épidémies fut un ancien taoche, ermite à Kieou-long-tao A II â), qui devint immortel ; les quatre membres du Ministère, chargés des quatre directions, furent ses disciples.
Il était vêtu d'une robe rouge-vif, son visage était bleu, ses cheveux étaient rouges, il avait de longues dents et trois yeux; son cheval de bataille s'appelait: le chameau myope ; il avait pour arme un sabre magique, et était au service de Tcheou-wang ^^ 3E, dont les armées étaient concentrées à Si-k'i |t] llljc- Un combat singulier s'engagea entre lui et Moii-t'ouo T^C l't, frère de Na-t'ouo l^\) ^ ; il eut le bras coupé d'un coup de sabre.
Dans un autre combat contre Hoang-Vien-koa ^ H ft, fils de Hoang-fei-hou ^ ?fë j^, il apparut sous une forme fantastique, avec trois têtes et six bras. Dans ses multiples mains il portait : le sceau céleste, les microbes de la peste, le drapeau de la peste, le sabre de la peste, et deux autres glaives mystérieux; son visage était vert et de grandes dents lui sortaient de la bouche. Hoang-Vien-hoa lança son arme magique Hoiio-longpiao 'X II t®, et le frappa à la jambe. Juste à ce moment Kiang-tse-ya ^ -f 5f arriva avec son fouet chasse-lutins et rétendit à terre d'un coup; il put se relever, mais prit la fuite. (1)
Bien résolu à venger sa défaite, il alla rejoindre le général Siu-fang t^ ^ qui commandait un corps d'armée à Tch'oanyun-koan "0- '^ M- Autour de la montagne il organisa des retranchements, et tout un système de contamination pour infester ceux qui voudraient s'en rendre maîtres. Une première fois Yang-tsien i^ nie lâcha son chien céleste, qui mordit le sommet de la tête de Liu-yo g -g-. Puis Yang-jen i^ ft, muni de son magique éventail, qu'il avait reçu des mains de son maître Ts'ing'Jiiu-tao-té-tchen-kiun î^] )^. JH ^, ^ Vi , se lança à la poursuite de Liu-ijo r'î ^ et l'obligea à rentrer dans son enceinte fortifiée. Liu-yo Éi "Ë" nionta sur le plateau central au milieu de
(1) Fnncj-chen-iien-i ft ¥f 'ik '& l'"^^ ^7, p. 20, 21, 22. 2."-!.
l'enceinte, ouvrit tous ses parapluies lance-peste pour infester Yang-jen H^ jî, mais ce dernier n'eut qu'à agiter son éventail pour réduire les parapluies en miettes, et même pour brûler la tour et son défenseur Liu-yo S ^. [i]
Tcheou-siu ^ ig.
Il avait un visage vert, des yeux rouges d'or, de grandes dents ; sa robe était gris-vert, et il portait des souliers de chanvre, son armure était un sabre transcendant. Dans une lutte engagée entre lui et Kin-Vouo ^ Pî à Si-k'i M lll^, il fut d'abord mis en fuite, mais il saisit une pierre sonore cachée dans sa robe, la frappa à plusieurs reprises et aussitôt le visage de Kin-t'ouo ^ Pî devint tout doré; ce dernier se sauva auprès de Kicingtse-ya # ^ ^, où il fut pris de violents maux de tête.
Il trouva la mort dans un combat contre Yang-tsien ^ ^ ; le chien céleste lui mordit le cou, et Yang-tsien ^ fj^ profita de cette circonstance pour le couper en deux avec son sabre. (2)
Li-ki ^
Ses cheveux relevés sur sa tête formaient comme deux cornes; habit jaune clair, visage blanc, deux yeux de porc, de longs favoris et une longue barbiche : tel était le portrait de ce tao-che armé d'un glaive.
