L. Wieger, .S J. Textes historiques p. lOlli
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Un autre souverain de la même dynastie, T'ouo po-tao |5 M ^, ayant envahi le Chan-tong llj ^ en 450 ap. J. C, alla visiter la stèle érigée par Ts'in-che-hoang-ti ^ ^a M ^ sur le mont T'ai-chcm ^ |Jj ; il la fit saluer et vénérer par ses gens. (1)
I/an 509 ap. J. C, l'empereur Leang-ou-ti '^ ^ "^ voulut reprendre la cérémonie du Fong-chan if jfip. Hiu-meou ^ ^, un des lettrés, chargé de reconstituer le rituel officiel, fit un mémoire où il dit: "Les livres canoniques ne connaissent que les comices de l'empereur Choen ^ au mont T'ai-chcm ^ \\} (l'an 2255. av. J, C.) ; il alluma un bûcher en l'honneur du Ciel, dit le texte des Annales. Quant à la prétendue cérémonie du Fong-chan ^ H^ qu'on lui prête sur cette montagne, ainsi qu'à 72 autres princes légendaires, c'est une assertion mensongère." Il conclut que cette cérémonie anti-canonique ne doit pas être renouvelée. (2)
En 510, ap. J. C, T'ouo -po-kiao ou Siuen-ou-ti ^ ^ ^, des Yuen-wei yt H., fit construire au milieu du plus beau site de Song-chan ^ [Jj, le pic central, une splendide bonzerie pour les bonzes venus des Indes, (il y en avait alors environ 3 mille) ; on l'appela : la bonzerie de la Retraite (3)
Soei-wen-ti jîf "^ ^, en 595 ap. J.C, à l'occasion d'une grande sécheresse qui désolait l'empire, fit un pèlerinage au mont T aichan ^ lU et s'accusa de ses péchés sur la cime du mont sacré, il offrit ensuite un sacrifice au Ciel. (4)
Nous voici arrivés à la dynastie des T'ang ^ ; les empereurs de cette dynastie construisirent presque tous des pagodes sur les cinq pics sacrés, si nous en croyons le Che-ou-yuen-hoei ^ #!l M #. (5)
(1) Tse-tche-t^ong-kien-kang-moii 'M iù M. ^ M @-
^ ^ Aê m Ç tu. A iÈ # îffi 'fb ^. L. Wieger S. J. Textes Historiques p. 1304.
(2) L. Wieger, S. J. Textes Historiques p. 1392.
(3) L. Wieger, S. J. Textes Historiques p. 1398.
(4) L. Wieger, S. J. Textes Historiques p. 1502.
(5) Che-ou-iiuen-hoei ^ ^ M # Liv. XXXIIl. p. 4.
T'ang-t'ai-tsông ^ ik ^, sollicité une première fois de faire la cérémonie de l'investiture Fong-chan ^ Fjjf., s'y refusa en disant: "Est-il besoin de gravir le pic T'ai-ckan ^ iJj, d'y niveler une esplanade, d'y élever un tertre artificiel, pour offrir un sacrifice au Ciel et à la Terre et leur offrir nos hommages? Ts'in-chchoang-ti ^ ta M. ^ l'a fait, Soei-wen-ti Pf ^ ^ ne l'a pas fait: la postérité a-t-elle loué le premier et blâmé le second?"
Finalement il allait se décider, le temps était même fixé, mais tantôt pour une raison, tantôt pour une autre, il remettait toujours ; il finit par mourir avant d'avoir diplômé le T'ai-chan
L"empereur T'ang-kao-tsong ^^ i^ ^, le premier jour de l'an, 666 ap. J. C, offrit un sacrifice au souverain maître du Ciel suprême, au Sud du mont T'ai-chan ^ llj. Le lendemain, il gravit la sainte montagne et scella dans le socle d'une stèle un diplôme écrit sur jade, renouvelant le rituel Fong-chan ^ ff pratiqué par quelques-uns des anciens empereurs. (2)
4» Diplômes d'investiture conférés aux autres monts sacrés.
