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ARTICLE VIII

OU-VO jE ^ C (TB) (1) LE MINISTÈRE DES CINQ MONTS SACRÉS.

I Position géograpliiquo ries cinq monis sacrés.

Quatre des montagnes sacrées occupaient à peu près les extrémités de l'ancien empire chinois ; dans la suite des temps, on en ajouta une cinquième au centre ; cet agencement cadre mieux avec les idées chinoises sur les cinq directions: Nord, Sud, Est, Ouest et Centre.

Voici leur position géographique:

1" Le mont sacré du Nord, Heng-chan fa llj, dans la souspréfecture de Hoen-yuen-hien i^ fj^ H, préfecture de Ta-t'ongfou ::^ [q) )^, au Chan-si ll| W-

2° Le mont sacré du Sud, Heng-chan ^ (Ij, dans le Hengtcheou-fou ^ j'\] j^, au Hou-nan '^ 1^.

3° Le mont sacré de TEst, T'ai-chan ^ ^J, dans la préfecture de T'ai-ngan-foii ^ ^ }^, au Chan-tong ]\\ M-

4" Le mont sacré de l'Ouest, Hoa-chan ^ ^J, dans la souspréfecture de iïoa-m-/2?en ^l^ll, préfecture de T'ong-tcheoufou |0j jl'H M. au Chen-si I^ M.

5° Le mont sacré du Centre, Song-chan ^ [Jj, dans la souspréfecture de Teng-fong-hien ^ ^ i^,, préfecture de Ho-nan-fou M ]f iif^ au Ho-nan ^ ^.

Sous la dynastie des T'ang )^, on trouva que le pic sacré du sud, Heng-chan ^ il] au Hou-nan 'i^ ^, était trop éloigné, et nécessitait des voyages trop difficiles, on lui substitua le Houo-chun ^ (Ij, situé à 5 lys Nord-Ouest de la sous-préfecture de Houo-chan-hien^ ^J !|^,, dépendante du I .oii-ngan-tcheou -^^ -^

(1) Les dieux des monts sacrés, sous la présidence de leur collègue de 'l'ai-chan, jouent un rôle important dans l'administration doutre-tombe.

'}\\ au Ngan-hoei -^ ^. A cette époque de l'histoire, le Houochan H lil est appelé tantôt Heng-chan ^ \\}, tantôt Nan-yo ^ ^: mont sacré du Sud. (1)

II Aperçu historique du culte des monts sacrés. (2)

1° Culte politico-religieux dans les temps primitifs. —

L'empereur Yao ^, Tan 2346 av. J. C, fit pour la seconde fois sa tournée aux monts sacrés.

D'après le texte, il semble bien que cet empereur ne faisait que continuer un usage déjà établi, et remontant vraisemblablement à l'époque de l'empereur Hoang-ti ^ '^.

A cette occasion avaient lieu les comices du peuple chinois. L'empereur offrait d'abord un sacrifice à Chang-ti t '^, l'Etre suprême, sur ces monts sacrés, puis les princes feudataires des contrées environnantes lui présentaient leurs hommages. Cette tournée avait, comme on le voit, un caractère politico-religieux.

Après son élévation au trône, l'empereur Choen ^ fit cette même tournée périodique aux montagnes saintes, et plus souvent même, car il la renouvela tous les cinq ans.

2° Canonisation des monts sacrés (Cérémonie d'investiture)'

L'an 2d9 av. J.-C, Ts'in-che-hoang-ti ^ ip M # inaugura une nouvelle cérémonie sur le mont T'ai-chan ^ iJj, le pic sacré de l'Est; c'est le rite de la canonisation ou de l'investiture : Fong-chan ^ jpf-. L'investiture d'un fief ou d'une dignité ecclésiastique au moyen âge nous fournira un assez bon exemple de cette bizarre cérémonie. De même que l'empereur, en vertu de

(1) Ming-i-t'ong-tche ^ — ' ^ Juî •' liv. 7. p. 7.