Mou-t'ouo if, P^ s'avança pour se mesurer avec lui ; il fut d'abord victorieux et se lança à sa poursuite ; mais le tao-che déploya un drapeau, l'agita vers son adversaire, et à l'instant le visage de Mou-t'ouo 7^ Pt devint blanc, il se sentit brûlé par tout le corps, de l'écume sortait de sa bouche, il tomba à terre, puis parvint à se sauver non sans peine.
Na-t'ouo fP Pî vint venger son frère ; il saisit son bracelet merveilleux, en frappa Li-ki ^ ^ et l'étendit par terre, il l'acheva d'un coup de lance qui lui perça les côtes. (3)
(1) Fo)ig-chen-yen-i |f jfiiji 'i^ ^ Hoei 80, p. 10-13.
Cà) „ „ „ 58, p. 21-24.
Tchou-t'ieii-liii ^ 7i M-
Coiffé d'un chapeau de tao-che avec des pendants en perle, visage violet, robe rouge, souliers de chanvre, pour armure un sabre : voilà en deux mots le portrait de notre héros.
Un des fils de Wen-wang ^ ï appelé Lei-tchen-tse ff M ^ le combattit et l'obligea à fuir, mais le fuyard se retourna, dirigea vers le vainqueur son sabre magique; aussitôt Lei-tchentse ^ M 'f' secoua la tète, tourno^^a sur lui-même et tomba.
Yu-ting-tchen-jen 3E if(^ M A fondit sur lui, lança dans les airs son glaive transcendant qui, en retombant, fendit le crâne de Tchoii-t'ien-Lin ^ 3R H- (1)
Yang-weii-luK'i ^ ^ tf .
Son chapeau doré était orné d'une queue de poisson, sa robe était noire, son teint violet, ses cheveux hérissés comme des épines, il portait des souliers de paille et était armé d'un sabre transcendant.
Long-siu-hou fl ^ ^ vint le combattre à Si-k'i M lll^. le mit en déroute et le poursuivit ; mais tout en s'enfuyant il prit son fouet sème-peste, en cingla un coup en l'air du côté de son ennemi, qui dut abandonner la poursuite; de l'écume sortait de sa bouche et il ne pouvait articuler une seule parole.
Plusieurs adversaires se liguèrent contre Yang-wen-hoei 1^ ^ ip et il prit le parti de s'enfuir. Comme il se reposait sur la montagne voisine, Wei-hou ^ ^, disciple de Tao-hing-t'ientsuen M 'H ^i #i accourut brandissant son bâton pile-diables, le jeta dans l'air et en retombant sur la tète de Yang-wen-hoei i^ ;^ j^ le tua raide. (2)
Tclrcii-kenii- |!^ ^.
C'était un ami de Liu-yo g -g-, venu combattre à ses côtés pour le parti de Tcheou-ioang M ï- " fi^'t brùlé par les flammes que Yang-jen i^ -jî produisit ;ivec son merveilleux éventail. (3)
(1) Fong-chen-yen-i ^ # '^t B Hoei 58, p. 21-24.
(2) rntjg-chen-i/en-i ft fi't' ïS iS ffoei 58, p. 22-25.
(3) „ ,, „ 81, p. VA.
Li-p'iiig ^ ^.
Ami de Liu-yo Q ^, il vint l'exhorter à abandonner le parti des Chang ^, et à se soumettre au nouveau Souverain, mais il ne réussit pas dans son entreprise, et tomba lui aussi brûlé par les flammes qui dévorèrent Liu-yo § -§"• (1)
Un adversaire de ce culte.