Nous avons déjà cité le passage où Se-ma-tsien nous apprend qu'il accompagna en personne l'empereur Han-hiao-ou-ti M ^ ^ '^ pendant sa tournée d'inspection aux cinq célèbres montagnes. Comme il avait diplômé le T'ai-chan ^ llj, il est bien probable qu'il distribua aussi quelques titres honorifiques à ses sœurs, les montagnes du Nord, du Sud et de l'Ouest. Quoi qu'il en soit, nous savons qu'en l'an 682 ap. J. C, T'ang-kaotsong ^ "î^ ^ résolut d'aller offrir des diplômes d'honneur aux quatre autres montagnes saintes, comme il venait de le faire sur le mont T'ai-chan. Il eut aussi le projet de bâtir un temple en l'honneur du Ciel sur le versant sud du mont Song-chan ^ [jj, pic central.
A la septième lune, il annonça son voyage pour Song-chan M Uii et à la onzième lune un édit annonçait cet événement que
M) 'l'se-tche-Vnng-kien-kang-wnu ^ ^ M ii IPi @ (2) Wieger: Textes historiques p. (61(3
le mont devait être honoré d'un titre, mais l'empereur mourut auparavant. (1)
Le Song-chan ^ \[} fut définitivement diplômé en bonne et due forme à la 42^""' lune de l'an 695 ap. J. C, par l'impératrice Ou-heou ;^ ip. L'heureux pic reçut le titre de Roi, si nous en croyons le Che-ou-yuen-hoei ^ ^ }§. '^ . Son titie fut désormais celui de Tchong-f ien-wang pf 3R ï : Roi du ciel central. (2)
Au onzième mois de l'année 725, l'empereur T'ang-hiuentsong ^ ;è ^ partit de Lo-yang j^ ^ pour aller diplômer le mont T'ai-chan ^ il]. Il s'avançait en char, suivi de tout son cortège impérial, disséminé sur un espace de plusieurs centaines de lys. Il fit à cheval l'ascension de la sainte montagne; seuls, ses ministres et les cérémoniaires l'accompagnaient, le reste du cortège se tenait au pied de la montagne. Arrivé au sommet, il demanda au maître des cérémonies Ho-tse-tchang ^ ^0 ^, pourquoi les empereurs, ses prédécesseurs, avaient toujours tenue secrète la teneur du diplôme consécrateur écrit en lettres d'or sur jade, et déposé au pied de la stèle qu'ils érigeaient. — "Sans doute, reprit l'officier, ils faisaient aux Esprits et aux Immortels des demandes personnelles qu'ils ne voulaient pas divulguer." — ''Moi, je ne demande que le bonheur de mon peuple." — Ce disant, il présenta la pierre de jade, afin que tous prissent connaissance du texte qu'on allait déposer sous la stèle. La lecture faite, l'empereur sacrifia au Ciel.
L'esprit du T'ai-chan reçut le titre de : "Roi céleste de Ts'ir (3)
Projet avorté d'un diplôme au pic de l'Ouest.
L'an 753, les ministres prièrent l'empereur de conférer un titre d'honneur à la montagne Hoa-chan |^ llj. La promesse en
(1) Tse-tche-t'ong-kien-kang-mou ^ ^ îi |g fP @. "Wieger: Textes historiques: p 1618.
(2) a) Tse-tche-fong-kien-kang-nton '^ j^ ià ^ ^ ^ ■ Wieger : Textes historiques: p. 1027.
h) Che-ou-yuen-hoei fî ^ ;!§?, # F.ivre XXXIII p. 4.
(3) Cf. Tse-tche-t'ong-kien-kang-mnn. Wieger : Textes historiques : p. 1655-1657.
fut donnée ; mais, sur ces entrefaites, la vallée de la Wei J^ ayant été désolée par une grande sécheresse, le monarque retira sa promesse pour punir la montagne. L'historien se moque de cette façon d'agir: "C'est une erreur de diplômer le T'ai-chan ^ li|, c'est une plus lourde erreur encore de diplômer le Hoa-chan ^ iJj, mais n'est-ce pas le comble du ridicule de vouloir punir le rocher, en lui retirant le diplôme projeté." (d)
D'après le C lie-ou-yuen-lioei ^ i^ i^ "É"- l'empereur T'anghiuen-tsong M "È. ^ concéda en 725 au T'ai-chan ^ iJj le titre honorifique de T'ien-ts'i-ivang ^ ^ î : Le roi céleste de Ts'i. L'an 746, le pic du Sud fut canonisé avec le titre de Se-t'ienwang nj 3*^ ï : Le roi président du ciel. Le pic du Nord eut pour titre d'honneur Ngan-t' ien-wang ^ ^ ^ : Le roi pacificateur du ciel. Précédemment, dès l'an 713, le pic de l'Ouest avait déjà été diplômé sous l'appellatif honorifique Kin-t'ien-wang ^ ^ ï : Le roi du ciel doré.