(2) Nous ne donnons ici qu'un aperçu historique succinct, des cérémonies religieuses célébrées sur les monts sacrés par les empereurs de Chine, et nous renvoyons nos lecteurs aux ouvrages spéciaux qui viennent d'être écrits sur la question :

Le T'ai-chan par M. Chavanes.

Der 'j 'ai-chan und seine Kultstatten. A, Tschepe S, J. La plupart des textes qui nous ont servi sont pris dans ces deux ouvrages et dans les Textes historiques du P. L. Wieger S J.

son autorité suprême, conférait un fief à un de ses officiers, de même les empereurs de Chine, les Fils du Ciel, dans un accès d'orgueil qui touche à la folie, s'imaginèrent avoir le droit d'investir les génies célestes et les génies terrestres de dignités supranaturelles, et de leur distribuer des fiefs transcendants au gré de leurs caprices.

Ils délivrèrent des diplômes conférant ces apanages surnaturels, ces offices surnaturels, et cette cérémonie anormale prit le nom de Chan j|ç, quand il s'agit de diplômer les Esprits messagers de la Terre et de Fong ^, lorsqu'ils conférèrent des dignités et des titres aux Esprits célestes, messagers du Ciel.

Ts'in-che-hoang ^ ^ M, après avoir gravi la pente du T'ai-chan ^ lIj du côté du Sud, et offert les sacrifices d'usage, fit préparer un diplôme d'honneur, qu'il introduisit dans le socle de pierre sur lequel on éleva une stèle en pierre pour perpétuer le souvenir de cette cérémonie. Il redescendit le versant du Nord de la montagne jusqu'à Leang-fou ^ 3C» où il fit à la Terre la cérémonie appelée Chan fp. (d)

Tous les savants qui se sont occupés de la grave question des deux cérémonies connues sous le nom de Fong ^: cérémonie cultuelle en l'honneur du Ciel, et Chan /jjp : cérémonie pratiquée en l'honneur de la Terre, conviennent qu'on se trouve en face d'un cérémonial plutôt extraordinaire. Comment appeler cette cérémonie? En quoi consistait-elle essentiellement? Etait-ce un sacrifice au Ciel et à la Terre? Tout autant de questions qu'on n'ose pas aborder de front. Il j avait bien un culte rendu à la Terre, sur une colline basse voisine du 'Fai-chan, où on off"rait une sorte de sacrifice ou de repas sacré sur un tertre carré. Une double cérémonie cultuelle était aussi pratiquée en l'honneur du Ciel. La première se faisait au bas du T'ai-chan comme pour informer le dieu-montagne de la démarche projetée. La seconde où toute la solennité du culte était déployée, avait lieu sur le sommet du

(1) Cf. Tse-tclie-t'ong-lden-kaiig-inou itHihàiê^^ H. Textes historiques, L. Wiegor. S. J. l'om 1. p. 2(32.

pic, où une sorte d'offrande au Ciel était accomplie sur un tertre rond, de cinquante pieds de diamètre sur trois mètres de hauteur. Mais tout le monde tombera d'accord qu'après avoir relaté ces cérémonies au Ciel et à la Terre, on n'a pas encore répondu à toute la question de la cérémonie du Fong .

Donc, en plus des offrandes faites au Ciel et à la Terre, en plus de l'idée de confier au dieu-montagne un message scellé pour le Ciel et la Terre, comme l'a si ingénieusement dit E. Chavanne, il y avait encore le titre d'honneur, l'apanage que lui, empereur tout puissant, conférait au céleste messager. C'était comme l'exercice solennel de son droit d'investiture, et rien n'était épargné pour cette apothéose de la dignité impériale. La suite du récit nous donnera des preuves de cette assertion.

Nous y verrons les empereurs promettre des titres honorifiques aux divers pics sacrés, les accorder ou les refuser, suivant le zèle qu'ils ont montré pour l'accomplissement de leur tâche.

Avant même l'institution de la cérémonie du Fong ^, nous trouvons déjà une tendance vers cette idée. Se-ma-tsien ne nous dit-il pas que, sous la dynastie des Tcheou, les dieux des cinq pics étaient traités sur le même pied que les trois plus hauts fonctionnaires de la cour, et qu'on leur donnait le nom de "Ducs."