Il s'est rencontré parfois des hommes intelligents qui ont combattu énergiquement le culte superstitieux rendu à ces esprits; tel fut le préfet de Tch' ang-tcheou-fou %' f\] fl^ au Kiang-sou fL il, la première année de l'époque K'ing-yuen y^ 7C du règne de Song-ning-tsong Çjc ^ ^, 1195 ap. J. C. Ce mandarin se nommait Tchang-tse-tclie (Koei-meoii) ^ -? ^ (^ |^). Pendant le printemps et l'été de cette année, une épidémie faisait de nombreuses victimes, sur dix familles neuf étaient éprouvées durement. Tchang ^ acheta des remèdes qu'il fit déposer chez les pharmaciens, avec ordre de les distribuer au peuple; mais presque personne ne venait en demander. Le mandarin n'y comprenait rien ; un jour qu'il en parlait avec des hommes sérieux du pays, ceux-ci lui dirent que dans la pagode du pic sacré il y avait quatre magiciens qui imposaient à tous les malades d'envoyer quelqu'un prier pour eux à la pagode, et recommandaient de ne prendre aucun remède. "Voilà, dirent-ils, pourquoi les demandes de remèdes sont si rares." Le jour suivant Tchang ^ s'en alla visiter la pagode du pic sacré. "De qui est cette statue, dit-il, en désignant celle du milieu?" — "De T'ai-soei, répondirent les magiciens." — "Et celles de gauche et de droite, qui lèvent le pied, font les gros yeux, gesticulent en brandissant des lances ?" — "Ce sont les esprits préposés aux épidémies."
Tchang ^ fit empoigner les quatre magiciens et les conduisit à son tribunal ; il fit venir une vingtaine de vigoureux gaillards, leur donna du vin et un bon dîner, puis leur commanda d'aller casser en morceaux toutes ces statues et de raser la pagode. Séance tenante il fit administrer la bastonnade aux magiciens et les expédia.
(1) Fong-chen-yen-i ^ |i}i ?|| ^- Hoei 81, p. i3.
Le peuple se disait : le fait ne restera pas sans punition ! En attendant Tépidémie disparut peu à peu. et M"" Tchang devint ministre du tribunal des rites. (1)
§ m. Cin<| autres esprits des épidémies. (B)
Hîan2,'-clian-ou-yo-ehoii ^ iJj 3E "Ë" ^^
Dans la pagode San-i-ko H ^ ^ de Jou-kao fR ^, ■' 3^ a cinq esprits appelés Ou-yo jE ^, honorés comme esprits des épidémies, et surtout pour les maladies contagieuses et les fièvres. Ceux qui sont atteints du mal vont se réfugier dans la pagode et promettent aux esprits des épidémies de les remercier en cas de guérison. La coutume est de leur offrir cinq petits pains de froment appelés Chao-ping '^ ^ et une livre de viande.
Voici la légende de ces esprits, d'après le manuscrit qui m'a été prêté par un magicien de la ville. (2^
Ces cinq personnages sont des diables stellaires que Yuhoang 3E M envoya se réincarner sur terre.
Le l*"" T'ien-pc'-siaé ffl fÉ S se réincarna à Nan-tch'ung-fou'^ ^ j^. Le 2'' Tong-hong-wen'^^-^ ,, h Kien-lcli'img-fou^^}{^ .
Le :r Ts'ai-\^-en-kiu ^^^ ., iyYen-men-hoan jfiP^li.
Le 4^ Tchao-ou-lclwn ^^^ ,, kYang-tchcou j^ >}\\.
Le .^® Hua.yig-ing.tou ^^^J^ ,, hNan-king "j^ ^
près la porte Choei-si-men 7K M P^-
Ces cinq hommes se firent remarquer par leur brillante intelligence, et devinrent d'habiles lettrés, qui tous passèrent avec succès l'examen pour la licence.
Lorsque Li-chc-min ^ itt M monta sur \c trône sous le nom (le T'ai-tsong Jk ^, 027 ap. J. C, il convoqua tous les lettrés de l'empire aux examens Au doctorat dans sa capitale. Les cinq licenciés dont nous venons de parler se mirent en route, mais pendant le trajet ils furent dévalisés par les brigands, si bien que
(1) I-kien-tche tfî ^ 7^^- P- 27.