On conçoit aisément la colère de son impérial bienfaiteur quand, en l'an 750, il apprit que, loin de s'en montrer reconnaissant, il avait laissé compromettre les moissons dans toute la vallée de la Wei ^i^. Il méritait bien une punition, l'ingrat. (2)
La visite du T'ai-clian ^ llj, la plus bizarre qui soit mentionnée dans l'histoire, est celle de l'empereur Song-tchen-tsong tIc M ^ en d008. Ce souverain, nous l'avons déjà vu, voulait se poser comme favorisé de communications surnaturelles : c'est le Mahomet chinois!
Wang-k'in-jo, son digne ministre, fut chargé des préparatifs de l'expédition: De ces prémices on pouvait tout attendre.
Wang-k'iii-jo 3E. §k ^ prit donc les devants, et dès son arrivée, il fit informer l'empereur qu'une source de vin avait jailli au pied du mont sacré, qu'on avait même aperçu un dragon bleu sur l;i cime de la montagne, et qu'enfin une missive céleste avait été trouvée attachée aux branches d'un arbre, au pied de
{\] Wii'j^er: Textes historiques, p. ITiT^-lOT'i Tsc-tche-t^niig-kien kang-
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(2) Cf. Che-ou-yuen-hoei ^ '# K\ fr l-i\- '•'>'■'•, p. '<•
la montagne. Des courriers spéciaux portèrent à l'empereur des milliers de morilles de longue vie...: qu'on ne s'étonne pas que l'histoire traite tout cela de folie.
Le cortège impérial se mit en branle; il fallut 17 jours pour se rendre de Lo-yang f^ |^ à TUd-chan ^ [Ij. Dès que l'empereur fut arrivé, Wcnig-k'm-jo ï ij( ^ lui présenta 38.000 morilles de la longévité. Après une retraite de trois jours, Tchèn-tsong offrit un sacrifice au "souverain très haut du ciel lumineux", puis à ses ancêtres T'ai-tsou -jk jf[§. et T'ai-tsong -jl^
Le cérémoniaire lut à trois reprises la formule officielle des félicitations, de la promesse d'éternelle paix pour l'empire, et l'assurance de la bénédiction des dieux. La lecture faite, le document fut renfermé dans une boîte en or, qui, à son tour, fut déposée dans une cassette en jade ; puis Wang-tan ï 0. le cérémoniaire plaça le document dans le socle de la stèle commémorative.
L'an dOld, le même empereur se rendit à Hoa-chan ^ ^J. Après toutes ces expéditions, on peut voir que cet empereur mérita bien, certes, le titre : d'Empereur des cinq monts sacrés ï Wt ^) C|ue lui conférèrent ses ministres. (4)
Le C he-ou-yuen-hoei ^ #1 J^ 'É" ('d) clit que ce fut ce même empereur qui changea leur titre de roi : Wang ï, en celui de Cheng-ti M ^ : Empereur saint. C'est le titre qui a subsisté jusqu'à nos jours.
Naturellement ces titres étaient accordés, non pas aux montagnes, mais aux Esprits résidant dans ces montagnes. Ce qui le prouve bien c'est que leurs épouses furent aussi diplômées avec la dignité d'Impératrices: Heou Jn-
L'épouse du génie du pic oriental fut appelée : L'impératrice de la clarté pacifique: Chou-ming-heou ^|SJ B^ jp.
Celle du génie du pic du midi fut appelée : L'impératrice de la clarté éclatante : King -raing -heou ^.B^ J^.
(1) 'J'se-tche-t'ong-kien-kang-nwu "^ ja îû & M @- Wieger: Textes historiques pp. 1829 et 1841.
