MINISTÈRE DES EXORCISMES
I» Composition du ministère.
Les Tao-che ont inventé un Ministère spécial pour les exorcismes ; les grands dignitaires de ce Ministère ont pour office de s'opposer aux vexations des mauvais diables, et de les expulser des maisons. Pour arriver à ce résultat, ils emploient d'abord les talismans exorcistes, puis les images des génies qui ont pour mission de chasser les lutins.
Outre Tchang-t'ien-che M ^ ÛiP. deux autres génies sont très populaires dans ce genre d'office, ce sont: Tchong-k'oei M M et P'an-koan ^J '^.
Voici la composition de ce ministère d'après un ouvrage taoïste.
Yang-ta-t' ien-hiun
Che-ta-t' ien-kiun
Tcheou-ta-t'ien-kiun
Song-ta-t'ien-kiiin
Ning-ia-t'ien-kiun
Li-ta-t'ien-kiuri
Ho-ta-t'ien-kiun
H" P-AIV-KOArV ^iJ *^ (BT) (2)
En parlant avec les païens, ou en lisant leurs livres, il n'est pas rare de voir ou d'entendre le nom de Fong-tou-p'an-koan % iP ^J 'ê') ou de P'an-koan tout court; il est donc utile de connaître au moins sommairement ce personnage mythique.
(1) T'ai'Chang-ou-ki-tong-ts'e-tchen-yuen-fieyr-sin-pao-tch'an isi ±. M ^
P ?J a 7C ^ >C' S ffi liv. 23, p. 7.
(2) L'image de P'an-koan, où on le représente armé d'un sabre et chassant les lutins, remplace souvent le tableau de Tchong-k'oei, le pourfendeur des diables.
Fig. 244
l*'cin-ko;in.
P'an-kwan — The Décider of Life (in Hades).
On saura d'abord que "Fong-tou %M'\ capitale des enfers, ou même la ville de Fong-tou, Fong-tou-tch'eng ^\\ M Wi, signifie le royaume d'outre-tombe, la cité des morts, (voir chapitre intitulé : Les Dix Dieux des Enfers).
Fong-tou-p' an-koan fP f [î ^j 'È' signifie donc : Le gardien des vivants et des morts, dans l'autre monde.
Sous le règne de T'ang-kao-tsou, 618-627 ap. J. C, le lettré Ts^oei-kio -^ S fut préfet de Ts'e-tcheou IË ^'H. puis il devint A-Ssistant du Ministère des Rites ; c'était l'ami intime du grand ministre Wei-tcheng ^ %,. Après sa mort il vint l'informer que dans l'autre monde il exerçait la charge de préposé aux registres des vivants et des morts.
C'est à lui que le Ministre Wei-tcheng ^ fij; envoya une lettre pour le prier de prolonger la vie de l'empereur T'cmg-t'ai-tsong M 'J^ ^- Cet officier intègre ajouta deux traits au caractère chinois "i" — un, et en fit : "San" H trois, dans la colonne des dizaines, ce qui valut à l'empereur vingt années de vie en plus de Tàge réglementaire prédéterminé par les dieux. Son titre honorifique ci-inclus ses fonctions s'énonce ainsi : Tchang-chengse-wen-pou-ti- fong-tou-p' an-koan ^ ^ ^E'^-^Ô^sl^^^J "^ '• Intendant des registres des vivants et des morts dans l'autre monde. (4)
Dans le Siu-tcheou-fou oriental M f^ ^'l'I J^ et le Hai-tcheou M 'M, on honore P' an-koan ^J "^ sous le nom tout court de P'an ^J. Avant le nouvel an. on peut voir sur tous les marchés de grandes images où est représenté un guerrier au visage rouge, brandissant un grand sabre : c'est J^'an f\\, le grand archiviste des vivants et des morts, tout puissant sur les diables et les lutins. Dans ces contrées il remplace le légendaire Tcliong-k'oei @/|^, bien que ce dernier soit aussi honoré surtout à la cinquième lune, mais il tend à disparaître dans les campagnes, où son rival gagne de plus en plus l'estime, sans doute en raison de sa mine plus voyante et de son air plus martial.
(1) Cf. Si-yenii-ki fS M îl -" vol. chapitres X et XI. Che-hnei -|- jëj. Che-i-hnei -f* -^ [ÉI, pages 8-12
Ci-jointe une reproduction de P'an-koan ^J 'g', achetée dans le Chou-yang-hien '//Jv ^M en 1910.
Notandum — Au premier abord, on pourrait croire que le
titre de P'an-koan ^J '^ n'est attribué qu'à un seul personnage ;
j'ai moi-même été dans cette illusion, au début de mes études sur
les religions chinoises. Puis, peu à peu, voyant ce mot P'an-koan
P\ 1^ revenir à tout propos, je demandai aux païens intelligents
et aux bonzes, ce qu'ils entendaient par cette expression. Tous
me répondirent que c'est un terme général, appliqué à tout officier
civil ou militaire d'un dieu. Ainsi il y a le vrai P'an-koan f\\ 1^
ordinaire, qui est chargé des registres des vivants et des morts,
puis les P'an-koan ^J 1^ civils et militaires de Yu-hoang 3^ M,
du Tch'eng-hoang ^ |^, des ministères transcendants. J'ai vu
ensuite dans la pagode: Fou-tsuen-miao ft ^ [M ^) à T'ai-hing
^^un P'an-koan militaire et un P'an-koan civil du dieu. Ces
P'an-koan sont les chargés d'affaires du dieu, les exécuteurs de
ses volontés.
En résumé, c'est un terme commun, applicable à plusieurs personnages, de même que l'expression Kong-tchao, et c'est aussi quelquefois un terme concret, désignant tout spécialement le P'an-koan p] '^ des enfers, dont nous avons donné une courte biographie.
m» TCH0^G-K*0E1 11 jiâ (TB)C (1) (LE POURFENDEUR DE DIARLES)
Beaucoup de familles païennes exposent dans leurs demeures une image de Tchong-k'oei, héros divmisé, protecteur contre les démons. C'est spécialement à l'époque du nouvel an, et avant le cmquième jour de la cinquième lune chinoise, qu'on trouve sur les rues et dans les boutiques les plus beaux spécimens de ces images superstitieuses.
(1) Culte privé dans les demeures. Je ne connais aucune pagode qui lui soit dédiée spécialement.
Fig. 245
Tchonff-k'oei.
Chung-kw'ei (deifîed protector against démons).
La fantaisie des peintres et des sculpteurs a représenté ce personnage sous les formes les plus bizarres ; Tidée dominante, c'est-à-dire la chasse aux démons, se trouve toujours exprimée d'une façon plus ou moins artistique, sous ces représentations étranges, qui toutes ont pour caractéristique le grotesque, le déguenillé ou le grimaçant.