(21 La notice ;i ('té copiée et eiitièrcineiit l'critc;! la main : le propriétaire du mannscrit se iionnnc '/'fluoi;/ et liahitc près de la porlc du Nord.
pour arriver au terme de leur voyage ils durent implorer l'assistance publique. Par un hasard inexplicable, ils se trouvèrent réunis. tous les cinq dans la pagode de San-i-Jw H M Wl^ ^^i Sud de la capitale, et se racontèrent leurs mutuels déboires. Les examens étaient terminés, ils se trouvaient donc sur le pavé, sans espoir et sans ressources; tous cinq se jurèrent fraternité à la vie et à la mort. Ils réussirent à trouver quelques pièces de monnaie, mirent au mont de piété quelques habits moins indispensables, et avec ce modique pécule, ils achetèrent des mstruments de musique, pour former une bande de chanteurs ambulants et recueillir quelques aumônes.
Le premier acheta un tambour, le second une guitare à 7 cordes, le troisième une mandoline, le quatrième une clarinette, le cinquième et le plus jeune composa des chansons qu'il allait chanter par les rues, accompagné par les instruments.
Ils se mirent donc à parcourir les rues de la capitale en exécutant leurs concerts. Le bonheur voulut que Li-che-rnin ^ "të: ^ entendit la mélodie; il en fut charmé, et demanda à son ministre Siu-mou-kong ^^ M ^ d'où venait cette bande de musiciens, qui tranchaient sur le commun. Le ministre alla aux informations, puis raconta leurs aventures à l'empereur. Il commanda qu'on les fit venir en sa présence, et après les avoir entendus, il les prit à son service particulier, et ils l'accompagnaient toujours dans ses entrées et sorties-
L'empereur en voulait à Tchang-t'ien-che M ^ êijî (4) de Long -hoii-ch 071 fï ^ lil, qui refusait de payer les impôts de ses propriétés ; un jour que devant lui, on vantait son talent pour saisir les diables et les mettre à la raison, l'empereur se fâcha et dit : "Tous ces derniers temps les diables se sont donné libre carrière, ont suscité rébellion sur rébellion, et ce fainéant de T'ien-che Ifi Bip est resté à Long-hou-chan f| j^ llj, se désintéressant de nos malheurs ; qu'on me l'amène, je veux me défaire de lui."
(1) Le T'ien-che ^ Riji est toujours un membre de la famille Tchang et un descendant de Tchang-tao-Ung ?g ît [î^', le premier Maitre des tao-che.
L'empereur avait son idée; il fit creuser une salle souterraine au-dessous de sa chambre de réception ; cette salle était spacieuse, solidement voûtée, on l'aménagea avec soin pour en faire une salle de concert. Des fils passaient au travers de la voûte et du parquet, et aboutissaient au siège sur lequel était assis l'empereur. Il pouvait à son gré donner le signal pour commencer le jeu des instruments ou pour cesser. Dans cette salle souterraine il installa ses cinq musiciens, et ce fut dans la salle située au-dessus qu'il reçut le Maître des tao-cJie, que lui amenèrent Siu-rnou-kong f^ /^ J^ et Tch'eng-yao-kin 1^ P^ ^. L'empereur le reçut avec honneur et l'invita à un banquet. Alors sans être remarqué, il tira la ficelle et le vacarme souterrain commença.
L'empereur feignit d'être terrorisé et se laissa tomber à terre. Puis il s'adressa au T'ien-che ^ Bllî et lui dit. "Je sais que vous prenez à volonté tous les méchants lutins qui viennent molester les humains, vous entendez vous-même le tapage infernal qu'ils font dans mon palais. Je vous ordonne sous peine de mort de les mettre à la raison et de les exterminer."
Ceci dit, l'empereur se leva et partit. Le Maître tao-che alla chercher son miroir projecteur et rechercha les diables malfaisants. Vainement il inspecta toutes les étoiles du firmament, tous les alentours du palais, il ne découvrit rien. Il se crut perdu sans remède, et de désespoir il jeta son miroir à terre dans la salle de réception.