Puis tous avouent que le superbe Ts' in-che-hoang-ti était plus préoccupé d'étaler tout le faste de sa puissance illimitée, que d'implorer le secours de la montagne T'ai-chan, quand il accomplit pour la première fois cette cérémonie.

L'empereur Tcheng-tsong, d008, développe parfaitement cette idée dans l'éloge adressé au dieu T'ai-chan, à l'occasion de ce rite singulier. "Si on veut traiter suivant les règles le pic élevé, assigner sa place glorieuse à celui qui exerce une influence céleste, il convient que celui qui préside à la vie dans le territoire oriental, celui dont l'intelligence est comparable à l'intelligence de l'Empereur d'en haut, ait son nom au premier rang sur la liste des bienheureux, et répande sa bienfaisance sur toute la multitude

du peuple; qu'il goûte aux sacrifices réguliers parmi les parfums de l'armoise et du millet ; qu'on grave ses excellentes louanges sur le métal et sur la pierre. En ce moment où j'accomplis avec diligence la cérémonie fong, et où je réponds avec respect aux faveurs des dieux, j'offre un titre magnifique (à l'Empereur vert) afin de lui témoigner ma sincérité etc.."

Puis dans le décret remis à la chancellerie impériale, nous lisons les lignes suivantes: "Récemment, mon cortège majestueux a fait une inspection au temps voulu, et j'ai accompli le rite du mj^stérieux sacrifice foyig ; puis j'ai été visiter le temple du diea dans l'espérance de recevoir ses bénédictions cachées ; avec respect j'ai appliqué les statuts administratifs pour élever plus haut les honneurs excellents (dont bénéficie l'Empereur vert); je lui présente un nom excellent pour faire offrande glorieuse ; je signale au delà de toutes limites sa parfaite vertu. Puis je lui témoigne un grand respect, il m'assurera éternellement la prospérité. Il convient donc de lui conférer le nom excellent de : Empereur vert, auguste empereur qui développe la vie : Ts'ingti-koang -cheng-ti-kiun . Les bâtiments de son temple, par faveur spéciale, seront réparés et ornés." (i)

Le fondateur des Ming, considérant que ce dieu a reçu des titres nobiliaires dans les dynasties précédentes, n'ose pas imiter cet exemple, parce que, dit-il, il est sorti d'une origine pauvre et humble, il se contentera donc de l'appeler : Dieu du pic de l'Est. 3" année de Hong-ou, 1370 ap. J. C. (Le T'ai-chan p. 386).

Kong-suen-k'vig ^ -^^ |É|I, originaire du royaume de Ts'i ^, persuada au trop crédule empereur Hiao-ou-ti # ^ ^ des Han ;^, 140-86 av. J. ('., que ce fut par la cérémonie ''Fong-chan ^ Jiif " que Ts'in-che-hoang ^ jka M. se mit en communication avec les Esprits, et qu'il devait par conséquent faire cette cérémonie, s'il voulait s'élever au-dessus de la condition humaine. L'empereur demanda vainement des renseignements sur ce genre de cérémonie, dont il n'était fait aucune mention dans les livres canoniques.

(1) Cf. Le Tai'Chan p. 344. 347.

Tcheou-pa jpj ^composa un rituel suivant les goûts de l'empereur, et Hiao-ou-ti ^ ^ ^ ser\ alla d'abord au mont T'ai-clie ;ic^ qu'il gratifia du titre d'honneur Song-kao ^ ^ : Altitude vénérable.

Comme les lettrés et les tao-che ne tombaient point d'accord sur le rituel à suivre pour le Fong-chan ^ îjjg^ ou la cérémonie d'investiture surnaturelle, le souverain trancha la question luimême. L'an IdO av. J.C., les lettrés, coifii'és du bonnet de peau et ceints de la ceinture, durent par ordre impérial tuer un bœuf à coups de flèches. L'empereur fit la cérémonie Fong ^ au pied du T'ai-chan. ^ |i| à l'Est, avec les cérémonies d'usage pour le sacrifice Kiao ^ à T'ai-i -jk — : "l'Un suprême."