Celle du génie du pic de l'ouest fut titrée : L'impératrice de la révérende clarté : Sou-ming-heou 'M ^M fo-
L'épouse du génie du nord fut diplômée : L'impératrice de la pure clarté : Tsing-ming-heou ipi' B^ Ja.
Enfin celle du génie du centre reçut le titre de : Impératrice de la vraie clarté : Tcheng-ming-heoii JE 0^ fn-
m. Quels sont les (|t'ni*?Si tl^s cimi inouts sacrés?
On commença par honorer l'Etre suprême sur les montagnes sacrées, promontoires dominant la terre et s'élevant vers le ciel; quand le culte primitif eut peu à peu dégénéré en se matérialisant de plus en plus, on en vint à une époque, où il semble qu'on ne pensait plus guère qu'à honorer la masse imposante de ces corps gigantesques, ce fut pour ainsi dire la pure litholâtrie, comme nous le verrons à la fin de cet article-
Sous l'influence des idées bouddhiques et taoïstes, le monde se peupla d'Esprits et de Génies, et c'est alors, sans doute, qu'on assigna à chaque montagne sainte son Esprit résident, son Génie, à qui on construisit des pagodes, et dont le culte se répandit parmi le peuple. Nous allons donner les listes de ces Génies.
1^"^^ Liste.
L'Esprit du pic de l'Est s'appelle: Yuen-tcJi ang-long [3 '^ b| ,, ,, du Sud — Tcm-Ung-che :^ S lIl^F
,, ,, de l'Ouest — Hao-yu-cheou '/^ ^ ^^
,, ,, du Nord — Teng-wei-t'ing ■}§ -^^ ^
,, ,, du Centre — Cheoii-i-kiun ^ MW- {'^)
2' Liste.
Pour le pic de l'Est, le maréchal T'ang-tch'en ^ £.
,, du Sud ,, ,, Tchou-tan :^ :^]-. (2)
,, de rOuest ,, ,, Tcheou-chang ^ fpj.
,, du Nord ,, ,, Meou-fwei ^ ^.
,, du Centre ,, ,, Che-hiuen-heng ^5 i 'M- ('^)
(1) Cf. Long-yu-ho-t'ou M^ M^i'M^Mm)
(2 II s'agit ici du génie de l.i montagne de Un-cliau '-^1; UJ, J'U .Vgoti-
hoei ^ ^.
{H) Cf. I.e même ouvrage ^g jf[ jflf jg] .
3" Liste.
Le peuple admet généralement comme dieux des monts sacrés les cinq personnages canonisés par Kiang-tse-ya # -P ^, et consignés dans Touvrage : Fong-chen-yen-i ii" fï^ j'^ ^ ; ce sont des généraux ou des hommes d'état qui se rendirent célèbres dans les guerres dynastiques qui mirent fin à la dynastie des In ^. Après Tavènement de Ou-wang ^ ï, Kiang-tse-ya #-? ^, dit Touvrage cité, canonisa tous les héros tombés victimes de cette révolution.
Hoang-fei-hou % M ^ devint dieu du pic Oriental. Tch'ong-hé-hou ^ S^ ^ ,, ,, Méridional.
Wen-p'in ^ M ,, ,, Central.
Is'oei-ing ^^ ,, ,, Septentrional.
Tsiang-hiong MM .. >- Occidental.
l,e dieu du mont Tai-chan eut la prépondérance sur ses collègues; sur terre, il est l'alter ego de Yen-wang M ^^ le monarque des enfers ; son tribunal est une succursale des tribunaux infernaux; donc: la vie, la mort, la réincarnation, le gouvernement des hommes, des esprits et des immortels, relèvent en second ressort du pic sacré de T'ai-chan ^ il], siège de son autorité. (1)
Le dieu de T'ai-chan joue un peu le même rôle chez les taoïstes que Ti-ts'ang-ivang chez les bouddhistes. Du reste les bonzes ont beaucoup de pagodes en son honneur, et il est de nos jours un des dieux favoris du bouddhisme moderne.
4« Liste.
On peut voir dans la notice de "Pi-hia-yuen-Jdun" , une autre généalogie des dieux des monts sacrés. Cette dernière est très en vogue de nos jours.