Un mcunent après, triste et pensif il se baissa pour le reprendre et sortir. Quelle ne fut pas son heureuse surprise, quand il vit distinctement réfléchis dans son miroir la salle souterraine et les cinq diables joueurs d'instruments. De suite il dessina cinq talismans sur papier jaune, les brûla et donna ordre à Tchaokong-ming &' ^ 0^, son général céleste, de prendre son sabre et d'aller tuer ces cinq musiciens chanteurs. L'ordre fut ponctuellement exécuté, et le T'ien-che ^ |ii|î le fit savoir à l'empereur, qui accueillit la nouvelle en riant, et sans y ajouter foi. il va droit à son siège, tire les ficelles pour ordonner de commencer le concert, mais tout reste muet. Une seconde, une troisième fois,
il n'eut pas plus de succès. Vite il commande à son grand officier, qui avait construit la salle, d'aller examiner ce qui s'était passé; l'officier trouva les cinq licenciés baignés dans leur sang, et sans vie.
L'empereur furieux fait venir le Maître tao-che et lui reproche d'avoir tué ces cinq hommes sans sa permission. "Mais, répliqua le T'ien-che, n'est-ce pas Votre Majesté qui m'a commandé sous peine de mort d'exécuter les auteurs de ce vacarme." Li-che-min ^ ^ ^ ne sut que répliquer. Il congédia le Maître tao-che et commanda qu'on ensevelit ces cmq victimes.
Après les funérailles, au lieu même où ils avaient été exécutés, ils firent les revenants, et le vacarme nocturne commença par tout le palais : ils jetaient des briques, cassaient les tuiles des toits etc....
L'empereur leur commanda d'aller trouver le T'ien-che ^ ÊHÎ qui les avait tués et de lui demander raison de son crime. Ils obéirent, et saisissant les habits du Maître tao-cJie, ils jurèrent de ne lui donner aucun repos s'il ne leur rendait pas la vie.
Pour les apaiser le tao-che leur dit: "Je vais vous donner à chacun un objet merveilleux ; vous retournerez semer les épidémies sur toutes les méchantes gens, et vous commencerez par le palais impérial et l'empereur lui-même, afin de l'obliger à vous canoniser. " Les cinq défunts, adoucis par ces promesses et ces espérances, acceptèrent les objets magiques que Tchang -tHen-che ^ ^ êj]] leur donna.
L'un reçut un éventail, l'autre une gourde remplie de feu, le troisième un cercle métallique pour en cercler la tête des gens, le quatrième un bâton de dents de loup, et le cinquième une tasse d'eau lustrale.
Ils repartirent joyeux et firent leur premier essai sur Li-chemin ^ ^ J^. Le premier lui donna le frisson de la fièvre en agitant son éventail, le second le brûla avec le feu de sa gourde, le troisième lui encercla la tête et lui suscita de violents maux de tête, le quatrième le frappa avec son bâton, et le cinquième lui versa sa tasse d'eau sur la tête.
Cette même nuit la même tragédie se passait dans le palais de l'impératrice et des deux premières concubines impériales.
T' ai-pé-kin-sing :ic Ê :É: M informa Yu-hoang 5Ê M de ce qui venait d'avoir lieu au palais, et touché de compassion, il envoya trois immortels porteurs de pilules et de talismans, qui guérirent l'empereur et les femmes du palais.
Li-che-min ^ ^ ^ ayant recouvré la santé, manda les cinq licenciés défunts, leur fit ses excuses d'avoir été la cause de leur mort, et promit de réparer sa faute en les canonisant.
"Au Sud de la capitale il y a la pagode San-i-lw H ^ IM. je vais changer son nom en celui de: Hiang-chan-ou-i/o-chen, # [ii i -Jg- 5lifj3 : le 28*^ jour de la 9' lune, rendez-vous dans cette pagode pour y recevoir les sceaux de votre nouvelle dignité.""
Il les canonisa avec le titre d'empereur, "ti ^."