Au-dessous du tertre de douze pieds de côté sur neuf de haut, on avait placé une inscription sur jade, dont la teneur était demeurée secrète. Après le sacrifice, Hiao-ou-ti ^ |Ê^ ^ gravit le mont sacré, accompagné d'un seul témoin, son cocher Tse-heou ■^ -j^ qui disparut de la scène des vivants, plus ou moins naturellement, quelques jours après l'investiture.

L'empereur passa la nuit sur la cime du T'ai-chan ^ lil, espérant bien que les Esprits daigneraient au moins se montrer à lui. 1-e lendemain matin il descendit sans même avoir cette consolation. L'historien dit que l'empereur renouvela cette cérémonie en 98. D'après le témoignage du grand Annaliste Se-inafsien u\ ,^M) qui l'accompagna dans tous ses voyages, Hiao-outi ^ "^ "^ fit en douze ans le tour complet des cinq monts. (1)

L'an 56 ap. J. C, l'empereur Han-lwang-ou-ti M ^t ^ "^ reprit la cérémonie du Fong-chan ^ jjj^. La commission, chargée d'étudier le rituel à suivre, fut d'avis qu'on devait ériger une nouvelle stèle, et que la pièce officielle devait être écrite sur jade avec de Tor dissous dans du mercure. L'empereur recula d'abord devant de si grosses dépenses, puis il finit par y consentir.

Le 28" jour du cycle, avant le lever du jour, l'empereur sacrifia au Ciel, au pied de la montagne de T'ai-chan ^ [Jj, puis

(1) Cf. Tse-tche-Vong-kien-kang-mou î^^'^^mU. Wieger, Textes historiques p. 553.

après son déjeuner, il se fit monter en voiture sur la cime du pic, où il arriva après midi ; s'étant alors revêtu de ses habits impériaux, il offrit un sacrifice; trois heures étaient passées. Le grand Annaliste lui présenta le diplôme officiel, gravé sur jade et écrit en lettres d'or; l'empereur le scella de son sceau, et les deux mille hommes de la garde élevèrent un tertre sur lequel on dressa la stèle commémorative, Le diplôme impérial fut déposé sous le pied de la stèle dans une cavité ménagée à cette fin, et que l'empereur scella de sa propre main : après quoi, il se prosterna devant la stèle au milieu des acclamations enthousiastes. Minuit était passé quand il fut redescendu au pied de la montagne. (1)

Han-tchang-ti ^ ^ ï^. Tan 85 a p. J. C, visita le mont T'ai-chan ^ lil et se contenta d'allumer un bûcher sur le sommet, pour annoncer sa visite au Ciel. (2)

Tsîn-ou-ti ^ ^ ^ en 276 ap. J. C, se laissa persuader par le mandarin de Li-yang M 1^ que s'il diplômait la montagne de Che-ing ^ Ej]- 'a paix et la prospérité de l'empire étaient assurées. Un délégué impérial partit donc pour faire la cérémonie de la remise du diplôme d'honneur. Après les offrandes rituelles, le délégué se hissa sur le sommet du pic, à l'aide d'échelles préparées pour cette ascension. Sur la cime du roc il écrivit au vermillon la consécration impénale, puis le rocher reçut le titre de roi. Ou-ti bien rassuré sur l'avenir, inaugura une nouvelle date de règne, connue sous le nom de Céleste perpétuité.

3" Construction de temples sur les monts sacrés.

L'ouvrage Che-ou-yuen-hoei^ 'Ji^/j }^^ '^ , Livre XXXIIL p. 4., nous apprend que T'ouo-po-koei ^^ ^ 3^, le fondateur des Titenwei 7C H, en 396 ap. J. C, fut le premier qui éleva des temples aux cinq pics sacrés. (3)

(i) Tse-tche-Vong-hien-kang-mou "^ ?& M iï #i @ .

L. Wieger, S. J. Textes historiques p. 798-799. (2) Tse-tche-Vong-kien-kang-mou ^ iÛ 'iâ & IW IJ •

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